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Martini Corral: Round 1, part 1

Je vous l’annonçais il y a une semaine, voici la première partie du premier round d’élimination du Martini Corral… Pour rappel, il s’agit de comparer deux gins dans un Martini sur base d’une recette fixe et de désigner ensuite un vainqueur qui passera au tour suivant. Notez cependant que si on se la joue football, mes décisions sont aussi arbitraires que celles du Comité Exécutif de la FIFA à l’heure de choisir le pays qui accueillera la prochaine coupe du monde. En clair : si un des gins vainqueurs me semble trop faible ou un perdant trop bon, il est tout à fait possible que j’en élimine un pour repêcher l’autre. Par ailleurs, 18 gins entrant dans la compétition, il est fort probable qu’il faudra à un moment prendre une décision régalienne afin de parvenir à deux finalistes. Tremblez, mortels.

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L’introduction.

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La seconde partie du premier round suivra la semaine prochaine.

La recette fixe : 4 parts de gin pour 1 part de Noilly Prat sec et un trait de bitters d’orange ; remuer dans un verre à mélange ; servir dans un verre à cocktail ; garnir d’une olive.

Il ne s’agit pas de juger la qualité des gins. Un mauvais résultat indique seulement qu’à mon sens, ce gin n’est pas adapté pour un Martini ou en tout cas pas dans ces proportions-là. Seul, dans d’autres cocktails ou en G&T ? Il fonctionnera sans doute mieux.

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Tanqueray  vs. Plymouth

Le premier duel oppose des gins à la réputation bien établie, de vrais classiques à prix accessibles. Si le Tanqueray est un London Dry tout ce qu’il y a de plus classique, son concurrent du jour relève d’une autre catégorie : le Plymouth est le seul gin a bénéficié d’une appellation d’origine contrôlée (…Plymouth). Un Plymouth ne peut-être fabriqué qu’à Plymouth et ce Plymouth est produit par la seule distillerie de gin de Plymouth. Il convient aussi de préciser que selon les règles établies par l’UE pour pouvoir utiliser l’appellation (non géographique) London Dry, Plymouth pourrait aussi s’en revendiquer. Vous suivez ?  Pas grave. Retenez juste que le genévrier domine moins dans le Plymouth que dans les London Dry. Il est aussi plus sucré, mais moins que l’Old Tom (on y viendra). Bref : les duellistes entrent en lice ; passons aux choses sérieuses. Même si l’impression est sans doute accentuée par la plus grande douceur du Plymouth : le final du Tanqueray Martini est amer. C’est à peu près la seule chose que je puisse en dire : rien de remarquable ne se passe ni au nez ni en bouche. Ce n’est pas mal et on pourrait même s’en contenter les jours de pénuries. Malheureusement, le Plymouth Martini est là, il est plus harmonieux, plus équilibré, il nous donne l’impression qu’on peut y découvrir des choses. Et son final, nettement plus agréable nous fait conclure : ouch, que le combat a été bref. Sans se forcer, Plymouth terrasse Tanqueray. Le vainqueur aura économisé des forces en vue du prochain duel.

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Aviation vs. G’Vine

Un monde différent s’ouvre à nous… D’une lutte à mort traditionnaliste nous passons à un combat entre petits nouveaux radicaux aux airs si jolis qu’on se demande s’ils sont vraiment faits pour ça. Pas de London Dry ici… Des gins où le genévrier est presque en retrait par rapports aux autres aromates. Le G’Vine (qui vient de la région de Cognac) est en plus distillé à partir d’un alcool de raisin plutôt que d’un alcool de grain. Certains ne le considèrent pas comme un véritable gin. L’Aviation est un de mes gins préférés en Gin Tonic et dans certains cocktails. Parfois en tout cas, parce que la lavande utilisée à la distillation me fatigue de temps à autres. Quoi qu’on pense du positionnement exact de ces deux gins atypiques, il s’agit indubitablement de deux excellents produits. Et donc ? L’impression olfactive est bien plus forte que lors du premier match, ce qui n’étonnera personne étant donné le profil très parfumé de nos deux camarades avides de qualification. Dans le G’Vine Martini, c’est vraiment l’odeur du gin qui domine sans partage tandis que l’Aviation Martini nous offre un mélange intéressant entre vermouth et gin. En bouche, le G’Vine,  tel un enfant pétulant, se montre peu disposé à partager ses jouets avec le vermouth. Pas de mariage si ce n’est avec le bitter et le goût laissé en bouche est plutôt désagréable. L’Aviation se rapproche un peu plus du Martini traditionnel et implique plus le vermouth. Étrangement, d’une gorgée à l’autre, les impressions changent radicalement. La longueur en bouche est appréciable mais l’ensemble n’est pas très harmonieux Au final, c’est une boucherie. Horrible. Ils venaient parfumés, talqués, propres sur eux mais ne savaient pas se servir de leurs armes. Il y a du sang partout et seul le cœur de l’Aviation palpite encore. On ne peut même pas garantir qu’il sera en état de participer au prochain tour.

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Martin Miller’s vs. Martin Miller’s Westbourne Strength

Disons le tout de suite : Martin Miller, c’est mon gin préféré du MONDE ENTIER. Exceptionnel en gin tonics et en cocktail, je savais aussi qu’il faisait un très bon martini. Mais lequel des deux frères allait l’emporter ? Ils sont presque jumeaux, vous savez… Il s’agit en fait du même gin, mais le premier fait 40% tandis que le second fait 45,2%. Ce sont des London Dry qui essaient de se détacher des autres en signalant que les agrumes sont distillés à part des autres aromates et que l’eau utilisée est islandaise – « la plus pure du monde ». On ne va pas faire longue : la véritable différence entre MM Martini et MMWS Martini c’est qu’en n’augmentant pas la dilution, le second est plus fort. Pour le reste, dans les deux cas, les agrumes se font remarquer et les herbes du vermouth ressortent bien ; très belle harmonie, final long et plaisant. On a ici un (deux ?) très sérieux candidat à la victoire. Puisqu’il faut choisir, j’opte pour le Martin Miller’s 40%.

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Tanqueray Rangpur vs. Hendrick’s

Le second (des trois) produits Tanqueray en compétition, Rangpur n’est normalement disponible que dans très peu de pays. J’ai mis la main dessus dans un magasin madrilène qui en avait importé quelques bouteilles. Il tient son nom d’un agrume qui ressemble à la mandarine mais à un goût acide qui le rapproche du citron. Hendrick’s, quant à lui, est probablement le plus célèbre des nouveaux gins, autant grâce à son image excentrique qu’à sa saveur assez différente (concombre et pétales de rose à la distillation). Un très beau gin, défendu internationalement par le Français Xavier Padovani. Encore une fois, le combat est bref. Si le Rangpur fait un très beau G&T, on ne peut pas en dire autant d’un Martini. Les agrumes dominent évidemment au nez et en bouche, le Rangpur Martini se transforme un peu trop vite en une espèce de limonade ginifiée avec une touche de vermouth. Ce n’est pas désagréable (sauf peut-être le final), mais ce n’est certainement pas un Martini. Hendrick’s s’était présenté au combat muni de ses meilleurs armes et voilà que son adversaire s’écroule sous se yeux avant même de commencer. Mais même sans cette crise cardiaque inattendue du sieur Rangpur, Hendrick’s aurait gagné ; l’excentricité de l’image ne change rien à la seule vérité qui compte : c’est un superbe gin, qui s’adapte fort bien aux circonstances. Au nez, il était évidemment plus traditionnel que le Rangpur mais apportait un petit quelque chose, un charme indéfinissable (parce que mon organe reniflant n’est pas le meilleur) qui fait toute la différence. L’Hendrick’s Martini est équilibré, très agréable et serait même classique si les notes de concombre ne venaient pas faire copain-copain avec le vermouth d’une manière des plus touchantes.

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Je vous rendrai compte des cinq prochains combats la semaine prochaine. Si, pour cette première partie, certains résultats étaient donnés à l’avance (genre France-Mexique. Ah non… merde…), je m’attends à de grosses surprises.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.