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Ceci n'est pas un julep: le Pontarlier Julep

Si le julep était d’abord un médicament, puis, avec la perversion caractéristique des vieux roublards de la jeune République indépendante, une façon de dire « je suis un alcoolique et je m’envoie un sling (un cocktail sans bitters ; alcool, eau, sucre ndlr) au levé mais en fait c’est mon docteur qui me le recommande » ; si la menthe n’est venue perturber le mariage que quelques années plus tard ; si le bourbon n’est devenu de rigueur qu’une autre poignée d’années plus tard ; si la tasse de métal n’est qu’une invention encore plus récente ; eh bien qui sommes-nous, oui, qui sommes-nous pour dire que le Pontarlier Julep n’est pas un julep ?

L’affaire est pourtant simple : la menthe n’y est que décorative, il y a trois traits de bitters, les alcools principaux sont le vermouth et l’Aperol et le réceptacle est un bête verre. Ni mint, ni julep, ni même sling. Et le Pontarlier Julep ne retourne même pas aux origines : si l’on en croit Charles H. Baker Jr, le mot nous vient de l’arabe julab qui désignerait l’eau de rose, ingrédient dont on ne trouve trace ici. C’est ennuyeux, car Baker nous le rappelle : « On a tiré sur des hommes pour avoir ajouté du jus de fruit et posé des tranches d’agrumes et des cerises au marasquin dans des juleps. Des familles ont dû faire face au divorce à la suite de l’utilisation de menthe à tige rouge ».

On ne voudrait pas qu’un gentleman du sud en vienne à descendre William Elliott du Maison Premier à Brooklyn (qu’on n’hésite pas à dénoncer comme inventeur de notre drink du jour). En sa faveur, on avancera donc deux choses. Plus qu’eau de rose, julab voudrait peut-être dire « parfum ». Or, notre Pontarlier Julep fait appel à l’eau de fleur d’oranger, ingrédient tout aussi essentiel à la parfumerie arabe… Ensuite, si le julep était d’abord une boisson médicinale, quoi de plus médicinal qu’une bonne dose de saveur herbacée amenée, en sus du vermouth, par l’absinthe et toutes ses herbes de la pharmacopée traditionnelle. Et si même ces deux bons arguments ne suffisent pas à calmer les esprits, revenons à Baker : « Une dispute violente sur ce sujet n’est guère plus sensée qu’une autre amenée par la comparaison entre l’utilité relative d’une Espagnole aux yeux brillants, d’une avenante scandinave aux cheveux de miel, d’une bonne anglaise blonde vénitienne, d’une impétueuse fille aux cheveux de jais venue de Killarney Country ».  Que le puriste incapable de profiter de tous les plaisirs de la vie aille se faire voir pendant que nous nous préparons un petit Pontarlier Julep.

  • 20 ml d’absinthe
  • 20 ml de gin
  • 30 ml d’Aperol
  • 30 ml de vermouth doux
  • 3 gouttes d’eau de fleur d’orange
  • 3 traits de bitters d’orange

Verser les ingrédients dans un verre à Old-fashioned, mélanger et ajouter de la glace pilée. Décorer avec quelques feuilles de menthe.

Pour que notre Pontarlier Julep ne soit ni julep ni made in Pontarlier, on a utilisé une absinthe qui ne provient pas de l’ancienne capitale de la fée verte. A vous de voir…   

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.