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Le 1% qui tue

Publié il y a bientôt deux ans, ‘Prohibitions’ n’a pas encore été interdit (il est donc urgent de se le procurer tant qu’il est temps) et reste d’actualité, tant les politiques contre (jamais « de », toujours « contre ») l’alcool ne cessent d’évoluer. 

La dernière nouvelle en date est anglaise, mais elle ne doit pas pour autant nous échapper, car ces choses franchissent vite les frontières. Pour la première fois en vingt ans, le Royaume-Uni vient donc de changer ses recommandations en matière de consommation d’alcool. La principale leçon ? Un citoyen britannique de 2016 doit boire moins d’alcool que celui de 1995 pour espérer avoir le même niveau de santé. C’est comme ça. 

Plus concrètement, les experts du ministère de la santé mettent fin à la discrimination homme / femme (jusqu’ici, monsieur pouvait boire plus que madame pour le même risque), le vin n’est plus considéré bon pour la santé même à petite dose (voilà quelque chose qu’on ne risque pas d’entendre en France), et, tout simplement, aucune dose d’alcool n’est considérée « safe ». L’alcool est un cancérogène, cause plein de maladies et augmente le risque d’accident, ça on le savait déjà. Aujourd’hui, on nous dit que le danger est présent dès la première gorgée

Bien entendu, ça fait jaser outre-manche. A droite, on évoque l’Etat-nounou et l’inénarrable Nigel Farage réclame le droit de boire son coup tous les jours et de mourir plus heureux qu’un abstème tandis que la faculté et (malheureusement, mais sans surprise) la gauche soulignent que tout a une base scientifique et qu’il ne s’agit ‘que’ de recommandations. Oui mais voilà, on sait que ces recommandations servent bien souvent de base à de futures « régulations de l’industrie » et à de nouvelles idées « taxes ». On ne les croit donc qu’à moitié

Le rapport est assez avare en chiffres croustillants même si la presse en évoque souvent un : boire autant (ou légèrement plus) que la quantité maximale recommandée (14 unités) voudrait dire qu’il y a 1% de ‘chance’ que vous mourriez à cause de l’alcool (cela inclut autant les maladies que les accidents). Mais les stats, personne ne les expliquent bien : elles ne servent qu’à alimenter les titres des journaux. Or, dans ce cas précis, le professeur David Spiegelhalter, spécialiste de « la compréhension publique des risques » explique qu’il s’agit certes d’un comportement plus risqué que se balader en voiture mais moins que de manger deux sandwiches aux bacon par semaine ou regarder la télé une heure chaque jour. Par ailleurs, toujours selon le professeur, si vous buvez 28 unités par semaine (le double !) le risque augmente de 5%, c’est-à-dire que, sauf erreur (mathématique ou d’anglais) de ma part l’on saute donc de 1% à 1,05% de chance de mourir à cause de l’alcool. Ayant cessé de regarder la télé il y a quelques temps déjà, je peux donc boire entre 14 et 28 unités par semaine sans risque… Ou comprendrais-je mal les statistiques ? 

Car c’est bien là le problème : on nous abreuve de stats mais très peu de gens (et certainement pas les journalistes) les comprennent. On l’a clairement vu lors du fameux épisode de la charcuterie cancérogène Des données mal comprises avaient fait des ravages dans la presse et l’opposition s’était levée, s’insurgeant contre un étude faite sur le consommateur américain ou prétendant qu’une viande transformée mais artisanale ne pouvait qu’être moins dangereuse qu’une industrielle. Bref : ils se trompaient de cible (et racontaient des conneries). Car alors comme aujourd’hui, le vrai débat est : que veulent réellement dire ces chiffres ? A quel point doivent-ils influencer notre conduite ? Changent-ils vraiment quelque chose ? Ce sont les questions que vous verrez rarement posées car, au final, elles n’intéressent ni les organismes publics qui publient ces études, ni les lobbies qui s’affrontent sur ces thèmes, ni, forcément, l’Etat, cette grande caisse de résonance d’intérêts particuliers. Faudrait tout de même pas que vous vous preniez une décision informée

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.