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La perle en bouche: le Bijou

Je ne me souviens pas d’avoir vu le Bijou à la carte d’un bar. Pourtant, chaque fois que je croise un barman de Barcelone, il semble être en train de le préparer ou d’en inventer une variation (la dernière en date comptait du Mezcal dans les ingrédients). J’ignore d’où leur vient cette étrange passion ; il ne fait en tout cas aucun doute qu’elle est justifiée : très belle préparation. Si la chartreuse ne vous fait pas peur.

Le Bijou est un très vieux cocktail : il nous vient tout droit du XIXe siècle. En fait, si je ne m’abuse, on en trouve la trace la plus ancienne dans le Bartender’s Manual de Harry Johnson, grand rival et contemporain de Jerry Thomas. Aucun détail n’y est donné sur la provenance de la recette et, n’étant pas David Wondrich, je ne me risquerai pas à vous en faire l’histoire. Ceci dit, une théorie avance que son nom est dû à la couleur de ses ingrédients : le diamant du gin, le rubis du vermouth, l’émeraude de la chartreuse. De quoi séduire madame à l’heure du digestif ? (1)

  • 1 part de Gin
  • 1 part de Vermouth doux
  • 1 part de Chartreuse verte
  • 1 trait d’Orange bitters

Dans un verre à mélange sur glace, servir dans une coupe à cocktail froide, garnir d’une cerise au brandy ou au marasquin et d’un twist de citron

Johnson laisse la porte ouverte à l’olive à la place de la cerise, selon votre préférence. Mais j’ai mon stock de brandied cherries maison et je ne suis pas particulièrement amateur d’olives. Il spécifie aussi une marque particulière de gin : Plymouth. Je reste perplexe car je pense qu’un London Dry classique fonctionnera bien mieux. D’ailleurs, si j’ai cette fois-ci utilisé le Tanqueray Ten, je ne crois pas que ce choix est idéal : la chartreuse dominait le gin, il faudrait probablement choisir une bouteille où le genévrier est plus dominant. Tanqueray classique, Junipero ? Une autre solution est de jouer avec les proportions. Tout comme le Negroni, le Bijou est de ces cocktails qui peuvent très facilement être adaptés à votre palais sans pour autant perdre l’équilibre de base. En 1-1-1 ou en 3-2-1, il ne fait aucun doute que cela fonctionnera.

(J’ai eu envie de vous proposer cette recette aujourd’hui après avoir lu l’excellent Boozehound de Jason Wilson. On en reparle très prochainement.)

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(1) Ah, il est loin le temps où une femme fatale demandait un Bijou ou un simple verre de Bénédictine – comme dans Hangover Square – après le dîner et avant le spectacle…

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.