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Last Christmas, I gave you a Flip (and you didn't give it away)

Vous me pardonnerez l’intermède coup de gueule de la semaine dernière, revenons à la seule chose qui devrait importer : bien boire, avec ou sans modération mais toujours de façon responsable (ce n’est pas la même chose, même si du côté des hygiénistes on tente de nous le faire oublier). Bref : c’est l’hiver, il fait de plus en plus froid et en plus c’est les fêtes, les petits dîners sympas en famille... Il nous faut de quoi supporter tout cela. Pour nous y aider, de nombreuses recettes de toutes les époques sont disponibles. Un livre sobrement intitulé Winter Cocktails est même sorti en octobre. Mais en tant que buveur impénitent, j’en viens à regretter les temps où l’on pouvait encore être un buveur impénitent et mourir la gueule ouverte dans le ruisseau de pisse gelée entre la taverne et les latrines extérieures (veuillez me pardonner l’image). Et donc, revenons deux cents ans en arrière pour aller boire deux choses que l’homme nouveau du nouveau monde buvait lui aussi : un Flip puis un Egg Nog. J’espère que vous n’avez rien contre les œufs crus.

Sherry Flip

Décris comme il l’était à la fin du XVIIe siècle, le Flip fait flipper (ouais). Imaginez un peu : vous mettez de la bière, du rhum et du sucre dans une tasse puis vous y plongez un tisonnier brûlant histoire de bien faire fondre votre sucre et de chauffer le mélange. Rien que d’y penser, on sent la sueur, les microbes et la vache qui vient chauffer votre salle à manger / chambre à coucher. Ou le cochon. Par un miracle non moins grand que la transsubstantiation, près de deux cents ans plus tard, Harry Johnson nous dit : « C’est une boisson délicieuse, qui donne des forces aux personnes délicates ». Évidemment, le Flip dont il parle avait perdu la bière et le rhum pour gagner du sherry, à l’époque pas encore alcool de grand-mère et de vieille fille. Et un œuf, aussi. Un œuf entier. Ce qui, finalement, n’est pas si surprenant : à l’époque, le sherry (et surtout le Sherry Cobbler), c’était la poule aux œufs d’or (ouais ouais). Il est temps de passer à la recette, me dites-vous ?

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* 60 ml de sherry oloroso * 10 à 15 ml de sirop simple (moins si vous optez pour un sherry sec) * 1 œuf Battre l’œuf au fond du shaker, ajouter les autres ingrédients, agiter sans glaçons pour une meilleure émulsion, puis agiter avec glaçon. Filtrer avec une passoire dans un petit verre à vin et garnir de muscade fraîchement râpée.

Egg Nog

Le Egg Nog débarque sans doute à la suite du Flip. Les traces les plus anciennes datent de la fin du XVIIIe siècle. Et qu’est-ce un Egg Nog si ce n’est un Flip avec du lait ou de la crème ? On le présente parfois comme un descendant du Posset, mais la généalogie et les boissons reprises sous ce nom sont tellement différentes que le terrain est glissant. Disons donc que le Posset est un ancêtre de tout mélange de lait et de boisson alcoolisée. Selon Jerry Thomas en 1862, le Egg Nog est une boisson indispensable de Noël dans le sud des Etats-Unis alors qu'elle est bue toute l’année dans le nord. On nous assure que ce n’est pas pour régler ce différend gastronomique que la guerre de sécession a été lancée cette même année. Mais qui sait ? En tout cas, en plus du lait, une autre différence significative est que ce cocktail a un volume bien plus considérable que le Flip. Jugez plutôt :

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* 12 cl de sherry oloroso * 20 à 30 ml de sirop simple * 80 ml de lait * Un jaune d’œuf Battre l’œuf au fond du shaker, ajouter les autres ingrédients, agiter sans glaçons pour une meilleure émulsion, puis agiter avec glaçon. Filtrer avec une passoire dans un verre type tumbler et garnir de muscade fraîchement râpée.

A noter que si vous voulez préparer un Egg Nog plus traditionnel, il faut remplace le jaune d’œuf par un œuf entier et le sherry par 60 ml de cognac et 30 ml de rhum. Ouch.

Tant le Flip que le Egg Nog peuvent se préparer avec de nombreux spiritueux et vins fortifiés (porto, madère, whiskey, rhum, cognac, calvados…). Assurez-vous juste d’adapter la quantité de sucre nécessaire.

Allez, joyeuses fêtes.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.