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World Cocktail Week #4: Doctor Cocktail (à votre bon coeur)

Après les whiskeys et le pisco, il est peut-être temps d’aller voir ce grand spiritueux des Amériques, le rhum. Pour être tout à fait honnête, à l’occasion de ce quatrième jour de notre World Cocktail Week, le rhum est surtout une excuse pour nous intéresser à un drôle d’ingrédient, le Swedish Punsch.

Moins connue que les compagnies hollandaise et, surtout, anglaise, la Suède a aussi sa compagnie des Indes orientales, la Svenska Ostindiska Companiet (SOC for short…). L’aventure fut brève (82 ans ; pour comparaison, la East India Company, c’est 275 ans) mais elle laissa des marques… et quelques gueules de bois ! Un des premiers produits importés n’était autre que de l’arrack, probablement chinois. L’arrack est un alcool de riz, de canne à sucre ou de sève de palmier, produit plus ou moins légalement, plus ou moins artisanalement de Ceylan à Canton en passant par Java. Petit à petit, la canne à sucre s’est imposée, et la grande majorité des arracks asiatiques d’aujourd’hui ressembleraient à des rhums pas vraiment subtils. Mais retournons en Suède : l’arrack ramené par la SOC n’était pas bu pur par la bonne société de Stockholm. C’était l’époque du punch et on a très vite mélangé ce curieux spiritueux venu d’orient avec du sucre, du thé, du citron et des épices. Au 19e siècle, ce punch (ou punsch en Suède) finit par être vendu ready-made, en bouteille. Sans doute grâce à l’importante immigration scandinave, il acquit à la même époque une certaine popularité outre-Atlantique. Curieusement, ce qui n’était à la base rien d’autre qu’un cocktail embouteillé est devenu un ingrédient à part entière d’autres cocktails. Malheureusement (prohibition et tutti quanti), le Punsch a longtemps disparu de la circulation et est devenu presque impossible à trouver hors de Suède. Aux Etats-Unis, une compagnie importe depuis quelques temps du Batavia Arrack, permettant ainsi aux afficionados de faire leur propre punsch (les recettes abondent, google is your friend). Fort récemment, la même compagnie s’est mise à commercialiser un Punsch tout fait. Aucune distribution européenne à l’horizon. Sur le vieux continent, il ne nous reste donc qu’à passer un week-end à Stockholm ou bien à faire un saut en Allemagne : deux bartenders vendent, sous le label Forgotten Flavours, leur propre Punsch. Pas facile à trouver, production limitée, etc. A Berlin l’an dernier, j’ai eu la chance de mettre la main sur une bouteille. Et donc, aujourd’hui, je vous propose le cocktail emblématique du Swedish Punsch :

WCW Cocktail #4 : le Doctor Cocktail

Ted Haigh opte pour une recette de Trader Vic : rhum jamaïcain, punsch et citron vert. Un Daiquiri scandinavisé by way of Indonesia ? On dit bingo !

  • 6 cl de rhum jamaïcain
  • 3 cl de Swedish punsch
  • 3 cl de jus de citron vert

Au shaker sur glace, verser dans un verre à cocktail, garnir avec un twist de citron vert.

Histoire de rendre le cocktail un peu plus brut de décoffrage (après tout, rhum, punsch et la marine du 17e siècle, ce n’est pas nécessairement sophistiqué), j’ai choisi le Smith & Cross, un rhum à l’ancienne, excellent mais puissant, dur, carré plus que rond. Le Smith & Cross donne un tout autre sens à l’expression « rhum industriel ». Le punsch de Forgotten Flavours est moins sombre et, j’en ai bien l’impression, nettement moins sucré que le punsch suédois traditionnel. En tout cas, si j’en crois ce qu’on en dit ici et là – c’est le seul que je connaisse. Il m’a en tout cas fallu ajouter un ou deux traits de sirop simple pour trouver l'équilibre. Le résultat ? Un Daiquiri terrestre, légèrement fumé, agressif, épicé, complexe. Funky. Recommandable.

Bonus pour les plus ginophiles d’entre vous, un autre cocktail proposé par Ted Haigh :

WCW Cocktail #4bis : le Have a Heart Cocktail

  • 4,5 cl de gin
  • 2 cl de Swedish punsch
  • 2 cl de jus de citron vert
  • ½ cuillère à soupe de grenadine

Au shaker sur glace, verser dans un verre à cocktail, garnir avec un quartier de citron vert.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.