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Où se cachent les nouveaux classiques?

C’est à peu près la même chose chaque année en janvier : les articles pleuvent sur deux sujets.

  1. Les barmen doivent se souvenir qu’ils sont là pour faire plaisir au client (service !!!)
  2. Les cocktails sont devenus trop compliqués, il faut revenir aux bases (simplicité !!!)

On peut avoir de la sympathie pour ces deux thèses, mais le fait qu’elles reviennent tous les 12 mois et que ces articles sont systématiquement likés, retweetés et partagés par tout le monde laisse entendre que tout le monde est d’accord mais que tout le monde s’en fout. Ou bien qu’il s’agit de la version bar des bonne résolutions : les proférer une fois l’an suffit à se donner bonne conscience sans qu’il soit nécessaire de les appliquer.

Cette année, on a eu un twist avec un article de Derek Brown : « Arrêtez d’inventer des cocktails ».  L’article s’ouvre sur cette phrase : « Parmi les pires instincts de l’homme, on trouve celui de la création ». On peut espérer qu’il s’agit d’une provocation, surtout quand cela vient d’un homme dont le cocktail préféré de 2011 était… un Martinez Sour. A la base de son article, deux constats que l’on partage : beaucoup de cocktails baroques instantanément oubliables ; beaucoup de barmen incapables de vous faire un bon Daiquiri. Oui mais. Si le second point est un vrai problème et qu’on se dit souvent que pas mal de bars devraient apprendre leurs classiques, le premier point, bien que juste, démontre une ignorance profonde de ce qu’est la créativité. Effectivement, 9 création sur 10 va du mauvais au « plaisant mais oublié le lendemain matin ». Il faut le dire, ces 9 échecs sont absolument nécessaires : sans eux, pas de perle. Impossible de dire : « plutôt que de créer 10 cocktails médiocres, je ne vais en créer qu’un seul, mais, bordel, il sera délicieux ». Les choses ne marchent pas comme ça. Créer, ce n’est pas refuser l’échec et la médiocrité, c’est l’accepter. Bien boire, c'est discerner entre ce qui est moins bon et ce qui est excellent. L'un ne saurait aller sans l'autre. Comme disait un Irlandais dont j’ignore la relation à l’alcool : « Echouer, échouer encore, échouer mieux ». Et puis, peut-être…

Classique vs Classique: Dorothy Parker vs Martini

De toute façon,  ces 9 « ratés » sont-ils vraiment des échecs ? Une carte ne saurait être faite de grands drinks. Il y a toujours des cocktails qui font ce qu’ils doivent faire au moment où il faut le faire et puis qui sont oubliés. Ils ont tout de même rempli leur objectif. Par ailleurs, il y a aussi un problème optique : on boit le Brandy Crusta mais on ignore tout des dizaines d’autres créations de Joseph Santini sans que cela nous perturbe. Les 9 ou 99 « échecs », c’était pour ses contemporains. Dans 50 ans, quelqu’un sera dans la même position envers le classique d’aujourd’hui. On ne saurait donc dire aujourd’hui qu’on en fait trop aujourd’hui.

Oublions nos 9 déchets et penchons-nous sur le 1 (sur 10 ou sur 100), le cocktail réussi, vraiment réussi, au point qu’il pourra se transformer en référence. En classique moderne. C’est quoi, un classique ? Par déformation professionnelle, je suggère de nous tourner vers l’écrivain italien Italo Calvino et son Pourquoi lire les Classiques. Bien sûr, il parle de littérature, mais certaines de ses définitions  peuvent nous aider. J’en paraphrase quelques-unes ci-dessous.

Hunter Thompson vs Mint Julep

Un classique :

  • Quand on le boit pour la première fois, on a l’impression de déjà le connaître ; quand on le boit pour la deuxième fois, on a l’impression de le découvrir. C’est un cocktail inépuisable.
  •  Il tient autant du présent que du passé et le connaisseur saura le replacer dans une généalogie des classiques. C’est un cocktail d’aujourd’hui qui aurait pu être là hier et sera toujours là demain. C’est un cocktail qui est à la fois de son temps et hors du temps.
  • On prend autant de plaisir à le faire découvrir à quelqu’un qui ne le connaît pas qu’on en prend à le boire.

Ceci est, je l’admets, un peu abstrait. Mais Martini, Sazerac ou Mai Tai, quel que soit votre cocktail préféré, pensez-y et vous verrez.

Tout ceci me donne donc envie de me pencher sur le cas des classiques modernes. Les cocktails de la renaissance des dix dernières années.. Ceux dont on pense qu’ils resteront.  Ceux pour lesquels on a envie de dire au barman, « merci de créer et d’inventer », qu’il s’agisse d’un simple twist ou d’un cocktail vraiment original. J’en ai trois pour commencer, j’en parlerai ici-même dans les semaines qui viennent. Mais j’ai besoin de votre aide, amateurs ou barmen.  Quelles sont les recettes récentes essayées à travers le monde auxquelles vous retournez sans cesse ? Que vous mettez sur vos cartes ? Que vous recommandez à tous vos amis ou collègues ? Envoyez-les moi par mail (il est dans la colonne à votre droite), sur Facebook ou en commentaire. N’hésitez pas non plus à nous faire part de ce qui fait, selon vous, un classique, moderne ou autre.

Raymond Chandler vs Gimlet

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.