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Bitters

Le Martini de Billy

Même lorsque Billy Wilder réalisait avec 'The Lost Weekend' (admirez au passage le titre français moralisateur: 'Le Poison') l’un des meilleurs films sur l’alcoolisme, il ne pouvait s’empêcher de lancer une petite pique aux régulateurs les plus acharnés: « la prohibition c’est ça qui les a tous menés à la boisson », entend-on a un moment. Bien sûr, on se souvient également du mythique Manhattan de Marilyn dans ‘Certains l’aiment chaud’ ou des innombrables Martini de ‘La garçonnière’ (vf un poil plus directe que l’original). Et on trouve dans son livre d’entretien avec Cameron Crowe, alors qu’il avait plus de 90 ans, un commentaire que j’aime particulièrement quand il répond à la question de la consommation d’alcool sur et autour des plateaux en plein âge d’or d’Hollywood (ma traduction et paraphrase):

« On servait dans les bars un centaine de boissons différentes. Aujourd’hui, personne ne boit. Ils boivent de la vodka, du gin, du scotch, c’est tout. (…) Mais avant, il y avait des… Sidecars. C’était le nom d’une boisson. Cela ne nous semblait pas important [que quelqu’un boive au déjeuner sur les tournages]. Je n’étais pas saoul mais je buvais un Martini. »
— Billy Wilder

 

Que Wilder considère que boire de l’alcool pur plutôt qu’un cocktail n’est pas vraiment boire n’est pas la moindre des raisons d’apprécier ce passage. Lui est resté fidèle toute sa vie au Martini. Pour preuve, son épouse Audrey avait confié sa recette à Crowe:

Bien que Wilder constatât ainsi que le temps avait éloigné les gens du cocktail en général, il n’était pas lui-même immunisé aux effets de la mode. Pour preuve, son passage à la vodka. A sa décharge, Audrey souligne, fort à propos, que même s’ils n’en utilisent que huit traits « le Noilly Prat est essentiel ». La vie de Wilder a été longue (1906-2002). Il en aura donc bu, des Martinis. En voici trois qu’il aurait pu découvrir de son vivant et qu’il aurait pu boire s’il avait été aussi créatif rayon boisson que rayon scénario. Des recettes, aussi, qui auraient permis de redécouvrir les possibilités du Martini que la vodka avait peut-être fait oublier. On aurait aimé voir ‘Bud’ Baxter, Sugar ‘Kane’, Nora Desmond, Phyllis Dietrichson ou Joe Gillis s’en délecter.

Racquet Club Cocktail

Un twist du Dry Martini avant (1891) que le Dry Martini ne devienne le Dry Martini (1904), le Racquet Club ajoute juste une cuillère de crème de cacao blanche (et rien de plus). Pour tous ceux qui veulent un Martini vraiment « sec », on en trouve deux pour qui même un Dry Martini raisonnable reste trop fort. Ces quelques millilitres de liqueur arrondissent les angles et apportent une touche légèrement chocolatée et gourmande qui fait merveille. Sabrina Fairchild aurait approuvé, certainement.

* 60 ml de gin London Dry
* 30 ml de vermouth sec
* 1 cuillère à mélange de crème de cacao blanche
* 2 traits de bitters d'orange

Préparer au verre à mélange, servir dans un verre à cocktail refroidi et garnir d’un twist de citron

Merry Widoo

OK, vous avez raison, c’est sans doute Merry Widow. Mais cette recette a été publiée à Cuba en 1924, l’année où Wilder pouvait enfin boire légalement, et disons que les coquilles dues aux prononciations compliquées sont nombreuses. D’autres cocktails portant le même nom sont des recettes low proof, à base de vermouths uniquement. Le Merry Widoo (sic) cubain prend quant à lui des formes de Martinez francisé: vermouth français et Bénédictine à la place de maraschino. Et de l’absinthe, pour une touche très 1890.

* 45 ml de gin London Dry
* 45 ml de vermouth sec
* 1 trait d'Angostura
* 2 traits de Bénédictine (5 ml)
* 2 traits d'absinthe

Préparer au verre à mélange, servir dans un verre à cocktail refroidi et garnir d’un twist de citron

Brucart Cocktail

Contrairement à nombre de ses contemporains, Wilder n’a pas tourné de film en Espagne. C’est dommage car il aurait peut-être découvert chez Jacinto Sanfeliu (le grand nom oublié du cocktail espagnol, relégué à l’obscurité par Chicote) un Martini tout ce qu’il y a de plus sec mais préparé avec un amontillado plutôt qu’un vermouth. 

* 90 ml de gin London Dry
* 10 ml de Xérès amontillado

Préparer au verre à mélange, servir dans un verre à cocktail refroidi et exprimer un zeste de citron à la surface, sans le déposer dans le verre.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Floridita Special, el Manhattan de Constante

 Hablamos hace un par de semanas del Presidente, cóctel que preparamos con mucho éxito en la tarde cubana organizada en el 1862 Dry Bar de Madrid. Hoy toca presentaros el Floridita Special, quizás el cóctel más popular del evento, en todo caso con los cantineros que me hicieron el honor de venir.

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Que yo sepa, la primera aparición del Floridita Special es en un folleto del legendario bar de La Habana, El Floridita, publicado en 1933. La receta es difícil de interpretar, en parte porque las proporciones de los dos ingredientes principales son ½ y 1/3 respectivamente. Curioso: así no se llega a uno. Podemos pensar que las cucharas y media cucharadas de otros ingredientes completan el cóctel. ¿Por qué no? En cualquier caso, dos cócteles más arriba, hay una receta con tres ingredientes en las siguientes proporciones : ½ , ½ y ½ . No, tampoco llegamos a un resultado lógico así. Y el cóctel de abajo está presentado en onzas. ¿Consistencia en el recetario? Más bien poca.

 
 

A pesar de esto, queda claro que el Floridita Special es la reinterpretación del Manhattan por Constante Ribalaigua. Que se prepare con más vermut, como la receta original parece indicar, o con más rye whiskey, a la manera de un Manhattan "clásico", se trata de una pura delicia. Sin embargo, las proporciones no son el único problema. También se menciona una 'Pequeña cáscara de limón’ (erróneamente traducido en inglés por ‘lemon’ en vez de 'lima') que, al mirar otras recetas, no parece estar ahí para servir como guarnición, aunque la poca consistencia del folleto nos impide estar seguro al 100 %.

Al final, tomamos varias libertades con el Floridita Special. En primer lugar, optamos por más rye y menos vermut y lo preparamos en un vaso mezclador en lugar de batirlo. A sugerencia de Fernando Castellón (a quien agradezco haberme dejado consultar su colección de panfletos del Floridita), incrementamos la cantidad de Picon. Lo cual lleva un poco al cóctel en la dirección del Brooklyn, pero sobre todo nos permitió aprovechar de la menor amargura del vermut Dolin rojo que teníamos a disposición. Es una hermosa combinación. Finalmente, con la cáscara de lima, decidimos tomar el camino de la Chaparra, es decir que pelamos la lima y pusimos las pieles en el vaso mezclador para dar al cóctel una verdadera dimensión cítrica sin añadir el jugo. Esta es la clave que hace de este cóctel un verdadero clásico cubano. 

 
 

* 60 ml de rye whiskey * 15 ml de Picon * 15 ml de vermut rojo Dolin * 1 dash de Angostura Bitters * 1 cucharadita de azúcar * La piel de medio lima

Machacar la piel de la lima y el azúcar en el fondo de un vaso mezclador. Añadir los otros ingredientes y hielo. Remover hasta bien frio y colar en una copa cóctel. Decorar con un twist de naranaja.

Si utiliza un vermut italiano más amargo, tendrá probablemente que ajustar la cantidad de Picon. También puede decidir volver a las proporciones de Constante y poner más vermut. O se puede añadir una segundo dash de Angostura y incluso utilizar jarabe simple en lugar de azúcar : el resultado no va a ser decepcionante. Antes de elegir la receta que presentamos aquí, probamos todas estas las maneras de prepararlo. Siempre salió excelente.

Notas sobre ingredientes:

* Picon: aperitivo amargo francés elaborado con pieles de naranja, genciana y quinquina entre otras cosas. En el norte de Francia, se mezcla con cerveza.

* Rye: el Rye Whiskey no siempre es fácil de encontrar y muchas veces sale muy caro. La tentación de utilizar otro ingrediente en su lugar es muy común. Se suele recomendar utilizar whiskey canadiense pero no nos parece adecuado: al contrario de lo que dice la sabiduría popular de los bármanes, el whiskey canadiense lleva muy poco centeno (rye en inglés) incluso menos que muchos bourbon. Si decide utilizar un bourbon, recomendamos entonces que sea uno que tenga más centeno en su ‘mash bill’, como el Bulleit (30% centeno), Four Roses Single Barrel (20%) o incluso el Blanton’s (entre 12 y 15%).

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Marchand de fumée ou plumitif national: le Robert Burns

Les mythes nationaux et l’histoire des cocktails ont au moins un point commun : ils dépendent de récits apocryphes, de divination dans les entrailles thucydidiennes, de reconstructions hasardeuses ; ils sont soumis aux intérêts fluctuants, aux aléas des opinions changeantes. Finalement, l’histoire de pucelle d’Orléans n’est pas moins entachée d’interprétations et de lectures douteuses que celle du Martini, pour ne pas parler du mot cocktail lui-même. Et puis il y a bien sûr les cocktails dont les noms nous renvoient à un héros national quelconque. Les hasards de la vie (ils font toujours bien ça) veulent que le 25 janvier (oui, c’est aujourd’hui) est le jour-anniversaire du grand poète écossais Robert Burns. Il aurait eu 253 ans. On ne va pas jouer aux historiens mais nous pouvons être certain que, vu son importance en Ecosse, les interprétations quant au sens politique de son œuvre sont, disons, variées. Passons au cocktail qui porte (porterait) son nom. Il nous donne suffisamment de boulot comme ça.

 
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Premièrement, personne ne semble être d’accord sur son nom : Robert Burns, Bobby Burns ou Bobbie Burns. Dans le camp Bobby, on retrouve Harry Craddock (Savoy Cocktail Book, 1930), les Travelling Mixologists (1934) et Frank Meier (Artistry of Mixing Drinks, 1936). Robert nous vient du Old Waldorf Astoria Bar Book de Albert S. Crockett (1935) tandis que Bobbie est défendu par David Embury (Fine Art of Mixing Drinks, 1948).

Ensuite, si tout le monde est d’accord pour parler d’une base scotch et vermouth, les autres ingrédients varient : l’école Bénédictine, l’école Drambuie, l’école absinthe, l’école bitters et, sans doute, l’école un-peu-de-tout.  Le camp Bobby appartient à l’école Bénédictine, avec une touche d’école bitters chez les Travelling Mixologists.  Au Old Waldorf Astoria, on est plutôt partisan de l’absinthe ET des bitters. Embury, quant à lui, en plus de nous donner le nom le plus étrange, opte pour le Drambuie.  Il y a aussi la question des proportions, mais ce ne sera pas pour aujourd’hui.

Que faire, donc ? Il semble que la recette canonisée soit celle du Savoy. C’est elle que vous verrez à peu près partout aujourd’hui sur l’interweb alcoolisé. Normal, me direz-vous : avec les bonnes doses, c’est un cocktail superbe et en plus la recette de Craddock en est, à ma connaissance, la plus vieille trace publiée (1930). Est-ce pour autant la recette « authentique » ? Prenons par exemple le livre d’Albert Crockett, publié en 1935. Le vieux Waldorf Astoriaavait fermé ses portes en 1929, alors que l’on était encore en pleine prohibition. Crockett en écrit l’histoire et tire la majorité de ses recettes du bar book officiel utilisé par les employés de son très célèbre bar. Autrement dit, il s’agit, dans la plupart des cas, de recettes d’avant la prohibition, de recettes d’avant 1919. Par ailleurs, on semble y insinuer que le Robert Burns aurait été inventé au bar de l’hôtel puisqu’il nous dit que si son nom vient du poète écossais, il pourrait tout aussi bien l’avoir hérité d’un certain Robert Burns, vendeur de cigares et très bon client… On peut bien entendu penser que cette petite notice biographique du Robert Burns est une sorte de private joke. Mais si on la prend au sérieux, la conclusion serait donc que le Robert Burns original se prépare avec de l’absinthe et des bitters d’orange, a été inventé avant 1912 (interdiction de la fée verte aux Etats-Unis) et n’a rien à voir avec un poète-lauréat. Gloups. Si on veut couper la poire en deux, on peut aussi suggérer que le cocktail Old Waldorf Astoria et celui du Savoy partagent (presque) un nom et (tout à fait) leurs deux ingrédients principaux par hasard. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve ça trop compliqué. Il est temps de boire.

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  • 2 oz de scotch (Single malt de préférence)
  • ¾ oz de vermouth doux
  • 3 (bons) traits de bitters d’orange
  • Absinthe

Versez quelques traits d’absinthe dans un verre de type old-fashioned que vous ferez tourner sur lui-même pour que son intérieur soit complètement tapissé de liquide vert. Débarrassez-vous ensuite de l’excès d’absinthe. Dans un verre à mélange, versez le reste des ingrédients et mélanger sur glace. Versez ensuite sur glace fraîche dans le verre préalablement absinthé. Pour garnir, une cerise au marasquin.

Cette version, adaptée de celle du Old Waldorf Astoria, nous vient du White Star de New York et est tout à fait contemporaine. C’est, à ma connaissance, une des rares manifestations actuelles de la recette (peut-être) originale, à ceci près que le cocktail est ici présenté on the rocks. Le Bobby Burns bénédictine est également une boisson délectable, mais partant du principe qu’en histoire on ne fait parler de soi qu’en prenant la route alternative (pour preuve, le « Jeanne d’Arc était un homme » d’un certain François Ruggieriil y a quelques semaines), je n’avais d’autre choix que de vous proposer (presque) la même recette qu’Albert Crockett de ce cocktail (peut-être) nommé en honneur d’un poète qui est aussi (très certainement) un héros écossais. Pfff, l’histoire, c’est tout sauf clair. Imaginez si, en plus, vous y foutez de l’alcool…

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François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Improved (Holland) Gin Cocktail

Il y a un an tout juste, je lançais vraiment ce blog avec une recette en double clin-d’œil aux origines, les miennes et celles du cocktail: le Plain Gin Cocktail, tel que présenté par Jerry Thomas. Douze mois plus tard, une quantité insane de gin à coulé sous les ponts, mais rien n'a vraiment changé. Si le cœur vous dit de célébrer cet anniversaire, je vous propose de passer avec moi à l'étape suivante de l'échelle de Jerry: l'Improved Gin Cocktail. A la recette initiale, le professeur ajoute deux traits de Maraschino et un trait d'absinthe. Bien sûr, cette recette, David Wondrich nous le rappelle dans Imbibe!, fonctionne aussi merveilleusement avec un base de gin London Dry, de Rye ou de Cognac.

* 6 cl de genièvre (Korenwijn de préférence) * 1 càc de sirop simple * 2 traits de Maraschino * 1 trait d'absinthe * 2 traits de Boker's bitters Verser les ingrédients dans un verre à mélanger, ajouter les glaçons, remuer à la cuillère une quinzaine de seconde, verser dans un verre à cocktail, garnir avec un twist de citron.

Et nous avons là un superbe cocktail, bien au dessus du Plain Gin Cocktail. Les bitters font la boisson et se marient très bien au genièvre qui est un peu dompté par le Maraschino. L'absinthe laisse note anisée discrète mais plaisante. Mutatis mutandis, c'est comme une splendide pièce de bœuf rehaussée de condiments en petite quantité mais judicieusement choisis afin de faire ressortir les qualités de la base et lui donner une autre dimension. Il me semble que je sais déjà ce que je vais manger ce soir... Pure bliss.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Orgie Angostura (et d'autres choses difficiles à avaler)

En des temps plus innocents, il suffisait peut-être, pour affirmer la grande sophistication de son palais, de dire « oh, tu sais, les cocktails avec du St Germain ou de la Chartreuse, c’est un peu comme tout asperger de ketchup ou se rouler dans une cave avec des moines libidineux ; j’en prépare parce que mes clients aiment ça mais moi, ce que je préfère, c’est un Punt e Mes sur glace en apéro et surtout un Fernet Branca après le repas ». Sans clients mais non dépourvu d’ambition, j’ai donc été à deux doigts de jeter toutes mes autres bouteilles par la fenêtre (le silence se serait tout d’un coup fait sur la plaine de jeu juste en-dessous). Telle extrémité, je n’ai atteint. Je me suis quand même mis au Fernet et je dois bien avouer, la queue entre les jambes, que le premier verre, je l’ai recraché dans l’évier. Mais bon, après des mois d’entraînement, je vous descends une bouteille d’un trait s’il le faut vraiment. Pas de bol pour moi : Fernet is out, (non-potable) bitters are in. Eh ouais, tandis que je m’essayais à l’amaro italien, une révolution : de nouveaux bitters débarquent par dizaine ; Angostura, Regan et Peychaud n’ont plus le monopole. Conséquence ? Tous les backbars sont remplis de petites bouteilles dont personne ne sait vraiment que faire. Comment les vider ? C’est très simple et je vous donnais la réponse l’autre jour : utiliser ces choses non plus en traits mais bien en cl. Ou comment utiliser votre bouteille d’Angostura en deux jours. Voilà qui fait peur, mais comme je n’ai peur de rien de plus de 14°, eh bien…

Commençons par une création de Jamie Boudreau, déjà largement responsable de la popularisation du Picon et du Fernet. L’idée est simple : un Collins peut se faire avec à peu près n’importe quel alcool, pourquoi ne pas utiliser de l’Angostura. Hein, pourquoi pas ?

Aromatic Collins

  • 3 cl de jus de citron
  • 3 cl de sirop simple
  • 3 cl de bitters aromatiques (Angostura, Fee Brothers, …)
  • Soda

Verser le jus et le sirop dans un shaker, ajouter la glace, agiter efficacement, servir dans un verre collins rempli de glaçons. A l’aide d’une cuillère, verser lentement les bitters de sorte que le liquide flotte sur le mélange jus / sirop. Remplir le verre avec le soda. Garnir d’un zest de citron. C’est joli quand c’est servi, mais pour le boire mieux vaut bien mélanger avant…

Alors, évidemment, avec cette quantité de bitters on se dit : amer. C’est vrai. L’Aromatic Collins n’est pas fait pour tout le monde. Mais c’est surtout étonnamment rafraîchissant, trop facile à boire. L’Angostura est bien sûr présent, on note un goût prononcé de cardamome et de girofle. Curieux, intéressant ? Oui. A répéter ? Moins évident.

Passons ensuite au Sawyer (non, amis lettrés, rien à voir avec Tom) de Don Lee, ex PDT.

  • 4 cl de gin (un truc qui a du punch, svp)
  • 1 cl de jus de citron vert
  • 1 cl de sirop simple
  • 14 traits d’Angostura
  • 7 traits de Peychaud’s
  • 7 traits de bitters d’orange

Le tout sur glace dans un shaker, agiter bien bien bien et puis servir dans une coupette bien fraîche.

Eh ouais, 28 traits de bitters. On devrait être au centilitre et demi, soit deux fois moins que dans le précédent mais quand même. On dirait qu’on a ajouté une louche de Campari à un Gimlet. L’orange est étonnamment présente, le Peychaud’s plus discret. Petit à petit, c’est les notes herbales qui prennent le dessus. La forte amertume n’est pas dérangeante – pour autant qu’on supporte le Campari – et ça reste équilibré ; ce n’est tout de même pas un merveilleux cocktail. Pour ça, il nous reste les deux suivants.

Le No Contest, quant à lui, nous vient de Chicago, c’est un cocktail « tiki » inventé par Paul McGee du Whistler.

  • 4 cl de Smith & Cross (ou autre rhum industriel)
  • 4 cl de Porto
  • 3 cl de jus de citron vert
  • 3 cl de sirop simple
  • 1 cl d’Angostura
  • 1 cl de Peychaud’s

Le tout sur glace dans un shaker, agiter bien et fort, verser dans un verre tiki rempli de glace pilée.

La première sensation rappelle un Glühwein glacé qui serait miraculeusement bon : le Porto domine légèrement, splendidement rehaussé par les bitters. Ensuite, on se rend vite compte que le rhum fournit en quelque sorte une épine dorsale sans laquelle tout s’écroulerait (et le Smith & Cross est tellement particulier qu’on se demande ce qui pourrait fonctionner aussi bien…). Des épices, c’est la girofle qui ressort le plus. Le citron vert et le sucre garantissent l’équilibre d’un très beau cocktail au final amer mais pas tant que ça.

Enfin, pour terminer, le clou de la journée, le bouquet final : le Trinidad Sour. Inventé aux Etats-Unis par Giuseppe González, je l’ai découvert au Cabrera à Madrid, dans une version modifiée. La recette originale, que vous trouverez ici, belle, complexe mais il me semble que la madrilène est plus équilibrée.

  • 4 cl d’Orgeat
  • 4 cl de Rye
  • 2 cl de jus de citron
  • 2 cl d’Angostura

Le tout sur glace dans un shaker, agiter énergiquement mais élégamment, servir dans une jolie coupette bien froide.

Et voilà, un de ces cocktails qu’on a envie de boire toute la nuit et même le matin suivant en se levant avec un terrible mal de crâne (après tout, les bitters, des médicaments, non ?). On pourra toujours dire qu’en mettant autant d’orgeat que de citron et d’Angostura combinés, on triche un peu. Effectivement. L’orgeat, c’est en quelque sorte l’augmentation d’impôt pour contrebalancer certains effets de l’austérité. Ouais, c’est comme ça qu’on sort de la crise (des fois ou de foie ?). Bref. Personne ne peut en tout cas résister à ce cocktail très gourmand, où le citron se mélange à la cannelle, aux clous de girofle, à l’amande et au seigle. Absolument magnifique.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.