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La dernière victime des cartels

Je lisais il y a quelques temps je ne sais plus quel article qui disait en substance qu’on ne pouvait pas être concerné par les problème sociaux et acheter de la cocaïne, puisque cela revenait à financer les cartels qui mettent à feu et à sang des régions entières. On pourrait faire l’une ou l’autre objection à ce raisonnement mais acceptons-le cette fois-ci pour nous poser la question suivante : faut-il arrêter d’acheter du citron vert mexicain ? Les locavores répondront « oui, et des pommes chiliennes aussi » mais ce n’est pas le propos aujourd’hui.

L’information, stupéfiante, nous vient d’Alcademics, le site du journaliste Camper English. Lou Bustamante nous y révèle que le prix du citron vert aux États-Unis a presque quintuplé. Une très mauvaise récolte explique en partie cela, mais apparemment, le problème est aussi largement dû… aux cartels de la drogue. De tout temps, le crime organisé a fait payer aux entreprises et aux commerces la fameuse protection. Les exploitants agricoles du Michaocan, une des régions productrices de citron vert, n’y échappent pas. Mais voilà, nous apprend Bustamante, que le cartel local ('Les Templiers' – mais que fait Philippe le Bel?) augmente ses exigences et, en plus, essaye de s’emparer des terres. Les fermiers ont donc passé plus de temps à se battre qu’à s’occuper de leurs arbres fruitiers.

Dans un second article, Julio Bermejo (du Tommy’s de San Francisco) explique quant à lui à Camper et à Lou que les cartels ne sont qu’une des quatre causes, avec des pluies torrentielles fin 2013, la maladie du Dragon jaune, et le fait, tout simplement, que nous sommes en basse saison dans certaines régions productrices.

S’il s’agit là d’une opportunité de développement pour une tendance de niche (celle de l’utilisation d’acide phosphorique et de lactart ou d'autres techniques pour se passer d'agrumes -- elles arrivent en Europe, au White Lyan notamment), c’est surtout un rappel que, tout comme la gastronomie, le monde du cocktail n’est pas une bulle isolée. Qui connaît l’histoire de la quinine ou du sucre en est bien évidemment conscient.

Retour vers le futur?

Retour vers le futur?

Ces développement récents affectent bien entendu surtout les États-Unis  (because proximité et NAFTA) ; 98% des citrons verts qui y sont consommés proviennent du Mexique. On imagine que si le problème persiste, les importateurs se tourneront vers d’autres pays producteurs, même si l’énorme industrie de la restauration mexicaine préfère sans doute s’approvisionner ‘à la maison’. En France, le Mexique ne représenterait ‘que’ 40% (le reste provenant du Brésil et de Colombie). L’impact est donc limité mais pas négligeable. Avez-vous remarqué d’importantes fluctuations de prix ? Si oui, vous savez maintenant pourquoi.

(photo de couverture: Steve Hopson)

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.