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Boire à Lisbonne

Malgré quelques bartenders connus à l’étranger (on pense à Joao Eusebio ou Humberto Saraiva Marques) et un premier barshow programmé pour le mois prochain, le Portugal n’est pas encore vraiment une destination cocktail reconnue. Le mois passé, je suis allé faire un petit tour à Lisbonne pour me faire une idée. Trois bars à cocktails, trois expériences différentes. Petit tour d’horizon et un bonus.

Pensão Amor, Rua do Alecrim, 19.

Pensão Amor, cocktail ambiance canaille à Lisbonne

A un jet de pierre du port, en plein quartier de sorties, un énorme bâtiment, un ancien bordel pour marins, reconverti en bar / sex shop / librairie / boîte. Il faut voir cet endroit étrange, avec une salle principale érotico-baroque, des espaces plus bruts, des DJ’s corrects et un public entre (rares) hipsters portugais et touristes à la recherche d’une fête un peu canaille. Le backbar inspire confiance (on y trouve de bons produits, en gin mais aussi en téquila et en whiskey) mais la carte est conservatrice (quelques classiques, quelques créations qui ne disent rien de bon et quelques cocktails vendus par les marques). Le service est un peu débordé, surtout quand la terrasse est ouverte, mais sympathique. Les cocktails ? En soirée, leur prix (11-12 euros) est un peu élevé pour Lisbonne et le résultat déçoit. Attiré par l’utilisation de vinaigre balsamique dans un drink, je ne me suis rendu compte trop tard qu’il s’agirait tout simplement d’un Strawberry Daiquiri ‘sophistiqué’. Aucune trace du rhum, pas d’acidité (c’est un comble), un cocktail d’une implacable neutralité. Marche arrière toute vers un Whiskey Sour, correct sans plus. A Pensão Amor, revenir pour s’amuser, pas pour se délecter.

Cinco Lounge, Rua Ruben A . Leitão, 17-A

Cinco Lonuge, meilleur bar à cocktail de Lisbonne

L’extérieur n’est pas engageant mais toute appréhension est oubliée une fois à l’intérieur de ce bar chaud et accueillant. Installé au bar, on est directement frappé par les plaques vitrocéramiques : besoin d’un sirop ?  Il sera fait minute, directement sous vos yeux. Le Cinco Lounge célébrera ses 10 ans en octobre prochain ; c’est sans doute le plus vieux bar ‘craft cocktail’ du Portugal. Il appartient à Dave Palethorpe, un baroudeur de Nottingham qui a travaillé en Australie, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. La carte, peut-être trop fournie, présente les grosses tendances des quinze dernières années, avec une préférence pour les herbes fraîches (basilic, coriandre, menthe) dans des cocktails équilibrés et savoureux. Les cocktails amers à la mode faux speakeasy sont moins présents mais plutôt bien exécutés. L’ambiance est (très) relax et malgré un intérieur qui vise le classieux, on sent bien qu’on est dans un endroit où il faut laisser attitude et prétention à la porte. Avec des cocktails entre 7 et 9 euros et une équipe très sympathique, Cinco Lounge est ce que Lisbonne a de mieux à offrir et le propriétaire fait d’ailleurs du consulting pour d’autres établissements fort recommandés (Pharmacia, 100 Maneiras ou Pedro e o Lobo).

Pavilhão Chines, Rua Dom Pedro V, 89

Photo: (c) Miguel Machado

Il faut le voir pour le croire. Le ‘pavillon chinois’ est une sorte de musée personnel, rempli du sol au plafond d’un bric-à-brac invraisemblable  - petits soldats, voitures, casques, avions, marionnettes… La clientèle est un mélange de jeunes touristes et de fanatiques du guide du routard, ce qui n’est, admettons-le, pas très engageant. De plus, le service est lent et pas particulièrement sympathique. Les cocktails, enfin, laissent à désirer. Le Daiquiri aurait pu être préparé à la vodka et le jus de citron vert doit être aussi frais qu’au Harry’s. Mon Gibson consistait en un gin bon marché parfaitement refroidi. Pourtant, la visite est obligatoire. Mais une fois suffit.

Winebar do Castelo, Rua Bartolomeu de Gusmão, 11/13

Dégustation au Winebar do Castelo

Une fois n’est pas coutume, on va parler d’un bar qui n’offre pas de cocktails. Je suis arrivé au Winebar do Castelo par le plus grand des hasards et c’est pourtant là que j’ai passé le meilleur moment du séjour.  Vous ne connaissez sans doute pas plus que moi les vins portugais, c’est l’endroit idéal pour apprendre. La méthode est la suivante : le serveur vous demande le type de vin que vous aimez et vous en propose, en dégustation, trois ; votre réaction lui permet éventuellement d’affiner ses propositions jusqu’à ce qu’il vous aide à trouver le vin idéal. En accompagnement, un pain délicieux, de l’huile d’olive de trois régions différentes du pays, des confitures et d’excellentes assiettes de fromage (ou de charcuterie). Pour choisir votre porto, la méthode est la même (avec une recommandation : le porto, ça se boit dans un verre à vin, pas dans un verre à porto). Les amateurs avertis remarqueront quelques très vieilles bouteilles de porto et de madeira. Le prix du verre de Late Bottled Vintage approchant les 10 euros, on n’a pas trop envie de penser à celui de ces antiquités. Le Winebar do Castelo n’est pas bon marché mais la qualité du produit, l’accueil (polyglotte) et l’expertise ne valent pas moins.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.