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Jason Wilson ne voyage certainement plus droit

A dix-huit ans, j’ai commencé à recevoir des cd’s à la maison pour que je les chronique. Je croyais alors qu’il s’agissait du meilleur métier du monde. Puis sont arrivés les skeuds non demandés, les trucs de merde qu’il fallait quand même recenser plus ou moins positivement parce qu’on voulait recevoir le paquet suivant. A vingt-trois ans, j’ai commencé à recevoir des romans à la maison. Bis repetita placent. Il y a quelques semaines, j’ai lu Boozehound, le livre de Jason Wilson et, que nos foies, nos panses et nos compagnes nous pardonnent, mais je crois vraiment qu’il a le meilleur métier du monde. Voyez-vous, monsieur Wilson est l’homme que le Washington Post a choisi pour s’occuper de la section alcool du journal. Echantillons à la maison, voyages sur le terrain et une certaine liberté… Faut vous faire un dessin ?

Wilson doit sa passion alcoolique a une bouteille de Sambuca oubliée sous l’évier de ses parents. Comme quoi, même de nulle part, on arrive à tout. Sa révélation cocktail, quant à elle, a eu lieu alors qu’il était à l’université : un ami septuagénaire l’emmena au bar d’un hôtel, commanda un Stinger (crème de menthe ? Comme quoi…) et voilà.  Beaucoup de bouteilles de Fernet Branca ont été vidées depuis.

Sous une forme ou une autre, la plupart des textes repris dans ce volume ont été publiés ailleurs. Presque tous sont basés sur un ou plusieurs voyages de recherche. Le périple de Wilson dans le nord de l’Italie est particulièrement enrichissant, mais on retiendra surtout deux chapitres importants : celui sur le terroir et celui sur le « romantisme » des marques. A part en France, la notion de terroir pour les spiritueux a tardé à se répandre. De Jalisco au Pérou en passant par les champs de patate suédoises de la vodka Karlsson, Wilson présente les efforts – pas toujours remplis de succès – des producteurs pour mettre en valeur dans leurs alcools les richesses de leur terre. On est loin des entrepreneurs qui se vantent d’importer l’eau d’Islande ou la quinine de Bolivie et ça fait du bien. Plus marrant et non moins essentiel, Wilson consacre quelques pages à examiner les mythes romantiques associés à certaines liqueurs (« seuls trois moines en connaissent la recette », « les fleurs sont récoltés par des hommes à vélo et en béret », « si ce ne sont pas des vierges chinoises qui détachent les feuilles de l’arbuste, le résultat sera médiocre », ce genre d’histoires). Le cas emblématique ici serait celui de St-Germain, liqueur super « frenchy » pensée, conçue et produite sur ordres de l’héritier d’une compagnie de Philadelphie (oui, aux Etats-Unis – ce qui ne surprendra personne ayant lu les textes « français » qui accompagne le produit).

A part de rares erreurs (le genièvre n’est pas un produit exclusivement hollandais), Boozehound faiblit parfois quant Wilson évoque des souvenirs personnels (trop de « cette fille, cette bouteille, ce moment qui s’échappe ») même s’ils servent aussi à rappeler que, comme nous, Wilson est d’abord un amateur de bons alcools et des moments de convivialité qu’ils accompagnent.  Ceci ne diminue en rien les véritables qualités de ce livre. En plus d’excellents reportages, il nous offre plus de cinquante recettes (dont un bon nombre sont superbes) et surtout une voix indépendante qui n’a pas peur de déranger (on imagine que les négociants en cognac ne sont pas particulièrement heureux de certains de ses commentaires). Enfin, on ressort de cette lecture avec une vision plus claire et une appréciation plus grande du monde des spiritueux en ce début de 21e siècle.

Jason Wilson, Boozehound, on the trail of the rare, the obscure and the overrated in spirits, Ten Speed Press, $22.99 Le site officiel de Jason Wilson: http://jasonwilson.com/index.html

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.