Powered by Morgan&Men SEO Consulting - Widget

Le glouglou du web

Un gaz qui ne fait pas rire

C’était la mini polémique du week-end passé : le Daily Mail et le Sun avaient publié un article sur un distillateur londonien obligé d’évacuer ses installations car il avait produit, par accident, du gaz moutarde – alors qu’il essayait de produire un gin à la moutarde.

Face à un article qui menaçait de devenir viral, Sipsmith (la marque en question) et son master distiller Jared Brown ont rapidement démenti : il s’agissait d’une exagération grossière d’un événement d’il y a quatre ans. Tout simplement, ils avaient placé de la moutarde dans l’alambic mais, rapidement, une odeur très désagréable s’en était dégagée. Pas d’évacuation : arrêt de la distillation, ouverture des fenêtres et… basta. Les tabloïds, cela n’étonnera personne, avaient fait dans le sensationnel. Le Daily Mail a d’ailleurs retiré le sien de son site – il faut dire que le Guardian a rapidement publié un article moqueur rappelant que le gaz moutarde n’est pas fabriqué avec de la moutarde…

Journalistes à la recherche de buzz, donc ?  Oui, mais… Il se trouve que cette histoire a sa source dans le portrait de Kit Clancy, assistante distillatrice chez Sipsmith paru dans Time Out.

Jusqu’où peut-on aller dans la création de nouvelles saveurs bizarres ?

Très loin. (…) On a presque eu une catastrophe quand les gars ont essayé de faire un gin à la moutarde. Ce qu’ils ont produit c’était un gaz moutarde. La distillerie a été évacuée.


Certes, les journalistes n’ont pas brillé par leur travail de fact checking. Mais on ne peut s’empêcher de détecter une certaine naïveté de la part de l’employée de Sipsmith : oui, l’anecdote, exagération comprise, pouvait être amusante. Sauf que le monde des spiritueux ne manque pas d’ennemi, est toujours regardé avec méfiance et une certaine presse ne manquera aucune opportunité pour le dénoncer. L’alcool est dangereux. Il faut absolument éviter de le faire passer pour quelque chose d’encore plus dangereux. Même pour rire. Voilà peut-être la véritable leçon – et pas que les tabloïds font de la merde, puisqu’on le savait déjà. 

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Watergate? Sauternesgate!

Dans la France moderne, il n’y eut qu’une seule véritable prohibition d’alcool et on l’aurait peut-être évitée si l’industrie du vin n’avait pas tant appuyé les forces hygiénistes et moralistes. Il convient de ne jamais l’oublier lorsque ceux qui devraient pourtant être nos alliés objectifs ouvrent leur gueule pour se plaindre d’un nouveau délire prohibitionniste à l’Assemblée nationale. De fait, cela explique parfaitement pourquoi ils utilisent toujours les spiritueux (surtout les moins ‘nobles’) comme repoussoir. A terme, comme je l’ai déjà mentionné, le lobby du vin est le principal ennemi du vin.

On savait déjà aussi que ce mépris pour tout ce qui n’a pas (à leurs yeux) la noblesse du patrimoine et du travail-des-vignerons-qui-sont-l’âme-de-ce-beau-pays n’était pas juste dicté par des considérations bassement commerciales. Il est aussi profondément idéologique. Rien ne l’illustre mieux que les réactions à la tentative désespérée et sans doute vouée à l’échec de renflouer les comptes de certains producteurs de sauternes avec le So Sauternes (un mélange de mauvais sauternes que personne n’aurait de toute façon bu avec du Perrier, que l’on nous annonce déjà, c’est drôle, comme « cocktail tendance de l’été »). On a entendu parler de barbarie, d’attaque contre la civilisation et la culture de la vigne – peu importe, au passage, qu’en Grèce antique, la pratique barbare consistait justement à ne pas diluer son vin (et pas, il faut le souligner, parce qu’il était mauvais).

©So Perrier-ARMELLE KERGALL

©So Perrier-ARMELLE KERGALL

Personnellement, si je veux du vin coupé à l’eau, je bois un vermouth au soda. So Sauternes n’a d’autre importance que ce qu’il aide à dévoiler. Le plus bel article consacré au sauternesgate est signé Nicolas de Rouyn, parti en envoyé spécial en territoire ennemi : un bar branché (gasp) du XIe. Il en profite pour étaler son ignorance crasse et satisfaite pimentée d’un brin de sexisme très vieille vigne. De cette dernière accusation, il se défend (« je n’ai fait que la décrire : c’est une fille et elle est blonde »). Oui, bon : il n’a pris la peine de noter que les signes extérieurs - c’est, je cite, une petite blonde qui aurait à peine l’âge de boire – plutôt que les détails de sa trajectoire professionnelle (il en aurait fait de même avec un jeune sommelier de 25 ans, pas vrai ?). « C’est une barmaid, comme tant d’autres », conclut-il – le choix du terme et son maid à opposer au man des hommes, est frappant, mais on vous laissera en tirer les conclusions.

Amanda Boucher - ©So Perrier-ARMELLE KERGALL

Amanda Boucher - ©So Perrier-ARMELLE KERGALL

Evidemment, Amanda Boucher, car c’est d’elle qu’il s’agit, a travaillé, du groupe ECC à Pasdeloup en passant par La Candelaria, dans les meilleurs bars parisiens et est une professionnelle reconnue, talentueuse, qui sait ajuster ses recettes aux besoins de sa clientèle et aux exigences de son brief (de Rouyn la félicite d’ailleurs perfidement pour sa « lucidité » en commentaire). Et, si, comme dans toute l’industrie des services, bien présenter est crucial dans le monde du bar, passé un certain niveau, un joli minois ne suffit pas. Les sous-entendus d’un polémiste qui, par facilité, préfère plaire à son lectorat en jouant sur les préjugés, coincent logiquement dans un monde où les femmes sont de plus en plus aux commandes.

Peu importe, évidemment, pour quelqu’un qui ignore manifestement tout d’un univers qu’il méprise. Après tout, ne déclare-t-il pas fièrement ne boire des cocktails que « quand il n’y a vraiment rien d’autre » ? Nous savons bien entendu tous qu’il y a toujours quelque chose d’autre, et a fortiori dans les bons bars à cocktails qui proposent la plupart du temps un bon vin, une bonne bière à qui ce sent, ne serait qu’un instant, mixophobe. Dans le cas de de Rouyn, cette mixophobie (j’insiste avec ce néologisme qui ne peut que lui plaire) n’est pas affaire de palais : elle est programmatique et, finalement, n’est que reproduction d’attitudes déjà anciennes (voir illustration ci-dessous). Elle se dirige contre une « culture globale » (celle, ricanement, du Mojito à la cachaça) qu’on imagine opposée à la culture traditionnelle et locale (ricanement bis) du vin français. Le cocktail, c’est l’horreur, et les barmen sont des sauvages qui forment l’escadron avancé du turbocapitalisme globalisé.

1930: le cocktail menace déjà la civilisation française...

1930: le cocktail menace déjà la civilisation française...

On connaît un certain nombre de critiques de vin (pros et amateurs) qui ont une culture cocktail et savent de quoi ils parlent. Mais la suffisance, digne d’un cuistre, affichée par Nicolas de Rouyn est partagée par de nombreux journalistes spécialisés (le mot n’a jamais été aussi bien utilisé) vin en France. Qui sont d’ailleurs souvent aussi, faute de journalistes spécialisés spiritueux, ceux qui doivent se coller le rare article cocktail publié par leur journal, sauf s’ils parviennent à le refiler à la (évidemment) correspondante lifestyle. Tellement typique qu'on en rirait presque...

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Cocktails Spirits Awards: et on a voté pour...

L’an passé, je m’étais posé une série de questions sur les awards de Cocktails Spirits. La plupart d’entre elles sont toujours valables aujourd’hui, en tout cas à l’heure où j’écris ces lignes (jeudi 29 mai, je suis en déplacement tout cette semaine et n’aurai pas accès aux résultats).

A première vue, il y a du changement. Encore plus de votants (750, dont moi cette fois-ci), ce qui dilue l'influence du copinage. On espère d’ailleurs que la liste sera publique cette fois-ci encore, comme en 2012 (en 2013, on a cherché, on n’a pas trouvé). Ensuite, même si en février dernier l’organisation annonçait comme catégorie ‘Best French Bar’ ou ‘Best French Bartender’, la question envoyée est un poil différente : il faut voter non pas pour le meilleur bar ou bartender mais pour celui qui nous a le plus marqué ou influencé au cours de l’année écoulée. Cocktails Spirits se veut salon des tendances, c’est donc un choix logique qui évite les questions du type ‘peut-on être le meilleur après 8 mois ?’

Au-delà des lauréats, reste à voir certaines choses. Est-ce que la liste européenne contiendra encore des bars français ou est-ce que ces deux listes seront séparées ? Si on continue dans la lignée de l’an dernier, est-ce que Paris sera encore surreprésenté (18% des meilleurs bars européens) ?

On a déjà certaines réponses. Les votes ne seront pas rendus publics par l’organisation, et on aura encore des « long lists » avant l’annonce des top 10.

Sur ce point, je continue à trouver absurde cette « long list » de 50 bartenders français, d’autant plus maintenant que la question n’est pas qui est le meilleur mais qui est le plus influent…

Quoi qu’il en soit, il me semble que la moindre des choses de ma part est au moins d’annoncer pour qui j’ai voté. En précisant que l’influence étant finalement difficile à mesurer pour qui n’est pas nécessairement un chasseur de tendance, ces choix sont aussi des préférences.

Bar français : Candelaria

candelaria_paris

J’aurais pu et peut-être dû voter pour le Papa Doble, bar que je connais finalement le mieux. J’aurais aussi pu choisir Sherry Butt qui, un an après, confirme tout le bien que tout le monde semble en penser. J’ai aussi pensé au Mary Celeste pour cette association cuisine excellente et cocktails, concept qui, je l’espère, continuera à s’étendre en Europe où cela reste assez rare. J’ai choisi Candelaria parce que c’est un bar où j’ai toujours très bien bu, où la qualité a été constante et où j’ai noté une certaine évolution. Par ailleurs, les gros bouleversements d’équipe de ces derniers mois présagent un changement de garde. C’était donc, pour moi, le moment. Un vote safe, diront certains.

Bartender français : /

Un barman, ce n’est pas juste quelqu’un qui vous fait à boire, quelqu’un qui vous surprend, quelqu’un qui invente des trucs de fou, quelqu’un qui connaît les classiques sur le bout des doigts et les ingrédients sur le bout de la langue. C’est avant tout quelqu’un avec qui on passe du temps. Et je n’ai pas passé assez de temps avec eux pour me prononcer. J’aurais pu voter pour Julien Escot, mais il a gagné l’an dernier. Ou Julien Lopez, parce que c'est le barman préféré de ma femme. J’ai aussi pensé à Maxime Hoerth mais je ne l’ai vu qu’une fois. J’aurais pu saluer le travail de Carlos Madriz qui vient de sortir de derrière son bar. J’aurais pu pencher vers Joseph Biolatto ou Joseph Akhavan mais cela fera bientôt un an qu’ils ont tous deux quitté leurs établissements respectifs… Bref : je me suis abstenu. L'année prochaine, je promets...

Bar européen : Buck & Breck (Berlin)

(c) Wallpaper

(c) Wallpaper

Un autre bar caché mais antithèse du bar parisien : chez Gonçalo de Sousa Monteiro, on ne va pas pour faire la fête ni pour rester toute la nuit, ni pour causer avec le barman. On y va pour être tranquille, dans un cadre splendide, et pour y vivre une véritable ‘expérience cocktail’, comme dirait Gaylor Olivier. Buck & Breck ne saurait être vraiment tendance mais on aimerait qu’il fasse des émules, tant pour la précision des mélanges, les choix parfois risqués mais payant dans les réinterprétations de classiques que pour le moment d’authentique liberté où l’alcool n’est ni la gazoline de la nuit blanche, ni l’excuse que le dégustateur expérimenté cherche pour étaler ses connaissances. Ici, le cocktail est ce que vous en faites.

Bartender européen : Diego Cabrera (Espagne)

Diego_Cabrera

Alors, oui, admettons-le d’entrée : Diego Cabrera est un ami. Ou plutôt, est devenu un ami au fil des heures passées à son comptoir. Comme beaucoup en Espagne (et fort peu en France), il a un vrai sens de l’accueil et du service. C’est un barman extrêmement attentif, qui ne rate rien de ce qui se passe autour de lui. C’est un grand pro qui ne se préoccupe pas de savoir si ses cocktails sont tendance ou s’ils correspondent strictement aux concepts de la mixologie classique. Le seul souci semble être l’équilibre et la satisfaction du client. Et le monde du bar ne s’en porterait que mieux si c’était ça, la vraie tendance (on nous le promet d’ailleurs chaque année en décembre ou en janvier lorsqu’un gourou descend de sa montagne pour nous annoncer le in et le out de l’année à venir, mais comme sœur Anne…). Ce choix est aussi à la fois un hommage au bar qui porte toujours son nom mais qu’il a dû quitter en fin d’année dernière et un vote de confiance aux projets qu’il vient de lancer (dix bars dans toute l’Espagne pour la chaîne NH, un autre projet extrêmement ambitieux dans le centre de Madrid et, en 2015, un bar bien à lui).

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Le cas Spiritueux Magazine

La première fois que j’ai entendu parler de Spiritueux Magazine, c’était le 5 décembre 2012. Je venais de publier un article sur la prohibition et, le jour même, l’animateur de ce blog, un certain Frédéric Bourgoin, avait jugé bon de copier / coller l’intégralité de mon texte sur son site. Même si j’avais été crédité pour mon travail, le procédé était malheureux pour quatre raisons, au moins :

  1. Je n’écris pas pour Spiritueux Magazine
  2. Il n’y avait aucun lien vers mon article
  3. Je n’ai pas de licence autorisant la rediffusion de mon texte, il ne saurait donc être question d’une reproduction totale
  4. Les lecteurs qui découvrent l’article sur Spiritueux Magazine ne viendront pas le lire sur Bottoms Up : perte sèche de trafic, surtout quand la reproduction a lieu le même jour

Désagréable, mais j’avais alors mis ça sur le compte de la maladresse et d’un trop grand enthousiasme. Aujourd’hui, par contre, j’ai découvert ce qui ressemble à un plagiat maladroit : Spiritueux Magazine reprenait, parfois mot pour mot, un article de CocktailMolotov sur le calcul du « degré alcoolique des cocktails ». Au départ, aucune attribution. Devant les protestations de l’auteur, Frédéric Bourgoin rectifie (d’abord en bas de page, après les photos, avec une formule vague et sans toucher au texte, ensuite de façon un peu plus claire en plein texte) et rejette la faute sur ses collaborateurs (on ne demande qu’à le croire, même si on a des raisons de penser qu’il s’agit d’une aventure en solo).

La version 'originale' de l'article publié sur Spiritueux Magazine

Me penchant sur le reste de la production de Spiritueux Magazine, je suis bien forcé de constater qu’on est dans le plus pur copier / coller. Sur les 10 derniers articles où l’on trouve du texte, 7 sont des reprises intégrales ou partielles d’autres sources, 2 semblent originaux et 1 est douteux. Le 10 textes sont pourtant signés par ‘F.’ La plupart proviennent des communiqués de presse de diverses agences.

Alors, c’est quoi, Spiritueux Magazine ? Comparer la réalité avec l’entretien complaisant donné au ‘Top des blogs stylés’ (sic) de L’Express provoque une très franche hilarité.

La blogosphère du bar et des spiritueux est peu développée, et les quelques blogs sérieux existants sont souvent animés par des agences digitales vénales. Le blog Spiritueux Magazine se différencie des autres blogs par son indépendance, sa partialité, et son ton parfois désinvolte. Je ne publie pas sur un spiritueux ou un bar que je n’aime pas.
— Frédéric Bourgoin sur Spiritueux Magazine

Cher Frédéric, relayer en copier / coller les communiqués des marques, même celles qu’on aime, sans dire qu’il s’agit d’un texte publicitaire pondu par une agence, ce n'est pas être indépendant. C’est vendre la bonne soupe.

Sur la thématique cocktail je n’ai pas vraiment de blogs chouchous qui m’emballent. J’accorde plus de crédit et de temps à la presse professionnelle du bar.
— Frédéric Bourgoin sur les blogs cocktails

Cher Frédéric, on ne copie / colle pas les articles des autres, a fortiori quand on n’est pas emballé. Je ne sais pas quelle est votre ambition pour Spiritueux Magazine. Mais un conseil : si vous voulez, comme vous l’affirmez « créer un blog cultivant qui permette d’apprendre de façon ludique des détails techniques et historiques sur les spiritueux, le bar, et les cocktails », il serait peut-être temps de vous mettre à écrire vos propres textes, de fournir des informations valables et de cesser de confondre contenu et promotion. Maintenant, si la véritable ambition est de se faire inviter à gauche et à droite, de recevoir l’une ou l’autre bouteille et de se faire bien voir par les quelques agences qui pensent encore que la simple rediffusion d’un communiqué de presse suffit, eh bien : bravo, c’est bien joué. Mais peut-être faut-il alors être un peu plus humble…

Cette histoire est assez emblématique des liens problématiques qu’entretient le milieu des spiritueux avec les journalistes et les bloggers. Cette confusion fait apparemment aussi oublier à certains que tous les textes ne sont pas des communiqués à rediffuser à moindre frais. Derrière, il y a parfois de vrais auteurs qui bossent leurs textes et qui, oui, ça arrive, prennent le temps de faire des recherches personnelles. Frédéric, j’espère que vous en deviendrez un bientôt : on n’est pas assez.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



La dernière victime des cartels

Je lisais il y a quelques temps je ne sais plus quel article qui disait en substance qu’on ne pouvait pas être concerné par les problème sociaux et acheter de la cocaïne, puisque cela revenait à financer les cartels qui mettent à feu et à sang des régions entières. On pourrait faire l’une ou l’autre objection à ce raisonnement mais acceptons-le cette fois-ci pour nous poser la question suivante : faut-il arrêter d’acheter du citron vert mexicain ? Les locavores répondront « oui, et des pommes chiliennes aussi » mais ce n’est pas le propos aujourd’hui.

L’information, stupéfiante, nous vient d’Alcademics, le site du journaliste Camper English. Lou Bustamante nous y révèle que le prix du citron vert aux États-Unis a presque quintuplé. Une très mauvaise récolte explique en partie cela, mais apparemment, le problème est aussi largement dû… aux cartels de la drogue. De tout temps, le crime organisé a fait payer aux entreprises et aux commerces la fameuse protection. Les exploitants agricoles du Michaocan, une des régions productrices de citron vert, n’y échappent pas. Mais voilà, nous apprend Bustamante, que le cartel local ('Les Templiers' – mais que fait Philippe le Bel?) augmente ses exigences et, en plus, essaye de s’emparer des terres. Les fermiers ont donc passé plus de temps à se battre qu’à s’occuper de leurs arbres fruitiers.

Dans un second article, Julio Bermejo (du Tommy’s de San Francisco) explique quant à lui à Camper et à Lou que les cartels ne sont qu’une des quatre causes, avec des pluies torrentielles fin 2013, la maladie du Dragon jaune, et le fait, tout simplement, que nous sommes en basse saison dans certaines régions productrices.

S’il s’agit là d’une opportunité de développement pour une tendance de niche (celle de l’utilisation d’acide phosphorique et de lactart ou d'autres techniques pour se passer d'agrumes -- elles arrivent en Europe, au White Lyan notamment), c’est surtout un rappel que, tout comme la gastronomie, le monde du cocktail n’est pas une bulle isolée. Qui connaît l’histoire de la quinine ou du sucre en est bien évidemment conscient.

Retour vers le futur?

Retour vers le futur?

Ces développement récents affectent bien entendu surtout les États-Unis  (because proximité et NAFTA) ; 98% des citrons verts qui y sont consommés proviennent du Mexique. On imagine que si le problème persiste, les importateurs se tourneront vers d’autres pays producteurs, même si l’énorme industrie de la restauration mexicaine préfère sans doute s’approvisionner ‘à la maison’. En France, le Mexique ne représenterait ‘que’ 40% (le reste provenant du Brésil et de Colombie). L’impact est donc limité mais pas négligeable. Avez-vous remarqué d’importantes fluctuations de prix ? Si oui, vous savez maintenant pourquoi.

(photo de couverture: Steve Hopson)

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.