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Avant le canon scié: Chicago Fizz

Je ne sais pas comment ça se passe dans votre coin, mais ici, à Madrid, les deux cocktails préférés de cette population un peu bourgeoise qui n’a jamais arrêté de boire des cocktails, de ces gens qui, quand vos parents cool ne juraient que par le bar à vin, mettaient leurs cravates pour aller boire un coup préparé par des barmen en veste blanche, les deux cocktails préférés de ces gens-là, disais-je donc, sont le Dry Martini et le Gin Fizz. De fait, quand le bruit « renaissance du cocktail » a commencé à courir les rues de la capitale espagnole, la seule question qui semblait compter, pendant quelques mois, était « mais où fait-on le meilleur Gin Fizz ? ». Faut dire que l’honorable Gin Fizz a pas mal de choses pour lui : on le boit vite, comme un cocktail, mais c’est plus léger ; c’est rafraichissant en été (et Dieu sait qu’il fait chaud à Madrid en été) ; c’est élégant ; c’est bon. Mais le triomphe du Gin Fizz nous cache la forêt de la famille Fizz. Certes, le Gin Fizz est souvent un Silver Gin Fizz. Certes, le Ramos est revenu à la même vitesse que les moustaches (et, curieusement, les tatouages). Certes, le Morning Glory Fizz pointe parfois le bout du nez dans les bars qui se la jouent « moi je fais dans les classiques ». Mais où sont tous les autres ? Où se cachent les fizzes au brandy, cognac, calva, rye, bourbon, absinthe ? Où se cachent les fizzes à la mandarine, avec des fraises, de la grenadine, de l’orange, du vin fortifié ? Où se cachent tous les fizzes préparés dans les bars du monde entier avant 1940 ? Chez vous ? Très bien. Ils ne sont pas bons ? Ah, j’imagine qu’ils ne sont pas tous aussi bons qu’un Ramos ou un Silver. Mais il y en a un que tout le monde devrait essayer une fois, histoire de bien comprendre la bête tentaculaire et multiple qu’est le fizz et surtout, surtout, de boire un sacré cocktail.

C'était le temps où Chicago fizzait

C'était le temps où Chicago fizzait

Un jour, un barman de Chicago se dit « Hmmm, le fizz au rhum jamaïcain, c’est pas mal mais c’est peut-être un peu plus dur que ce dont ma clientèle a envie ce soir ». Il regarde les bouteilles derrière lui et s’exclame (à l’époque – on est en 1890 – on aurait même dit « éjacule » mais aujourd’hui ça passe moins bien) « Eureka ! Je vais prendre ce bouteille de porto ruby, ça va rendre mon fizz plus fruité, plus élégant ». Aussi tôt dit, aussi tôt fait. Il va de soit que cette petite histoire est une fiction. On trouve le Chicago Fizz en 1914 dans ‘Drinks’ de Jacques Straub (qui était sommelier à Chicago, justement) et c’était aussi un des fizzes au menu du Waldorf-Astoria avant la prohibition. Dans le livre qui en reprend les recettes, A.S. Crockett fait ce charmant commentaire : « Importé de Windy City (surnom de Chicago, ndlr) bien avant que les bombes, les pistolets mitrailleurs et les fusils à canon scié ne viennent troubler sa vie paisible. » C'est sans doute à cela que David Wondrich fait allusion lorsqu'il précise que ce mélange vient probablement des beaux quartiers où travaillait Frank Lloyd Wright. Sans blague.

Chicago Fizz: Porto et rhum jamaïcain

* 25 ml de rhum jamaïcain
* 25 ml de porto ruby
* 20 ml de jus de citron
* 15 ml de sirop simple
* Blanc d’œuf
* Eau pétillante
Verser tous les ingrédients sauf l’eau pétillante dans un shaker. Agiter sans glaçon pour l’émulsion. Ajouter les glaçons et agiter pour un refroidissement idéal. Filtrer dans un verre à fizz et complèter avec l’eau pétillante.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.