Powered by Morgan&Men SEO Consulting - Widget

Martini Corral: Round 1, part 2

Aujourd'hui, seconde (et dernière) partie du premier round d’élimination du Martini Corral… Pour rappel, il s’agit de comparer deux gins dans un Martini sur base d’une recette fixe et de désigner ensuite un vainqueur qui passera au tour suivant. Autant vous le dire tout de suite: il y aura du favoritisme. 18 gins au départ, 9 vainqueurs mais... 10 gins passent au prochain round. Un des losers est trop beautiful pour le laisse tomber? Ou peut-être que deux gins ne sont tout simplement pas parvenus à se départager...

*

L’introduction. Premier round, première partie

*

Le deuxième round suivra dans les deux semaines qui viennent.

La recette fixe : 4 parts de gin pour 1 part de Noilly Prat sec et un trait de bitters d’orange ; remuer dans un verre à mélange ; servir dans un verre à cocktail ; garnir d’une olive.

Il ne s’agit pas de juger la qualité des gins. Un mauvais résultat indique seulement qu’à mon sens, ce gin n’est pas adapté pour un Martini ou en tout cas pas dans ces proportions-là. Seul, dans d’autres cocktails ou en G&T ? Il fonctionnera sans doute mieux.

*

Whitley Neill vs. London n°1

London N°1 aime bien se la jouer. Distillé à Londres ! (Mais propriété d’une compagnie andalouse spécialisée dans le Sherry). Le seul gin vraiment bleu – Bombay Sapphire, c’est juste la bouteille ! (Mais on s’en fout). En Espagne, c’est un gin qui marche très bien. Je ne comprends pas trop. Pour le même prix (et même pour moins), on trouve bien mieux. Peut-être que dans un Martini ? Whitley Neill est par contre un gin que j’aime beaucoup. En tout cas, c’est un des premiers gins premium que j’ai aimé. Je dois bien admettre que la bouteille est aussi pleine qu’il y a un an… Fatigue ? Niveau marketing, Whitley Neill met en avant l’utilisation, en plus d’herbes et d’épices traditionnelles, de fruits de baobab et de groseilles du Cap. En Martini, la première chose à dire c’est que mon London N° 1 est bleu. Et ça, ça ne va pas. Le nez est bof. C’est bleu. Le goût est bof sans être mauvais. C’est bleu. La première gorgée est plus agréable que la seconde, la seconde que la troisième. C’est bleu. L’odeur du Whitley Neill Martini est plus puissante. Forte présence d’agrumes et de quelque chose en plus. Je ne sais pas ce que sent le baobab… La première gorgée est assez agressive, fort épicée. Ça se calme par la suite, les sensations s’améliorent nettement au fur et à mesure. De gorgée en gorgée, on trouve l’équilibre. Je ne pense pas que le Whitley Neill gagnera, mais c’est quand même du solide. Passage au second round sans trop de problèmes. L’autre était bleu. Je vous l’avais dit ?

*

Tanqueray Ten vs. Citadelle

Tout a un peu commencé avec Tanqueray Ten. C’est le premier gin premium à avoir fonctionné. Un très beau produit mettant moins en avant le genévrier que le Tanqueray normal. Citadelle est un gin français. Si je me souviens bien, 70% de sa production s’écoule en Espagne. Prêt de 20 aromates sont utilisés pour le distiller. Un très beau produit, à n’en point douter. Même si le fabricant nous le présente comme un gin fait pour le Gin Tonic, je n’ai jamais été séduit. En Martini, par contre, il y a un vrai potentiel : pas mal de genévrier et quelques touches intéressantes de violette (par exemple) ont de quoi intéresser. Ce duel est le plus difficile, vraiment. Le Ten Martini est puissant et piquant ; il provoque une belle explosion en bouche. Le mariage avec le vermouth est très beau et malgré l’impact (surprenant pour un produit où les agrumes sont plus en avant), c’est très, très élégant. Le Citadelle Martini est plus subtile. Poivré sans piquer d’abord, floral ensuite : un très, très beau Martini. Tout me pousse à déclarer l’égalité parfaite, d’autant plus que j’ai besoin d’un dixième gin…

*

Broker's vs. Sipsmith

Sipsmith est un gin relativement nouveau (2009) distillé dans un alambic de cuivre, le premier à être installé à Londres depuis 1869. L’eau utilisée provient de la source de la Tamise. Broker’s  nous vient de Birmingham et cultive une image typically british. Les deux gins sont assez secs et se targuent de ressembler à de vrais London Dry traditionnels. Le Broker’s est sans doute plus unidimensionnel. S’il s’agissait d’un boxeur, ce serait de ceux qui n’ont jamais vraiment le temps de montrer leur technique : pan dans ta gueule, lights out, goodnight. Agressif, pas des plus subtils. Un excellent Martini vieille mode, quoi. Le Sipsmith Martini est plus élégant. Le genévrier domine toujours mais le parfum est plus varié et, en bouche, le citron apporte des notes acides qui manquent un peu au Broker’s. Saveurs variées sur la fin. Ce sont deux beaux gins, deux beaux Martinis. Même si le Broker’s est tout à fait remarquable, je pense que je préfère le Sipsmith.

*

N° 209 vs Beefeater 24

Beefeater 24 est le gin premium de Befeater. Sa particularité ? Thé vert chinois, Sencha japonais. Oui, c’est unique. 209 est distillé dans la 209e distillerie à obtenir un permis aux Etats-Unis (1882). Ce gin a été lancé en 2005. Beefeater 24 est un excellent gin, aussi bien en Gin Tonic qu’en cocktails. Le thé (discret mais présent) a inspiré pas mal de mixologistes – il existe notamment un Mar-Tea-Ni.  Je considère le 209 Tonic comme une petite merveille, mais je ne l’ai jamais essayé en cocktail. Et donc ? Le 24 Martini ne laisse pas beaucoup de place au thé : en plus du genévrier et du vermouth, ce qui ressort le plus clairement, c’est les agrumes et plus particulièrement le pamplemousse. C’est un Martini de très belle facture, peut-être pas très excitant mais solide. On peut compter dessus pour offrir une petite note de sophistication supplémentaire. Le 209 Martini m’a vraiment surpris : le nez est fruité mais en bouche… Dieu ! À 46%, je savais que ça allait être fort. Par contre, ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est la dominance de la coriandre et de la cardamome. Si vous n’aimez pas ces épices, passez votre chemin. J’en suis par contre très amateur et une fois que j’ai goûté ce Martini, je n’ai pu que sourire bêtement et boire. C’est 209 qui passe au tour suivant. Je ne m’attendais pas à voir Beefeater 24 nous quitter si vite. Il mérite mieux, mais que voulez-vous…

*

Junipero vs. Hayman's Old Tom

*

Dernier duel du premier tour et un quatrième style de gin : l’Old Tom. Contrairement au London Dry et au Plymouth, l’Old Tom n’a pas de définition stricte. On pense qu’il s’agit au départ d’un surnom donné au gin en général et puis qu’au 19e, c’est devenu le nom d’un type de gin sucré afin de masquer la mauvaise qualité de l’alcool. Après un siècle d’absence, l’Old Tom (de qualité !) est de retour et nous permet de faire certains cocktails à la manière de l’époque (à la fin du 19e, ce type de gin était plus commun que le London Dry). Ceci dit, les quelques marques qui en fabriquent aujourd’hui proposent des produits fort différents. Le point commun ? Le goût plus sucré, mais si certains ajoutent du sucre à la distillation, d’autres optent pour l’utilisation d’aromates qui ont la particularité d’édulcorer (la réglisse, par exemple). Hayman’s, une entreprise créée par un membre de la famille fondatrice de Beefeater, utilise pour son Old Tom une recette de la fin du 19e. Junipero est un des plus anciens nouveaux gins (1998) et, son nom l’indique, met en avant le genévrier. Très fort (49,34%) il fait, dit-on, un excellent Martini. On, prénom indéfini signifie menteur. Mais dans ce cas-ci, le « on » ne ment pas : oui, c’est fort, oui, c’est plein de genévrier, oui, c’est moins subtil que d’autres gin mettant en avant 25 aromates, mais c’est just what the doctor ordered.  A mean, mean Martini. Si Dorothy Parker était parmi nous aujourd’hui, gageons que son gin of choice pour se retrouver sous l’hôte serait le Junipero. L’Old Tom ne donne pas un mauvais résultat. Plus doux, plus sucré, une texture différente aussi : intéressant, agréable mais la comparaison entre les deux gins – un London Dry haut de gamme et un Old Tom de qualité – montre quand même clairement que le compagnon idéal du Martini, c’est quelque chose dans le style Junipero.

*

Premier tour terminé. Un match nul entre deux gins que nous repêchons donc pour obtenir 5 duels au second tour. Au programme :

Plymouth vs. Tanqueray Ten Aviation vs. Citadelle Martin Miller vs. Sipsmith Hendrick’s vs. 209 Whitley Neill vs. Junipero

De belles rencontres en perspective…

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.