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D'un comptoir à l'autre

1495: vers le plus vieux gin

Quand on parle de cocktails ou spiritueux et d’histoire, il y a deux choses à ne pas dire : « premier » et « recette historiquement exacte ». Il y a toujours un exemple plus ancien qui se cache dans les recoins d’une bibliothèque poussiéreuse et il faut toujours adapter la recette. Chez EWG, pour l’opération 1495, on a évité ces deux écueils en jouant la carte de l’honnêteté : la recette est la plus ancienne connue à ce jour, et même dans sa version ‘verbatim’, il a fallu adapter voire improviser (comment faire fonctionner un alambic moderne comme un du 15e siècle ?). Rafraichissant. On souhaite que d’autres en prennent de la graine.

 1495: première recette (connue à ce jour) d'un spiritueux récréatif au genièvre.

1495: première recette (connue à ce jour) d'un spiritueux récréatif au genièvre.

L’aventure commence il y a un certain nombre d’années lorsque Philip Duff trouve dans une monographie néerlandaise sur le genièvre une recette de 1495 (ce qui est extrêmement ancien) d’un distillat de vin parfumé notamment de baies de genièvre. L’auteur de l’étude avait trouvé, Dieu sait comment, cette recette dans un manuscrit du fonds Sloane de la British Library. Il s’agissait d’un livre de recettes, principalement médicinales, compilées pour la maison d’un riche hollandais qui n’a pas pu être identifié. Riche voire richissime : la recette comporte une quantité absurde de noix de muscade, épice qui, à l’époque, n’était cultivée que sur une île au large de l’Indonésie, et qui était acheminée jusqu’en Europe par route (Vasco de Gama n’est pas encore arrivé en Inde), avec tous les périls – et les taxes – que cela implique. Le fait que la recette se trouve dans la partie cuisine du manuscrit et comporte des épices extrêmement rares indique deux choses : il s’agissait d’une préparation récréative – le plus vieil exemple connu à ce jour avec du genièvre – et, surtout, d’une manière d’afficher aux invités (certainement pas pauvres non plus) l’étendue de sa fortune.

Puisque à la base de la recette, on trouve un alcool de vin, cela ne pouvait qu’interpeller Jean-Sébastien Robicquet, fondateur d’EWG et créateur de G’Vine. Mais face aux difficultés présentées par une recette où un certain nombre de choses sont laissées à l’interprétation du lecteur, l’opération s’annonçait compliquée. Robicquet a donc décidé de s’entourer d’une équipe de spécialistes : Philip Duff, bien sûr, mais aussi gaz regan, Dave Broom et David Wondrich. Ces experts renommés ont dû notamment déterminer quel type de vin avait été originellement utilisé et lire entre les lignes pour essayer de comprendre ce qui n’était pas dans la recette. Le résultat de ce fascinant processus est le 1495 ‘Verbatim’, reproduction la plus fidèle possible de l’original. La même équipe a ensuite réinterprété ce gin pour en donner une expression moderne – 1495 ‘Interpretatio’.

J’ai eu l’opportunité de découvrir le manuscrit et les deux gins lors d’une visite à Londres organisée par EWG. En plus d’apprendre ce qui précède, j’ai donc eu la chance d’essayer ces gins que vous ne trouverez pas dans le commerce. En effet, la production a été limitée à 100 box sets en forme de manuscrits qui seront offerts à des musées, des fondations, des centres de formation… Il s’agit avant tout d’un projet éducatif qui vise à nous aider à comprendre un peu mieux l’histoire d’une catégorie entière.

Comme il fallait s’y attendre, Verbatim ne ressemble que de fort loin à un genièvre ou un gin moderne. Ce qui frappe directement c’est à quel point il s’agit d’un produit intensément sec. Le genièvre est fort discret et ce sont surtout les épices qui dominent (noix de muscade, girofle, poivre…). Avec quelques gouttes d’eau, le liquide se trouble. Interpretatio nous ramène sur un terrain plus connu, avec une présence marquée d’agrumes et des notes de pin. Mais, comme Dave Broom l’a souligné lors d’une présentation très imagée, on a aussi un peu l’impression de se promener en forêt. La finale est longue et intense, avec un retour des épices. Les deux expressions font 45° et sont présentées dans le box set dans des flacons de 20 cl.

Il est possible d’acquérir 1 box set à l’occasion d’une vente aux enchères en faveur de l’œuvre caritative de la Gin Guild, The Benevolent. Faites parvenir vos offres en livres sterling avant le 1er janvier 2015 à 1495GINBID@gmail.com Histoire de s’assurer qu’une œuvre sans esprit de lucre soit doublement caritative.

Photos du lancement par Addie Chinn.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Boire à Lisbonne

Malgré quelques bartenders connus à l’étranger (on pense à Joao Eusebio ou Humberto Saraiva Marques) et un premier barshow programmé pour le mois prochain, le Portugal n’est pas encore vraiment une destination cocktail reconnue. Le mois passé, je suis allé faire un petit tour à Lisbonne pour me faire une idée. Trois bars à cocktails, trois expériences différentes. Petit tour d’horizon et un bonus.

Pensão Amor, Rua do Alecrim, 19.

  Pensão Amor, cocktail ambiance canaille à Lisbonne

A un jet de pierre du port, en plein quartier de sorties, un énorme bâtiment, un ancien bordel pour marins, reconverti en bar / sex shop / librairie / boîte. Il faut voir cet endroit étrange, avec une salle principale érotico-baroque, des espaces plus bruts, des DJ’s corrects et un public entre (rares) hipsters portugais et touristes à la recherche d’une fête un peu canaille. Le backbar inspire confiance (on y trouve de bons produits, en gin mais aussi en téquila et en whiskey) mais la carte est conservatrice (quelques classiques, quelques créations qui ne disent rien de bon et quelques cocktails vendus par les marques). Le service est un peu débordé, surtout quand la terrasse est ouverte, mais sympathique. Les cocktails ? En soirée, leur prix (11-12 euros) est un peu élevé pour Lisbonne et le résultat déçoit. Attiré par l’utilisation de vinaigre balsamique dans un drink, je ne me suis rendu compte trop tard qu’il s’agirait tout simplement d’un Strawberry Daiquiri ‘sophistiqué’. Aucune trace du rhum, pas d’acidité (c’est un comble), un cocktail d’une implacable neutralité. Marche arrière toute vers un Whiskey Sour, correct sans plus. A Pensão Amor, revenir pour s’amuser, pas pour se délecter.

Cinco Lounge, Rua Ruben A . Leitão, 17-A

 Cinco Lonuge, meilleur bar à cocktail de Lisbonne

L’extérieur n’est pas engageant mais toute appréhension est oubliée une fois à l’intérieur de ce bar chaud et accueillant. Installé au bar, on est directement frappé par les plaques vitrocéramiques : besoin d’un sirop ?  Il sera fait minute, directement sous vos yeux. Le Cinco Lounge célébrera ses 10 ans en octobre prochain ; c’est sans doute le plus vieux bar ‘craft cocktail’ du Portugal. Il appartient à Dave Palethorpe, un baroudeur de Nottingham qui a travaillé en Australie, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. La carte, peut-être trop fournie, présente les grosses tendances des quinze dernières années, avec une préférence pour les herbes fraîches (basilic, coriandre, menthe) dans des cocktails équilibrés et savoureux. Les cocktails amers à la mode faux speakeasy sont moins présents mais plutôt bien exécutés. L’ambiance est (très) relax et malgré un intérieur qui vise le classieux, on sent bien qu’on est dans un endroit où il faut laisser attitude et prétention à la porte. Avec des cocktails entre 7 et 9 euros et une équipe très sympathique, Cinco Lounge est ce que Lisbonne a de mieux à offrir et le propriétaire fait d’ailleurs du consulting pour d’autres établissements fort recommandés (Pharmacia, 100 Maneiras ou Pedro e o Lobo).

Pavilhão Chines, Rua Dom Pedro V, 89

 Photo: (c) Miguel Machado

Il faut le voir pour le croire. Le ‘pavillon chinois’ est une sorte de musée personnel, rempli du sol au plafond d’un bric-à-brac invraisemblable  - petits soldats, voitures, casques, avions, marionnettes… La clientèle est un mélange de jeunes touristes et de fanatiques du guide du routard, ce qui n’est, admettons-le, pas très engageant. De plus, le service est lent et pas particulièrement sympathique. Les cocktails, enfin, laissent à désirer. Le Daiquiri aurait pu être préparé à la vodka et le jus de citron vert doit être aussi frais qu’au Harry’s. Mon Gibson consistait en un gin bon marché parfaitement refroidi. Pourtant, la visite est obligatoire. Mais une fois suffit.

Winebar do Castelo, Rua Bartolomeu de Gusmão, 11/13

 Dégustation au Winebar do Castelo

Une fois n’est pas coutume, on va parler d’un bar qui n’offre pas de cocktails. Je suis arrivé au Winebar do Castelo par le plus grand des hasards et c’est pourtant là que j’ai passé le meilleur moment du séjour.  Vous ne connaissez sans doute pas plus que moi les vins portugais, c’est l’endroit idéal pour apprendre. La méthode est la suivante : le serveur vous demande le type de vin que vous aimez et vous en propose, en dégustation, trois ; votre réaction lui permet éventuellement d’affiner ses propositions jusqu’à ce qu’il vous aide à trouver le vin idéal. En accompagnement, un pain délicieux, de l’huile d’olive de trois régions différentes du pays, des confitures et d’excellentes assiettes de fromage (ou de charcuterie). Pour choisir votre porto, la méthode est la même (avec une recommandation : le porto, ça se boit dans un verre à vin, pas dans un verre à porto). Les amateurs avertis remarqueront quelques très vieilles bouteilles de porto et de madeira. Le prix du verre de Late Bottled Vintage approchant les 10 euros, on n’a pas trop envie de penser à celui de ces antiquités. Le Winebar do Castelo n’est pas bon marché mais la qualité du produit, l’accueil (polyglotte) et l’expertise ne valent pas moins.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Authentic Caribbean Rum: un label à suivre

Bar Convent, grand-messe du bar européen qui a lieu chaque année à Berlin, est toujours l’occasion de lancer de nouvelles campagnes. Cette année, on a notamment trouvé parmi les protagonistes Authentic Caribbean Rum (ACR). Cinq ans après la présentation officielle de cette marque d’authenticité ou de qualité, la West Indies Rum and Spirits Producers Association (WIRSPA) en remet une couche et compte augmenter sa projection internationale.

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Qu’est-ce que l’ACR ?

C’est autant un label de qualité que de provenance. Pour l’espérer, il faut venir géographiquement des Caraïbes, c’est-à-dire toutes les îles (sauf les territoires français, je pense) plus le Belize, le Suriname et le Guyana. Il faut ensuite suivre quelques normes (produit avec du jus, du sirop de sucre de canne ou de la mélasse, fermenté et distillé sous 96% abv dans la zone géographique, sans ajout d’additifs). Surtout (le reste étant grosso modo la définition du rhum selon l’UE), il faut suivre une politique d’âge minimum (l’âge affiché sur la bouteille correspond à la goutte la plus jeune présente dans le liquide) et ne pas pratiquer le système solera. Ce qui revient donc à dire que si le Guatemala était une île caribéenne, Zacapa ne pourrait pas prétendre au label.

Qui en bénéficie ?

17 producteurs de 14 pays. On retrouve deux géants : Brugal et Barceló. Des marques mythiques pour les barmen : Angostura, Appleton, Barbancourt, El Dorado. Des marques qui commencent à s’imposer : Chairman’s Reserve, Doorly’s, Cockspur. A Berlin, on a aussi pu découvrir des choses aussi curieuses que le St Nicholas Abbey ou le Clarke’s Old Grog. Bref : voir cette liste c’est comprendre instinctivement le commentaire de Andrew Nicholls lors de sa masterclass : « Rum is not only rum ». ACR est un standard mais ne vise pas une qualité standard.

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Quels sont les objectifs ?

Spread awareness, comme diraient les anglophones. Vendre, dirait-on. L’idée est évidemment de faire connaître les marques membres du WIRSPA. Pour cela, l’association a mis en place un panel international d’experts : Andrew Nicholls, Bastian Heuser, Miguel Lancha, Daniele Biondi, Greg Erchoff… Leur mission est de mettre en place un programme éducatif (avec certification à l’appui) et de communiquer sur ces rhums très différents et parfois fort peu connus. Globalement, entre 2000 et 2010, la catégorie a connu une croissance de 40%, loin devant tous les autres alcools. C’est le moment, c’est l’instant.

Qu’en penser ?

Le rhum a le vent en poupe, le tiki renaît, les barmen s’amusent énormément avec les caractéristiques différentes d’une marque à l’autre. Une partie de ce qui rend le rhum amusant est précisément que c’est un foutoir dans lequel il n’est pas toujours facile de se retrouver. Expect the unexpected. Il ne faudrait pas que ça change. Mais il est évident qu’il s’agit aussi d’une catégorie qui manque de lisibilité. Avec un whisky écossais ou un gin London Dry, il est bien plus facile de se situer. Même si ce n’est pas une panacée, tout initiative visant à clarifier les choses afin que le consommateur puisse faire son choix en connaissance de cause est bonne (même si, il faut insister, l’âge n’est pas un critère de qualité). Par ailleurs, la qualité du panel d’experts pour l’ACR doit produire des programmes intéressants pour les prescripteurs. Car ce sont entre autres les bartenders qui doivent s’informer et offrir une meilleure visibilité à des produits trop souvent ignorés – renaissance du cocktail ou pas, le driver de la catégorie, c’est le Mojito ou le Frozen Daiquiri. Quant à la dégustation du rhum pur, elle reste loin derrière le scotch, considéré plus noble. Au boulot!

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Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site Authentic Caribbean Rums http://www.acr-rum.com ou sur Facebook.

Disclaimer : j’ai participé (tant bien que mal) à une des tables rondes organisées dans le cadre de l’opération et ai été invité à Berlin par le WIRSPA.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



A la cubaine

TardecubanaDESTACADO

Si, par le plus grand des hasards, vous vous trouvez à Madrid ce dimanche 29 septembre, je vous propose un vrai moment de comédie: je passerai exceptionnellement du côté compliqué du bar de 16h30 à 21h30 au 1862 Dry Bar et vous proposerai une sélection de huit cocktails (et quelques jokers) cubains. Il y aura bien sûr quelques grands classiques, tels que le Daiquiri sous sa forme la plus naturelle ou El Presidente dans sa version presque primitive mais l'accent sera surtout mis sur des cocktails moins connus, et pas toujours à base de rhum: Chaparra, Sloppy Joe's Special, Floridita Old Fashioned... L'équipe de l'établissement sera là pour s'assurer que je n'empoisonne personne.

Un événement Facebook a été créé pour suivre l'aventure.

Merci à Alberto Martínez de sa (très mal placée) confiance et à Havana Club et Dolin, qui nous fournissent gracieusement quelques bouteilles afin de m'aider à dissimuler mes erreurs. (Et non, je ne vais pas risquer à une session improvisée de throwing.)

A dimanche?

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Visite à Cognac

En début de mois, j’ai eu le plaisir de visiter Cognac, à l’invitation du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC) à l’occasion du festival Blues Passion. Musique le soir, spiritueux exceptionnels le jour, what’s not to like? Nous étions une petite dizaine, journalistes ou bloggers principalement, venus de France, d’Allemagne, du Royaume-Uni ou des Etats-Unis. Organisées par langue, les visites s’effectuaient en groupe encore plus réduit. C’est donc à trois, avec Simon Robert (Food, Wine And Style) et Tom Delanoue (1098) que nous avons pu découvrir la grande variété des métiers et des maisons du Cognac. Quelques notes qui vous intéresseront peut-être.

1er Jour

Tonnellerie Allary

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Tout le monde le sait, je ne le dirai donc pas: qui dit eau-de-vie vieillie dit fût. Si tout amateur connait plus ou moins ce que va apporter un fût neuf, un fût de sherry, un de porto, un de madère et ainsi de suite, proportionnellement peu de gens visitent au final les tonnelleries – il n’y a rien à déguster. C’est pourtant fort instructif. Dans ma grande ignorance, une chose m’a marqué en particulier: c’est une activité qui requiert toujours un grand nombre d’ouvriers. On sait que la tonnellerie a connu une forte mécanisation – pour preuve, il suffit d’aller jeter un œil aux outils exposés dans la boutique de la Tonnellerie Allary, maintenant obsolètes. Et pourtant, pour fabriquer la quarantaine de fûts produits quotidiennement, il faut pas moins d’une vingtaine de personnes. Autant que les autres aspects de la chaine de fabrication du cognac, on est encore ici dans un monde d’artisan, où le savoir-faire se transmet petit à petit.

http://www.tonnellerie-allary.com/

Cognac Meukow

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Maison historique fondée en 1862 (année cocktail s’il en est!) par deux frères russes, Meukow incarne depuis deux décennies les changements traversés par le Cognac. Ainsi, dans les années 90, l’image de la marque change d’un symbole discret et traditionnel à la panthère qui orne maintenant toutes ses bouteilles. Chez Meukow, on ne s’en cache pas: l’importance croissante des marchés asiatiques et, particulièrement, de la Chine, exigeaient une image plus forte, plus parlante. Et même si tout ce qui brille n’est pas or, en Chine on ne s’en rend peut-être pas compte: sur le flacon X.O., la panthère est donc dorée. Quant un autre marché – celui des afro-américain – s’est ouvert, ni une ni deux: la panthère du V.S. est devenue… noire. Tout cela peut sembler, disons, tacky. Quoi qu’il en soit, les affaires roulent et Meukow accueillent ses visiteurs dans un cadre d’exception au cœur de la ville de Cognac. La visite, très pro, réserve quelques belles surprises sur un parcours récemment remis à neuf. De plus, Meukow compte sur un restaurant privé où le chef concocte un menu unique de qualité qui fait appel, parfois de manière surprenante, aux produits de la gamme. Parmi ceux-ci, on signale un VSOP qui hurle Sidecar (sans doute car il est très orange caramélisée) et une liqueur de café où, pour une fois, le sucre ne vient pas tout ruiner.

http://www.meukowcognac.com/

Cognac Grosperrin

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Ambiance complétement différente chez Grosperrin, une maison assez récente. Fondée par Jean Grosperrin en 1992, il s’agissait au départ d’un négociant. Depuis quelques années, avec son fils Guilherm, ils sélectionnent et élèvent de vieux cognacs millésimés. C’est Guilherm Grosperrin qui nous a accueilli dans le tout nouvel espace de Saintes, où l’on trouve, en plus des bureaux, du chai et de la facilité d’embouteillage, un magasin de vins et spiritueux au choix de première catégorie. Les amateurs de cocktail connaitront surtout Grosperrin pour sa Folle Blanche, utilisée dans certains des meilleurs bars français. C’est sur ce très beau cognac que nous avons commencé une dégustation très longue – mais fantastique. J’ai particulièrement apprécié un Fins Bois bio 2001 et un Grande Champagne 1988. Les cognacs ‘barrel strength’ (autour de 68°) ont aussi laissé forte impression. Mais le vrai cadeau de Guillherm aura été de nous proposer quelques gouttes de crus 1914, 1934 et 1944. Le plus beau était sans aucun doute le 1944. En toute fin de visite, histoire de bien se rincer la bouche, un vieux Pineau des Charentes de plus de 30 ans. A la vente (exclusivement?) dans la boutique de Saintes.

http://www.lagabare.com/fr/index.htm

2e jour

Cognac Rémy Martin

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Tout monde connait Rémy Martin, que dire donc de plus? La visite se déroule en compagnie de Patrick Mariuz, ambassadeur international de la marque, et est donc plus personnelle qu’un tour classique. Chais, paradis, etc: les étapes typiques d’une ballade à cognac dans un cadre très classe mais sans prétention – pas d’étale, ici. La dégustation se centre bien sûr sur le V.S.O.P. et le X.O. (non, nous n’avons pas eu droit au Louis XIII). La petite touche différente chez Rémy Martin est  l’association avec une bouchée (roquefort et chocolat respectivement). C’est à cette occasion que l’on en apprendra le plus, pas tant pour la dégustation en elle-même mais bien grâce au dialogue à bâton rompu entre notre hôte et nous.

http://www.remymartin.com/fr

Distillerie Gélinaud

Pas de centre de visiteur, pas d’ambassadeur, pas de restaurant: ici, on est à la base du cognac. Dans le petit village de Mainxe, une bâtisse noircie par les champignons: c’est ainsi que notre chauffeur, un peu perdu, sait que nous sommes arrivés à bon port. Viticulteur et distillateur, Gélinaud produit essentiellement des eaux-de-vie pour Courvoisier. On découvre enfin des alambics charentais en état de marche. Grégoire Lucas, directeur de cette entreprise familiale, explique tout le processus avant de nous emmener dans le petit chai privé de la maison, où il fait notamment un petit assemblage pour la famille. Rendre visite à un distillateur est indispensable: c’est ici qu’on peut vraiment prendre le pouls de l’industrie.

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En sus de ces visites, le site du festival Blues Passion proposait plusieurs espaces privatifs réservés à certaines marques. C’est là que nous avons pu découvrir les Cognac Park, ‘nouvelle’ maison mais distillateur depuis plus d’un siècle. Park fait donc partie de ces maisons qui ne se contentent plus de leur rôle traditionnel dans la chaîne du cognac. Même si l’atmosphère plus festive n’était pas idéale pour une découverte précise de la maison, l’accueil de Jérôme Tessendier, le maître de chai, fut très chaleureux.

Et les cocktails (c’est Bottoms Up, ici!)? Eh bien, si le cognac est bien sûr à la base d’une grand nombre des tous premiers classiques, il est évident que les maisons de cognac ont pris leur temps avant de s’en rendre compte. A l’exclusion de maisons dynamiques comme Merlet, Ferrand et quelques autres et malgré l’omniprésence du Cognac Summit, on sent que la marge de progression est encore large: certaines maisons continuent à présenter le V.S. comme le cognac pour cocktails alors que les usages dans les meilleurs bars penchent plutôt vers des V.S.O.P. ou des flacons particuliers (Folle Blanche de Grosperrin); les recettes offertes avec les dépliant publicitaires sont peu intéressantes; le cocktail ou long drink maintenant obligatoire en fin de nombreuses visites reste souvent préparé avec le moins de glaçons possibles, ce qui ne fait ni honneur à la recette, ni, surtout, au produit. Cognac reste donc tourné vers le monde des amateurs de vins et de spiritueux purs, ce qui est parfaitement compréhensible pour un produit aussi fier de son histoire. De mon point de vue dilettante et éloigné de soucis business, je me dis que les choses peuvent encore bouger pour moderniser l’image du Cognac et ses modes de consommation, et ce singulièrement en France (moins de 3% des parts de marché). Petit à petit… En attendant, on ne fera pas la fine bouche, d’autant plus que le signes sont bons: Cognac ne vient-elle pas de se doter de son premier bar à cocktail, le Louise?

Remerciements à Eric Touchat de Vizioz, Agnès Aubin et Laurine Caute du BNIC, à tous nos guides au cours des diverses visites et aux autres invités pour avoir fait de ces quelques jours une très belle expérience.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.