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Celery Bitters

Ton Manhattan au céleri: le Fourth Regiment

Pour tout dire, je n'ai rien à vous proposer. C'est la traversée du désert: cela fait plusieurs semaines que je n'ai pas découvert de recette intéressante (aidez-moi!) ni ne suis tombé sur un sujet potentiellement polémique (provoquez-moi!). Je passe trop de temps à lire des bouquins sur les bars et saloons du XVIIIe et XIXe (saviez-vous que dans le Tombstone d'OK Corral, Wyatt Earp buvait peut-être plus de Whiskey Smash que de whiskey tout sec?) pour amasser de la matière bloggable. Heureusement, dans ces cas-là, il suffit parfois de jeter un œil sur les brouillons sauvés il y a longtemps et jamais proposés. Le souci, dans ce cas, c'est que le cocktail en question a été présenté par Jamie Boudreau il y a une grosse semaine et que c'est sans doute old news pour vous tous, petits nerds du cock-tail en ligne. Le Fourth Regiment, donc, essayé en novembre 2011 et parfait pour novembre 2013.

 
(c) www.bottles.com
(c) www.bottles.com
 

Si l'on ne se penche que sur les livres connus, le Fourth Regiment vient du Drinks de Jacques Straub (1914) et se présente comme un Manhattan à parts égales avec Angostura, Orange Bitters et... Celery Bitters plus un twist de citron. Le grand Charles H. Baker Jr., en 1939, nous ressort la même recette, qu'il tient d'un officier anglais stationné à Bombay en 1931 (sexy, la vie de Charles). Une seule différence: le twist est cette fois-ci de citron vert. Le fin observateur se dira deux choses: 1) renommer un cocktail qui est essentiellement un Manhattan et 2) préparer un Manhattan aussi wet, ça fait à peine 1914, pas vraiment 1931 et encore moins 1939. Ce cocktail doit donc être bien plus vieux. Miracle, si vous êtes ce fin observateur, vous aurez raison! L'autre pape (ou, dans son cas, papy) du video cocktail, le très Microsoft Robert Hess nous informe en effet qu'il a trouvé ce cocktail dans une brochure des plus confidentielles appelé Mixed Drinks from the Private Records of a Bartender of the Olden Days. Selon lui, l'auteur du volume était barman vers 1889, époque où, effectivement, le Manhattan n'était pas encore congelé dans sa formule 'deux parts de whiskey pour une part de vermouth' et où le moindre changement d'ingrédient voire de proportion imposait un changement de nom. On aurait donc un cocktail 25 ans plus vieux que ce que l'on pourrait croire en se basant sur la 'bibliographie' officielle. Différence de taille entre les recettes, celle trouvée par Robert Hess nous propose des bitters Peychaud's plutôt que de l'Angostura (Straub avait sans doute une préférence pour ces derniers bitters car même son Sazerac -- ou 'Zazarac' -- fait l'impasse sur les Peychaud's). Optons pour le Peychaud's, non pas parce que ce serait 'historiquement correct' mais bien car c'est ça et les bitters de céleri qui nous entraînent sur de délicieux chemins éloignés d'un 'simple' Manhattan.

4thregiment.jpg

* 45 ml de rye * 45 ml de vermouth doux * 1 trait de Peychaud's * 1 trait d'Orange Bitters * 1 trait de Celery Bitters Au verre à mélange, servir 'up' dans une verre à cocktail, garnir d'un twist de citron

Tout ceci est assez splendide, surtout cette note salée apportée par le céleri, même si on n'atteint pas la perfection formelle et gustative d'un vrai Manhattan. Vous souvenez-vous que Charles H. Baker Jr. nous parlait, très curieusement, d'un twist de citron vert? Une idée, piquée je ne sais plus où, pour donner plus de fraîcheur à votre Fourth Regiment: un zeste de citron dans le verre à mélange et puis un zeste de citron vert comme garnish. Tout ceci est très beau, les amis.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Votre dernier barbecue sera liquide: le Restraining Order

En ce week-end de dernier barbecue de l’année (ici, il commence à fraîchir) ou de premier (et dernier) barbec’ de l’an (plus au nord, il fait seulement beau maintenant, allez comprendre), pourquoi pas, plutôt que (ou avant) de sortir les bières, un cocktail facile à faire qui convient parfaitement à l’occasion ? Et pour ceux qui sont tellement frappés par la crise qu’ils ne peuvent pas se permettre les saucisses et la salade de pomme de terre, si, comme moi, à l’époque où vous pensiez que la carte de crédit était le premier pas sur le chemin de la richesse, vous avez acheté une bonne bouteille de téquila et qu’il vous en reste un fond, il vous suffira de demander à votre voisin italien (on a tous un voisin italien) quelques gouttes d’Aperol (ils ont tous de l’Aperol sous l’évier) et d’acheter une orange. C’est moins cher que de la tripaille et vous aurez l’impression de boire votre BBQ. Si, señor. Parce que vraiment, quand vous mettez votre nez dedans et puis humidifiez votre très sèche bouche avec ce que contient votre verre, c’est une vrai goût fumé de barbecue qui vient vous dire bonjour.

Sauf qu’en fait, pour en arriver à ce résultat, faut que votre téquila ait déjà un petit goût fumé. Et puis il vous faut du bitter de céleri. Ce qui veut dire que si c’est un cocktail qui me rappelle un barbecue, ce n’est pas un substitut pour barbecue. Et puis vu la spécificité de certains ingrédients, il faut vraiment avoir cru (c’est mon cas) que votre carte de crédit était liée au compte d’un sheik. Et pas au vôtre. Mais tirons le rideau sur ce triste épisode…

Plus sérieusement, le Restraining Order (c’est son petit nom) nous vient d’un bouge de Philadelphie (le Franklin Mortgage & Investment Co., pur nom qui flaire bon les cartes de crédit, les pyramides ponzi et les subprimes, mais je m’égare). N’étant jamais allé à Philadelphie, je suis tombé sur ce cocktail dans l’excellent bouquin de Jason Wilson dont je vous parlais il y a deux jours.

  • 2 doses de Téquila reposado
  • 1 doses d’Aperol
  • 3 ou 4 dashes de bitters de céleri

Au verre à mélange rempli de glaçons. Tournez avec votre cuillère une trentaine de secondes. Versez sur de nouveaux glaçons dans un verre type old-fashioned. Zest d’orange pour finir. Emborrachez-vous, qu’ils disaient.

Campari, Aperol et tutti quanti ne sont pas les partenaires naturels de la téquila, mais en cherchant un peu, il y a moyen de trouver des recettes spectaculaires. Celle-ci en est une. On a donc, avec un peu de chance, une petite touche fumée, un mélange d’agave et d’amertume étonnamment frais rehaussé curieusement mais splendidement par les bitters de céleri. Un vrai bonheur, ces bitters. Je les aime beaucoup mais ne sait jamais comment les utiliser, je suis donc très heureux d’être tombé sur cette recette. Dernière recommandation (je copie en cela Jason Wilson) : ne pas oublier votre zest d’orange.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Pimm's (Up Yours!)

Si vous tenez à l'œil les îles britanniques, vous savez sans aucun doute que toutes les marques d’alcool qui font du business par là ont bombardé les boîtes mails de tous les gens qui travaillent dans l’industrie afin de leur proposer des recettes de cocktails pour célébrer le fameux événement du jour. Je ne vous dirai pas de quoi il s’agit. Un indice : un robe d’un blanc virginal que l’on veut croire ironique, un autel et beaucoup, beaucoup trop de bruit pour pas grand-chose. On espère juste pour eux que ça ne finira pas Pont de l’Alma.

Passons. Je ne suis pas assez républicain pour crier « à l’échafaud » mais disons que je sais qu’un petit verre sert autant à célébrer qu’à oublier. Que vous soyez devant vos téléviseurs (et franchement, j’espère que ce n’est pas le cas) ou que vous ayez, comme moi, envie de vous éloigner du bruit du monde, une modeste proposition pour noyer le poisson : le Pimm’s Up. Je l’avais déjà mentionné il y a quelques semaines : découvert dans un bar de Madrid, adapté d’un bar de La Nouvelle Orléans, il s’agit d’une version « courte » d’un Pimm’s Cup, ce superbe long drink probablement très populaire aujourd’hui même du côté de St James Park. Plus fort, plus puissant, plus canaille : de quoi se démarquer sans dessoûler.

* 3 cl de Genièvre * 3 cl de Pimm’s * 2,25 cl de jus de citron vert * 2,25 cl de jus de citron * 3 traits de Bitters de Céleri

Le tout dans un shaker d’argent (noblesse oblige), on agite bien sur glace et puis hop dans un verre à cocktail avec un twist d’orange.

Pimm’s est un produit à base gin, les agrumes et le céleri sont des ingrédients classiques d’un Pimm’s Cup. Évidemment, c’est comme un concentré de limonade qui fera faire trois tours à votre caleçon. Caution : il vous faut des citrons de première qualité pour éviter que votre cocktail soit trop acide. Les bitters sont absolument essentiels pour équilibrer le goût. N’hésitez pas.

Si vous êtes vraiment monarchiste tendance légaliste, je vous propose le Dubonnet Cocktail, breuvage préféré de la défunte Reine Mère. Parts égales de Dubonnet et de gin, up, twist de citron. C’est moins funky, évidemment. Notons que la matriarche avait un penchant prononcé pour la bibine ; pour elle, le Dubonnet, ce n’était pas de l’alcool. Le correspondant royal disait d’elle qu’elle avait « une inextinguible soif de vie, pour ainsi dire ». Pour ainsi dire, in-fuckin-deed.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.