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Curaçao

Le Gin Cocktail à la Louis Fouquet

Si je devais prendre une résolution de nouvelle année, ce serait sans doute de moins polémiquer mais je me rends compte, stupéfait, que trois des cinq articles les plus lus de 2013 sont des coups de gueule et que la proportion est à peu de choses près la même depuis le début du blog. Je risquerais de me retrouver à court de lecteur si je suivais cette idée. Mon défi serait donc plutôt d’arriver à vous intéresser à des sujets moins tapageurs (vous aimez beaucoup celui sur le Gin Tonic espagnol et celui sur les glaçons, apparemment). Mais pour lancer cette année, commençons doucement par une petite célébration discrète : les trois ans de Bottoms Up.

Si j’avais lancé ce blog sur le Plain (Holland) Gin Cocktail, j’avais célébré son premier anniversaire sur l’Improved (Holland) Gin Cocktail. Ces deux cocktails made in Thomas derrière nous, vers quelle idole du passé nous tourner ? Un des maux du cocktail européen actuel est peut-être qu’il continue à avoir les yeux encore trop rivés sur le modèle américain. C’est tout à fait compréhensible, mais j’aimerais insister, et c’est une de mes intentions de 2014, sur les autres traditions. Pourquoi diable les barmen européens ne se tournent pas vers la première génération de leurs compatriotes à être arrivée à maturité il y a presque un siècle ? Qui va revendiquer l’héritage du cocktail européen des années 20 et 30 ? A quand le premier bar ‘années folles européennes’ pour remplacer le dernier ‘faux bar clandestin style Newark, New Jersey’ ?

BARIANA-WEB
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Pour ce troisième anniversaire, nous allons donc revenir sur le Gin Cocktail, mais version 1896, made in France par Monsieur Louis Fouquet. C’est en fait sa version de l’Improved Gin Cocktail; nous n’allons cependant pas pinailler sur les dénominations. Fouquet préfère la crème de noyaux et le curaçao à l’absinthe et au marasquin ; il laisse aussi tomber le sucre (le fond de l’ère – pun intended – étant déjà plus sec). La base du cocktail est un 'gin vieux'. Essayez avec un gin vieilli (Citadelle, par exemple) si vous voulez, j’opte pour ma part, comme pour les deux recettes précédentes, pour un genièvre.

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* 60 ml de genièvre * 3 traits d’Angostura * Barspoon de crème de noyaux * Barspoon de curaçao Au verre à mélange, servir ‘up’ dans un verre à cocktail, garnir d’un zeste de citron.

Longue vie au cocktail européen et, oserais-je demander, à Bottoms Up.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



A la busqueda del verdadero Presidente

Abrimos Drinks, de Tony Conigliaro y vemos un Presidente preparado con ron añejo y vermut dulce. En Boozehound de Jason Wilson, El Presidente se hace con vermut seco. En And a bottle of rum de Wayne Curtis, lo que encontramos es ron blanco. Gary Regan, en su The Joy of Mixology, propone un Presidente horrífico: lleva lima, piña y granadina. Entonces, ¿que llevaba el verdadero Presidente, si es que tal cosa existe?

 
El presidente Menocal
El presidente Menocal
 

¿El ron?

Aquí no cabe duda. Puedes preparar tu Presidente con ron viejo si quieres, pero todos los libros cubanos apuntan a lo mismo: el cóctel se prepara con ron blanco u ‘oro’, tipo Bacardi carta de oro pre-Castro. En la actualidad, se recomienda utilizar un Havana Club 3 años, por ejemplo. Se necesita el toque cubano.

¿El vermut?

Aquí, la cosa se tuerce un poco. Cuando no están patrocinados por marcas especificas, los libros cubanos hacen mención genérica al vermut ‘italiano’ (o sea dulce) y al vermut ‘francés’  (o sea seco). Hay una tercera opción, la del vermut de Chambéry (o sea ‘blanco’). De este, hablamos el otro día. Una cosa está clara: El Presidente nunca se preparó convermut dulce clásico (italiano). Más allá de esto, cada uno tenía su estilo: en Sloppy Joe’s, utilizaban Noilly Prat mientras en El Floridita, utilizaban Chambéry durante los años 30. El manual publicado en 1930 por el Club de los Cantineros, asociación gremial, también recomienda el Chambéry. Pero en El arte de hacer un cocktail y algo más (1927), lo que se menciona es el vermut francés, o sea seco. En cualquier caso, la receta de Presidente más antigua de la que disponemos (1915) se prepara con Chambéry. Y la segunda más antigua (1924), también. El cambio hacia el vermut seco en varias recetas no necesariamente tiene que ver con preferencias de cantinero: la verdad es que en los años 30, parece ser que el vermut de Chambéry no estaba distribuido directamente en Cuba. Tenía que ser importado por otros países. No se podía garantizar su disponibilidad. Por eso, quizás, en los libros del Floridita de los 50, El Presidente se prepara con una marca italiana: el vermut Ama. Pero resulta que el Ama era… un vermut blanco, como los de Chambéry.

 
No hay igual.
No hay igual.
 

¿Curaçao y / o granadina?

En Sloppy Joe’s, lo preparaban con granadina y curaçao. En El Floridita, sólo con curaçao. En el libro El arte de hacer un cocktail y algo más (1927), sugerían que El Presidente se hace con granadina mientras El Presidente Machado se prepara con curaçao y granadina. De ahí una teoría muy popular: El Presidente nació para honrar al presidente Menocal y se prepara con granadina; se añadió curaçao cuando llegó a la presidencia Gerardo Machado en 1925. Se derrumba esta interpretación al constatar que la primera receta de Presidente, publicada una década antes, ya combinaba los dos ingredientes. Y la segunda, del año anterior, deja las dos opciones abiertas.

¿Las proporciones?

Lo más fácil de todo nuestro recorrido presidencial: salvo la primera receta (más vermut que ron) y las de los años 50 (más ron que vermut) , TODAS las recetas que tenemos concuerdan. Un ‘verdadero’ Presidente se prepara con partes iguales de vermut y de ron.

…y la receta

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* 45 ml de Havana Club 3 años * 45 ml de vermouth Dolin Blanc * Cuchara de curaçao * Media cuchara de granadina Revolver, colar en copa cóctel y servir con cascara de naranja.

Al Dolin, se puede sustituir vermuts blancos (que no secos) de otras marcas (Martini, Cinzano) pero el resultado será un pelín inferior.

Como se puede ver, históricamente, El Presidente no era un cóctel fuerte, un Manhattan cubano, como se presenta a veces. No: se trataba de un cóctel ligero, aromático, un poco dulzón… Una maravilla auténticamente cubana, mucho mejor que cualquier reinterpretación, por buena que sea, que hayamos probado.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Le Manhattan avant le Manhattan

Le problème des classiques est double : on les maltraite (Martini sans vermouth, Mai Tai à la grenadine, Daiquiri au pulco) ou on les révère tellement qu’on n’ose plus y toucher. Prenons le Manhattan. Il y a deux semaines, je présentais, pour les hispanophones d’entre vous, une newsletter dont le thème était ce cocktail, classique parmi les classiques. D’aucuns s’étonnèrent légitimement de la recette présentée : plus de vermouth que de whiskey. Il aurait en effet fallu ajouter qu’il s’agissait là de la recette du barman derrière cette initiative. Mais tout de même, je me suis posé la question suivante : n’est-on plus capable d’envisager un Manhattan où le whiskey ne domine pas ? Et que dire d’un Manhattan qui ne se limite pas à trois ingrédients ? Bien sûr, le recette suprême reste pour moi celle qui est faite de deux doses de rye pour une de vermouth et deux traits de bitters aromatique (Angostura ou Abbott’s). Il ne faudrait tout de même pas oublier certaines versions qui, elles aussi, peuvent nous apporter un très grand bonheur.

The Manhattan Club

Remontons le fil de l’histoire. Très utile pour se rendre compte à quel point un classique pas encore classique n’est pas respecté. Ainsi, David Wondrich nous explique qu’en 1886 à Albuquerque, on terminait le Manhattan avec quelques centilitres de… champagne de la marque Mumm. Voilà qui va peut-être (déjà !) trop loin, bien qu’on soit (vraiment) tenté d’essayer. Quoi qu’il en soit, la première recette, publiée en 1884, est élaborée à parts-égales de whiskey et de vermouth. On rajoute aussi du sirop de gomme et des bitters… péruviens. La seconde recette, de 1887, vient du livre de Jerry Thomas (pour rappel, cette édition n’est pas de Jerry) et… le Manhattan y est préparé avec deux doses de vermouth pour une seule de whiskey. Quand est-ce que notre classique a donc pris sa forme… classique ? Je me risquerais à avancer que jusqu’à la prohibition, on ne trouve que fort peu de recettes correspondant au standard actuel (ma collection a de grosses limites, mais je trouve le livre de Jacques Straub en 1914, guère plus). Ce qui revient donc à dire que dans sa période de plus grande popularité (les années 1882-1919), le Manhattan n’était pas préparé comme on le prépare aujourd’hui. La formulation référence en 2012, classique classique ou classique prémoderne ? Trèves de plaisanterie : pour ouvrir vos palais à des Manhattan de l’ère classique mais néanmoins tout à fait baroques pour nous, je vous propose d’essayer ces deux versions, datant de l’enfance et de l’adolescence de notre cocktail.

Manhattan à la William Schmidt (1891)

* 60 ml de rye

* 30 ml de vermouth rouge

* 2 traits de bitters

* 1 trait d’absinthe

* ½ cuillère à café de sirop de gomme

* ¼ de cuillère à café de maraschino (optionnel)

Verre à mélange, servir dans un verre à cocktail et garnir d’un twist de citron.

Le twist de citron est une addition de David Wondrich et, tout comme lui, on recommande d’oublier le sirop et d’inclure la liqueur de marasquin. William Schmidt, qui se faisait appeler « The Only William », était, avec Harry Johnson, LE barman de la fin du XIXe siècle. Ce cocktail est un délice absolu, à préparer avec votre meilleur rye et votre meilleur vermouth si vous voulez littéralement atteindre le septième ciel.

Oh, Willie...

Manhattan à la Louis Fouquet (1896)

* 45 ml de rye

* 45 ml de vermouth rouge

* 2 traits d’Angostura

* 2 traits de crème de noyaux

* 3 traits de curaçao

Verre à mélange, servir dans un verre à cocktail et garnir d’un twist de citron. 

Faut-il vraiment présenter Louis Fouquet en France ? Premier propriétaire du Fouquet’s, auteur de Bariana, le second livre de cocktails français, fan absolu – comme bon nombre de ses collègues frenchies de l’époque – de crème de noyaux, c’est le Jerry Johnson ou le Harry Thomas parisien. Louison n’était pas un manchot, cette recette le prouve. C’est une bête assez différente de celle de Willie Schmidt. Elle reprend le curaçao à la recette de Harry Johnson, lui donnant ainsi une note orangée qui sera familière aux adeptes du Manhattan au bitters d’orange. La crème de noyaux ne relève pas le cocktail autant que le maraschino mais lui confère une note florale tout en subtilité. J’ai utilisé le Noyau de Poissy blanc pour cette recette. A priori, on ne sait pas si c’est ce type-là ou l’ambré, plus proche de l’amaretto, que Fouquet utilisait. Ceux qui ont lu l’article de Ginger ou ont eu la chance de goûter les deux produits comprendront aisément les raisons de mon choix.

Oui, le Manhattan en cache bien d’autres.

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François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Mauvais classique? Le cas du Side-Car

Chaque lecteur aura été confronté à pareille situation : commander des années plus tard une recette adorée au début de son parcours cocktail, c’est s’exposer à une déception. On en sait plus qu’à l’époque, les goûts changent, le palais évolue… Les raisons sont nombreuses. Et si le processus ne surprend pas quand le cocktail en question est un Cosmopolitan et que vous êtes passés depuis au Old Fashioned (votre série préféré n’étant plus la même qu’il y a dix ans), le choc est bien plus grand quand la victime de ce changement est ce que vous pensiez être un classique impérissable.

Le Side-Car est un des cocktails les plus faciles à faire quand vous débutez : au shaker, trois ingrédient en proportions égales (si vous suivez l’école française). C’est bon, en plus. Sauf qu’il y a quelques semaines, je suivais un « débat » sur les cocktails surestimés, et le Side-Car revenait à de nombreuses reprises. Surpris, je ne pouvais en rester là. D'autant plus que le doute s'installait: je n'en avais plus bu depuis au moins deux ans. Vite fait bien fait, je prépare la version qu’il m’a fallu tant de temps pour mémoriser (un très compliqué « 3 cl de cognac, 3 cl de triple sec, 3 cl de jus de citron »). Stupéfaction : ce n’est pas bien, vraiment pas bien, et ce quel que soit le triple sec utilisé (Cointreau ou Merlet). Même avec un curaçao, rien ni fait. Le cognac est, à mon sens, complètement perdu. Va donc pour la recette en proportions 4 – 2 – 1. Le cognac est bien là, mais le triple sec reste trop présent. Avec le Merlet, le résultat est même catastrophique. Autre possibilité : 2 – 1 – 1. Ici, c'est le Merlet qui fonctionne mieux. Mais le cocktail est généralement plutôt ennuyant. On en était à 12 Side-Car, je ne voyais plus très clair mais le trouble ne m’empêcha pas de distinguer la solution : plus de cognac (plus on boit, plus on veut boire, n’est-ce pas ?). 3 – 1 – 1. Trois Side-Car plus tard, j’avais enfin la bonne recette. Pas un cocktail fabuleux mais un très bon cocktail, un parfait digestif qui fonctionne presque aussi bien avec du triple sec Merlet ou du curaçao qu’avec du Cointreau. D’autant plus si on rajoute un peu de sirop simple. Vous me direz, rajouter du sirop dans un Side-Car, ce n’est plus un Side-Car. Certes. Mais si Jim Meehan peut se le permettre (voir son bouquin), vous aussi vous pouvez ! D'autant plus s'il s'agit de sauver un classique...

Un mot sur les origines du Side-Car. Il s’agit bien évidemment d’un des cocktails vampirisés par le Harry’s Bar. Dans les années ’40, David Embury évoque une création d’un « ami parisien ». Pourtant, aussi tard qu’en 1927, Harry MacElhone lui-même attribue le Side-Car à MacGarry du Buck’s Club de Londres. Serait-ce donc un cocktail anglais ? Ce n’est peut-être pas si clair que ça : en 1922, Robert Vermeire parle d’un cocktail « très populaire en France. (…) introduit à Londres  par MacGarry ». La formulation laisse ouverte bien des possibilités. La seule certitude semble être que le Side-Car n’a pas été inventé par Harry… Quant au nom, les légendes abondent. La plus connue veut que le cocktail avait été préparé pour le première fois pour un officier de la première guerre mondiale qui se rendait à son bar préféré en side-car. Dans Famous New Orleans Drink, Stanley Clisby Arthur parle d’un barman qui, perturbé par l’accident subi par son sidecar, aurait mélangé sans le vouloir trois commandes : un cognac, un Cointreau et un jus de citron. Encore plus improbable, une variation de la première version avance qu’un militaire à qui on avait servi un cognac imbuvable à la fin du repas y mélangea les restes de sauce de sa crêpe Suzette. Qui sait ? Dans le monde du bar, plus l’histoire est improbable, plus elle a du succès.

  • 60 ml de Cognac VSOP
  • 20 ml de Cointreau
  • 20 ml  de jus de citron
  • Sirop simple à votre goût

Au shaker sur glace, servir up dans un verre à cocktail au bord givré avec du sucre en poudre.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Un Mai Tai bien préparé, por favor

Si vous me demandez une liste de mes 5 cocktails classiques préférés, j’ai bien peur de ne pas faire très original. Il y aurait, bien entendu, le Manhattan, sans doute le Daiquiri et le Sazerac, peut-être le Martiniou le Martinez ou… Quoi qu’il en soit, le numéro 5 serait très clairement le Mai Tai. Malheureusement, on aboutit encore trop souvent dans des bars qui les préparent mal. Un Manhattan shaké, sans bitters ; un Daiquiri vert fluo ; un Sazerac au bourbon et sans Peychaud’s ; un Martini sans vermouth et sans gin… Mais dans les bars de meilleur niveau, le problème ne se pose (généralement) pas. Sauf en ce qui concerne notre Mai Tai, classique le plus martyrisé, même par des bartenders qui savent (généralement) ce qu’ils font. Un Mai Tai, c’est deux rhums, du jus de citron vert, du sirop d’orgeat, du curaçao et du sirop simple. C’est tout. Ici même, à Madrid, je connais de très bonnes adresses qui vous le serviront avec du triple sec plutôt que du curaçao ou bien avec des jus d’orange et d’ananas ou encore avec de l’amaretto au lieu de l’orgeat et un cordial de citron vert plutôt que du jus frais. Et aucune ne vous le préparera avec deux rhums, alors que la combinaison de différents rhums est bel et bien la marque de fabrique du cocktail tiki dont le Mai Tai est sans doute le plus beau et le plus noble représentant.

Bien sûr, le fait que les recettes de l’âge d’or tiki ont toujours été des secrets bien gardés ne rend pas le boulot du bartender des plus faciles. Ceci dit, dans le cas qui nous occupe, les ingrédients et les proportions exactes ont été rendues publiques en 1972 par le père du Mai Tai, le fameux Trader Vic. Oui, je sais : la paternité est (encore et toujours) contestée, le grand concurrent de Vic, Donn the Beachomber ayant chanté sur tous les toits que c’était lui qui avait inventé ce cocktail dans les années ’30. Heureusement pour nous, des maniaques rôdent. Jeff Berry, le pape du tiki aujourd’hui, est de ceux-là. L’homme a littéralement retourné toutes les noix de coco des Etats-Unis pour mettre la main sur les recettes de Vic et de Donn ; ses livres sont remplis de recettes obtenues directement dans les carnets de travail conservés par les anciens barmen des deux tikipreneurs (et de bien d’autres bars de par le monde). Dans Beachbum Berry’s Grog Log (1998), neuf pages sont consacrées au Mai Tai. Pour faire vite, il semblerait que Vic ait bu un jour un cocktail de Donn Beach, le Q.B. Cooler. Plus tard, il tentera d’en reproduire le goût. Le résultat de ses essais : le Mai Tai. Mais le Q.B. Cooler utilise d’autres ingrédients (sirop de gingembre, falernum, bitters pour n’en nommer que trois) et les rhums sont complètement différents (ce qui, il faut bien le dire, change tout). Et c’est bon, mais quand même nettement moins bon que le Mai Tai – même son nom l’affirme : cela voudrait dire the best. En voici la recette originale :

  • 2 oz de Wray & Nephew 17 yo
  • 1 oz de jus de citron vert
  • ½ oz de curaçao DeKuyper
  • ¼ oz d’Orgeat Garnier
  • ¼ oz de sirop simple
 
 

Problème : le Wray & Nephew 17, Trader Vic (ou plutôt ses clients) a tout bu. Il est ensuite passé au 15 ans. Et il a tout bu aussi. Ne trouvant aucun rhum se rapprochant de son Wray & Nephew épuisé et plus produit, Vic aurait décidé dans les années ’50 d’utiliser 1 oz de rhum jamaïcain et 1 oz de rhum agricole. Cette modification en tête, vous pouvez donc reproduire un Mai Tai (presque) authentique. Bien entendu, on peut toujours ajuster les proportions à ses propres goûts. En fouillant les entrailles du web il y a quelques temps, je suis tombé sur le projet un peu fou de rumdood : a month of mai tai. Un mois, 26 Mai Tai, 26 combos de rhum. Ses proportions sont plus ou moins celles qu’utilise Jeff Berry pour les siens, cette recette est aussi devenue le Mai Tai de base par chez moi. Le Créole Shrubb de Clément, une liqueur d’orange à base de rhum, est un très bon choix pour remplacer le curaçao, il apporte une remarquable différence. Le VSOP, toujours de Clément, est un très bon agricole qui reste accessible, et l’Appleton, que vous choisissiez le V/X ou l’Extra, est ce qui se fait de mieux en Jamaïque aujourd’hui. La seule chose que je change, pour ma part, c’est que je rajoute un troisième rhum, un autre jamaïcain : le Smith & Cross, sensé être « à l’ancienne ». Son caractère très marqué fait de véritables merveilles.

  • 1 oz de VSOP Clément
  • ½ oz de Appleton (Extra ou V/X)
  • ½ oz de Smith & Cross
  • ¾ oz de jus de citron vert
  • ½ oz de sirop d’Orgeat
  • ½ oz de Créole Shrubb
  • ¼ oz de sirop simple

Au shaker, verser dans un verre old-fashioned rempli de glace pilée, décorer avec la moitié exprimée d’un citron vert (l’île) et un brin de menthe (l’arbre)

Bonheur.

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Bien sûr, libre à vous de choisir un curaçao de votre choix, d’opter pour un orgeat maison ou de la marque qui vous chante et, surtout, d’expérimenter différents types de rhums (pourquoi pas un Demerara ?). Mais attention : tous les rhums ne fonctionnent pas. Une des raisons pour lesquelles les cocktails tropicaux ont aussi mauvaise réputation, c’est bien que les rhums utilisés ne sont pas appropriés. Il faut souvent qu’ils soient assez robustes pour résister aux sirops et aux fruits ; il faut que leur combinaison (si la recette demande plus d’une sorte) soit une addition et pas une soustraction ; il faut surtout que les rhums soient bons…

Et pour si l’original, the best, ne vous suffit pas, pourquoi pas essayer une variation ? Je vous suggère, si vous êtes téméraire, cette excellente concoction de Jeremy Oertel : le Bitter Mai Tai.

  • 1 ½ oz de Campari
  • ¾ oz de Smith & Cross
  • ½ oz de Curaçao
  • 1 oz de jus de citron vert
  • ¾ oz de sirop d’orgeat

Au shaker, verser dans un verre old-fashioned rempli de glace pilée, décorer avec la moitié exprimée d’un citron vert (l’île) et un brin de menthe (l’arbre)

Comme son nom l’indique…

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.