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G'Vine Connoisseur Program 2011

Vous connaissez la blague du gars qui vous promet quelque chose pour les jours qui viennent et puis disparait pendant six semaines sans donner de nouvelles ? Elle n’est pas très marrante, je vous le concède. Mais je vous promets que je ne la ferai plus. À vous de décider si vous faites confiance aux promesses d’un ivrogne.

Replongeons donc dans le bain avec quelques mots sur un événement dont j’aurais dû vous faire part il y deux mois puisqu’il a eu lieu la première semaine d’avril. Par un heureux hasard, j’ai eu la chance d’assister à la première épreuve préliminaire du G’Vine Connoisseur Program. Avant d’embarquer vers  Barcelona, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada, G’Vine a lancé l’édition 2011 à Madrid. Le Connoisseur Program s’est déjà  imposé – alors qu’on en est seulement à la seconde édition – comme une des compétitions les plus difficiles du monde du gin. Mais la récompense est à la hauteur : les heureux élus sont invités une semaine à Cognac (où se trouve le siège de G’Vine) – et Dieu sait qu’on boit et mange bien dans ce coin-là. Évidemment, tout n’est pas que détente : il s’agira pour la quinzaine de finalistes de tenter de remporter le titre de « Connoisseur ». Au grand dam de G’Vine, un gin français, il s’est avéré impossible d’organiser un tour préliminaire hexagonal, mais les barmen français (et ceux du reste du monde) avaient quand même l’opportunité de se qualifier grâce à des épreuves en ligne. Et un Français sera donc invité à Cognac : Guillaume Ferroni du Château des Cressauds à Aubagne.

Philip Duff s'apprête à raconter une blague

Mais en quoi consiste l’épreuve qualificative ? Tout commence sur un mode relax grâce à une présentation passionnante de Philip Duff (fondateur du Door 74 d’Amsterdam et ambassadeur de 150000 marques) sur l’histoire du gin. Duff est vraiment ce que les anglo-saxons appellent un « genial host » : il met tout le monde à l’aise et ses explications sont amusantes tout en étant toujours sérieuses. Le voyage commence en Chine et puis passe au Liban. Les Arabes amènent la distillation en Espagne, d’où le procédé se diffuse d’abord aux Pays-Bas et en Irlande. En 1269, on trouve en Hollande la première mention d’un alcool infusé aux baies de genévrier.  Usage strictement médical, bien sûr : il faudra attendre 1495 pour trouver une recette non médicale. Au début, l’alcool est basé sur les raisins. Ce n’est qu’au XVIe que les distilleries hollandaises commencent à utiliser du grain, pour des raisons politiques (les raisins sont français, et les Français des gros connards. Dit-on.) De là, le genièvre, puis le gin anglais (Old Tom et London Dry), etc. Une histoire longue, complexe, passionnante, qui mène à la renaissance actuelle du gin, dont G’Vine est un des symboles. Au cours de l’exposé de Duff, nous avons pu goûter chaque type de gins ou de proto-gins mentionnés, expérience révélatrice s’il en est.

L'histoire du gin en huit bouteilles

C’est une chose de s’enfiler ce qu’il y a dans des verres à dégustation remplis d’un liquide transparent et alcoolisé dont vous connaissez la provenance. C’est tout autre chose de devoir identifier à l’aveugle le contenu de dix verres sans autre indications que celles données par votre nez et votre bouche… Après l’introduction duffienne, c’est pourtant ce qui attendait les barmen candidats : en quelques minutes ils devaient identifier non seulement la marque mais aussi le type de produit  qui leur était présenté (est-ce G’Vine Floraison ou Nouaison ? Hmm, et si c’était Hendricks ?) à l’aide de leur odorat d’abord et ensuite, au deuxième round, en dégustant ce qu’ils avaient devant eux. Par curiosité, j’ai participé à cette épreuve et je dois admettre, à ma grande honte, avoir obtenu un très petit 2 sur 10. Ceci dit, des pros dont je ne dévoilerai pas l’identité n’ont pas fait mieux. Il faut dire que sur la centaine de marques sur le marché, s’il est facile d’identifier le type, la famille de gin, il est bien plus compliqué d'y accoler des noms précis, sauf, sans doute, dans les cas les plus particuliers. Quoique : on me dit que quelqu’un a confondu gin 209 et Larios. Mais chut. Ce ne sont sans doute que des rumeurs sans fondement.

Eh oui, ça sent l'alcool. Mais encore?

 Après, je ne me suis plus mêlé de rien et je me suis contenté de regardé les pros : il s’agissait de présenter un cocktail à base de G’Vine au jury (Philip Duff et Audrey Fort de G’Vine). Il est peut-être temps de mentionner le seul couac de la journée : le G’Vine Connoisseurs Program de Madrid était organisé le même jour qu’une manche du Diageo Reserve World Class, compétition plus longue et qui bénéficie de bien plus de moyens promotionnels. C’est sans doute pour cela que certains des meilleurs barmen de Madrid et environs n’étaient pas présents ici. Je ne voudrais pas toutefois pas diminuer le mérite de David Gonzalez, vainqueur de cette manche : il a réussi une épreuve très dure et son cocktail était très bon (je n’en ai malheureusement pas la recette). J’ai tout de même été surpris par la quantité de long drinks ou même de variations sur le thème gin tonic proposés par les candidats-connoisseur : très souvent, ces boissons cache plus qu’il ne rehausse l’alcool qu’elles sont sensées mettre en avant. En plus, G’Vine, avec ces caractéristiques très particulières, donnent sans doute la possibilité de créer des boissons très surprenantes – pour qui sera capable de prendre le risque. À en juger de certaines recettes présentées lors de la manche londonienne, le représentant madrilène va avoir du pain sur la planche lors de la finale à Cognac.

Au final, je ressors de cette aventure d’une demi-journée avec une appréciation (renouvelée) pour les produits que les distillateurs nous proposent et pour les hommes et les femmes qui nous préparent des cocktails avec ces alcools. Et la prise de conscience que, mon dieu, la dégustation à l’aveugle, ce n’est pas facile.

La finale aura lieu ce mois-ci. Pour être tenu au courant, suivre GinMonkey.

Site G’Vine Connoisseur Program.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.