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Repeal Day, December the 5th: Twelve Mile Limit

Du premier novembre au premier jour de l’an, pleuvent les dates significatives. Nulle ne m’est plus chère que le cinq décembre. Il y a 78 ans aujourd’hui, les Etats-Unis abrogeaient une loi inique dont les effets se font encore sentir aujourd’hui : la prohibition. Plutôt que de souligner à quel point interdire « c’est mal » et surtout contre-productif ou que les boucs-émissaires (les alcools alors, la drogue ensuite, les rentiers aujourd’hui) ne servent qu’à cacher les véritables causes de misère sociales, individuelles ou économiques, je voudrais en profiter pour signaler la leçon la plus contemporaine que l’on puisse tirer du Volstead Act, de son règne de terreur de 14 ans et de son échec éventuel : il  nous faut fuir au plus vite l’idée selon laquelle l’Etat non pas peut mais bien doit de tout son poids imposer à ses sujets (c’est bien de cela qu’il s’agit) des changements de conduite personnelle. L’Etat n’est là que pour garantir des droits ; il ne saurait s’introduire légitimement entre nous et nos inclinaisons intimes. Il est urgent de s’en souvenir : quoi qu’on en dise, l’Etat n’a jamais eu autant de poids, d’influence sur notre quotidien qu’aujourd’hui. Mais je vais cesser de prêcher, descendre de ma soapbox et passer à autre chose. Si la prohibition vous intéresse vraiment, je vous recommande la lecture de Last Call de Daniel Okrent, Dry Manhattan de Michael Lerner (ou comment New York est devenue dry, thème qui devrait intéresser ceux qui pensent toujours que la meilleure protection contre la tyrannie capitale est la décentralisation) ou le visionnage du docu en trois parties de la chaîne américaine PBS.

 
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Il est temps de boire, mais quoi ? Contrairement à ce que voudrait nous faire croire une certaine vulgate cocktailienne l’époque de la prohibition ne nous a donné que peu de bons cocktails. Logique : les alcools étaient de mauvaise qualité, il n’y avait que les jus de fruit ou les sirops pour en masquer le goût, la plupart des cocktails de l’époque étaient donc souvent bien trop sucrés. Les vrais classiques made in Volstead datent donc souvent d’avant la catastrophe. La recherche d’une recette acceptable est en outre compliquée par l’habitude prise par certains à l’époque de changer le nom d’un cocktail d’une autre époque (Pink Lady devenu Pink Shimmy par exemple). Le plus facile est donc de porter notre choix sur un cocktail dont le nom même renvoie à cette sombre période. Ainsi, le Twelve Mile Limit fait référence à la distance des côtes où l’interdiction de l’alcool n’était plus de mise (au début, il s’agissait d’une Three-mile limit, autre cocktail, mais les petits malins qui louaient un bateau étaient trop nombreux…). Inventé par un certain Tommy Millard, socialite comme on en fait plus, le Twelve Mile Limit n’est pas le plus fin des cocktails mais il est loin d’être désagréable et vous permettra, au nom de la précision historique, de vous défaire de vos mauvaises bouteilles sans passer un mauvais moment, bien au contraire.

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  • 3 cl de rhum blanc
  • 1,5 cl de rye
  • 1,5 cl de cognac
  • 1,5 cl de grenadine
  • 1,5 cl de jus de citron

Le tout, sans prétention, sur glace dans un shaker, on secoue sans peur des voisins et de la police vu qu’on est à près de 20 km au large, puis on sert du mieux qu’on peut dans un verre à cocktail et on garnit avec un twist de citron. Que le premier qui a le mal de mer se dénonce !

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.