Powered by Morgan&Men SEO Consulting - Widget

Maraschino

Modérez-vous: quelques cocktails au vermouth

Les Semaines de l’Excès approchent à très grands pas. Et à l’ère néo-puritaine dans laquelle nous sommes plongés, n’ayez aucun doute : l’excès, c’est le Mal. Loin donc le poète visionnaire qui affirmait sans un instant de doute que « La route de l’excès mène au palais de la sagesse ».  Ne buvez pas trop, mesdames et messieurs. Et ne pas boire du tout, ce serait encore mieux ! Mais comme l’humain est imparfait, une petite suggestion : buvez des cocktails au vermouth, des choses bien légères, des apéritifs parfaits, qui ne fatigueront pas votre palais. La modération, en tout. Profitez-en : même elle deviendra suspecte d’ici peu.

Diplomat Cocktail

Quoi de plus modéré qu’un diplomate, payé pour ne jamais l’ouvrir quand il ne faut pas ? Robert Vermeire, en 1922, nous présentait ce cocktail comme un classique des « services diplomatiques ». Traditionnellement préparé à parts égales de vermouth doux et sec, j’ai décidé de vous présenter la version des artistes d’Attaboy à New York. Ils renient l’équidistance des grands diplomates pour privilégier l’équilibre gustatif.

IMG_2396

* 45 ml de vermouth sec * 30 ml de vermouth doux * 20 ml de maraschino * 2 traits de bitters d’orange Verre à mélange, servir ‘up’ dans verre à cocktail, twist de citron.

15% d’alcool. Guère plus qu’un vin. Et le vin c’est nature, donc encore acceptable.

Django Reinhardt

Création d’Erick Castro, pionnier San Franciscain aujourd’hui installé au Polite Provisions de San Diego. Le Django Reinhardt tient du cobbler, boisson la plus populaire du XIXe siècle. Avertissement : l’orange, le citron et le sucre rendent ce mélange particulièrement facile à boire. Cette boisson modérée et tempérée vous entrainera peut-être donc sur la pente dangereuse de l’immodération qui aboutit à l’alcoolisme. Gageons qu’elle sera interdite avant le Diplomat.

IMG_2399

* 90 ml de vermouth sec * 25 ml de jus de citron * 25 ml de sirop simple * 2 tranches d’orange fraiche Au pilon, pressez tendrement l’orange dans le fond du shaker. Ajoutez les autres ingrédients et la glace puis agitez. Servir sur glace fraîche dans un verre type Old-Fashioned, et garnir d’un petit bout d’orange.

8% d’alcool. Moins que du vin. Comme une bonne bière d’abbaye. Mais les moines sont des pochtrons. Attention, donc.

Fifty / Fifty Martini

Si vraiment vous êtes fatigués de la modération mais voulez faire semblant, c’est très simple : dites à vos amis que vous allez vous faire un Martini. Ne détrompez pas ceux qui pensent à la marque. Par contre, ceux qui vous regardent horrifiés de vous imaginer ingurgiter 9 cl de gin pur (le diaaaaaable !), dites-leur que, vous non plus, vous n’aimez pas ces excès antihygiéniques et que vous allez préparer un Martini hyper léger avec plein de bon vin aromatisé (n’utilisez pas le mot ‘fortifié’, c’est immodéré). Et donc le Martini presque originel, remis à la mode par Audrey Saunders sous le nom de Fifty / Fifity.

IMG_2405

* 45 ml de gin * 45 ml de vermouth sec * 2 traits de bitters d’orange Verre à mélange, servir ‘up’ dans verre à cocktail, twist de citron.

22% d’alcool. Plus que nos deux autres recettes mais, n’oubliez pas de le rappeler, bien moins qu’un Martini bien sec et ses 29%. L’important, c’est de bien faire comprendre à vos amis puritains que vous vous êtes retenu.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Classique Moderne: le Bensonhurst

Notre série ‘Classiques modernes ‘ continue avec, cette fois-ci, une invitée venue des Etats-Unis. J’ai rencontré Franky Marshall cet été à Cognac. Depuis, cette cosmopolite impénitente a sans doute visité 32,5 autres pays. Sa soif d’apprendre quand beaucoup penseraient déjà tout savoir est frappante et son humour… marquant. Franky faisait partie de l’équipe qui a ouvert le Clover Club, où elle est restée plus de trois ans et, entre ses voyages, travaille aujourd’hui au Tippler et à Dead Rabbit. Elle est aussi vice-présidente de l’United States Bartenders Guild NY. Elle parle français comme une française et espagnol comme une espagnole. Excusez du peu.

Le choix de Franky Marshall s’est porté sur un cocktail né de la même mode que le Greenpoint que j’avais moi-même sélectionné au début de la série. Comme quoi, les modes, ça laisse aussi des traces.

Bensonhurst, de Chad Solomon (ex Pegu Club)

IMG_2374

« Bensonhurst est un quartier de Brooklyn, tout comme Greenpoint et Red Hook [nom d’un autre cocktail de la même vague, ndlr]. J’habite à proximité de ces trois quartiers.

La première fois que j’ai bu un Bensonhurst, c’était à la fin d’un shift au Clover Club. Je voulais quelque chose à base de rye et plus sec qu’un Manhattan traditionnel. Un de mes collègues m’a préparé ce cocktail et je me souviens de m’être assise près de la cheminée du petit salon après le boulot et d'avoir vraiment savouré et pris plaisir à boire ce cocktail incroyablement satisfaisant. Selon la recette originale, le cocktail n’est pas garni mais je l’aime bien avec un peu d’huiles essentielles de citron.

Le Bensonhurst a été créé par Chad Solomon en février ou mars 2006, date à laquelle il a figuré sur le menu de printemps du Pegu Club. Au départ, il était préparé avec du Noilly Prat mais depuis, c’est devenu du Dolin Dry. Pour le rye, c’était le Rittenhouse 100 qui était utilisé. Je recommande le Knob Creek Rye pour se rapprocher le plus possible de la saveur originale. »

* 5ml de Cynar * 10ml de Luxardo Maraschino * 30ml de Dolin Dry * 60ml de rye whiskey

Verser les ingrédients dans un verre à mélange, ajouter la glace, remuer puis servir up dans une coupe. Si vous le désirez, exprimer un zeste de citron à la surface de votre cocktail.

Cet article fait partie de la série « Classiques modernes » dont vous pouvez lire l’introduction ici. Pour développer cette série, nous avons besoin de votre aide : n’hésitez pas à nous signaler les recettes que vous considérez comme des classiques modernes en commentaire, sur Facebook ou par mail.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Le Manhattan avant le Manhattan

Le problème des classiques est double : on les maltraite (Martini sans vermouth, Mai Tai à la grenadine, Daiquiri au pulco) ou on les révère tellement qu’on n’ose plus y toucher. Prenons le Manhattan. Il y a deux semaines, je présentais, pour les hispanophones d’entre vous, une newsletter dont le thème était ce cocktail, classique parmi les classiques. D’aucuns s’étonnèrent légitimement de la recette présentée : plus de vermouth que de whiskey. Il aurait en effet fallu ajouter qu’il s’agissait là de la recette du barman derrière cette initiative. Mais tout de même, je me suis posé la question suivante : n’est-on plus capable d’envisager un Manhattan où le whiskey ne domine pas ? Et que dire d’un Manhattan qui ne se limite pas à trois ingrédients ? Bien sûr, le recette suprême reste pour moi celle qui est faite de deux doses de rye pour une de vermouth et deux traits de bitters aromatique (Angostura ou Abbott’s). Il ne faudrait tout de même pas oublier certaines versions qui, elles aussi, peuvent nous apporter un très grand bonheur.

The Manhattan Club

Remontons le fil de l’histoire. Très utile pour se rendre compte à quel point un classique pas encore classique n’est pas respecté. Ainsi, David Wondrich nous explique qu’en 1886 à Albuquerque, on terminait le Manhattan avec quelques centilitres de… champagne de la marque Mumm. Voilà qui va peut-être (déjà !) trop loin, bien qu’on soit (vraiment) tenté d’essayer. Quoi qu’il en soit, la première recette, publiée en 1884, est élaborée à parts-égales de whiskey et de vermouth. On rajoute aussi du sirop de gomme et des bitters… péruviens. La seconde recette, de 1887, vient du livre de Jerry Thomas (pour rappel, cette édition n’est pas de Jerry) et… le Manhattan y est préparé avec deux doses de vermouth pour une seule de whiskey. Quand est-ce que notre classique a donc pris sa forme… classique ? Je me risquerais à avancer que jusqu’à la prohibition, on ne trouve que fort peu de recettes correspondant au standard actuel (ma collection a de grosses limites, mais je trouve le livre de Jacques Straub en 1914, guère plus). Ce qui revient donc à dire que dans sa période de plus grande popularité (les années 1882-1919), le Manhattan n’était pas préparé comme on le prépare aujourd’hui. La formulation référence en 2012, classique classique ou classique prémoderne ? Trèves de plaisanterie : pour ouvrir vos palais à des Manhattan de l’ère classique mais néanmoins tout à fait baroques pour nous, je vous propose d’essayer ces deux versions, datant de l’enfance et de l’adolescence de notre cocktail.

Manhattan à la William Schmidt (1891)

* 60 ml de rye

* 30 ml de vermouth rouge

* 2 traits de bitters

* 1 trait d’absinthe

* ½ cuillère à café de sirop de gomme

* ¼ de cuillère à café de maraschino (optionnel)

Verre à mélange, servir dans un verre à cocktail et garnir d’un twist de citron.

Le twist de citron est une addition de David Wondrich et, tout comme lui, on recommande d’oublier le sirop et d’inclure la liqueur de marasquin. William Schmidt, qui se faisait appeler « The Only William », était, avec Harry Johnson, LE barman de la fin du XIXe siècle. Ce cocktail est un délice absolu, à préparer avec votre meilleur rye et votre meilleur vermouth si vous voulez littéralement atteindre le septième ciel.

Oh, Willie...

Manhattan à la Louis Fouquet (1896)

* 45 ml de rye

* 45 ml de vermouth rouge

* 2 traits d’Angostura

* 2 traits de crème de noyaux

* 3 traits de curaçao

Verre à mélange, servir dans un verre à cocktail et garnir d’un twist de citron. 

Faut-il vraiment présenter Louis Fouquet en France ? Premier propriétaire du Fouquet’s, auteur de Bariana, le second livre de cocktails français, fan absolu – comme bon nombre de ses collègues frenchies de l’époque – de crème de noyaux, c’est le Jerry Johnson ou le Harry Thomas parisien. Louison n’était pas un manchot, cette recette le prouve. C’est une bête assez différente de celle de Willie Schmidt. Elle reprend le curaçao à la recette de Harry Johnson, lui donnant ainsi une note orangée qui sera familière aux adeptes du Manhattan au bitters d’orange. La crème de noyaux ne relève pas le cocktail autant que le maraschino mais lui confère une note florale tout en subtilité. J’ai utilisé le Noyau de Poissy blanc pour cette recette. A priori, on ne sait pas si c’est ce type-là ou l’ambré, plus proche de l’amaretto, que Fouquet utilisait. Ceux qui ont lu l’article de Ginger ou ont eu la chance de goûter les deux produits comprendront aisément les raisons de mon choix.

Oui, le Manhattan en cache bien d’autres.

_MG_7433

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Le cas Martinez

Après avoir mis mon foie à l’épreuve du Martini (18 gins, 39 Martini), du Manhattan (6 bitters, 6 Manhattan), du Sidecar (4 formules, 12 Sidecar), il était temps de se pencher sur le cas du Martinez, chaînon manquant entre Manhattan et Martini. Je ne vais pas m’attarder sur l’historique particulièrement confus, d’autant plus que Dan Priseman l’a fait il y a quelques mois déjà et que Adam Elmegirab y est aussi allé de sa petite contribution. Tout au plus me contenterai-je de faire remarquer qu’intituler son texte « The Martinez ? …what Jerry Thomas said it was », comme Adam le fait, est pour le moins problématique puisque le Martinez n’apparaît que dans l’édition 1887 du livre de Thomas, c’est-à-dire deux ans après sa mort. Est-il l'auteur de cette version ou a-t-elle été complétée par un mystérieux mais talentueux éditeur? Adam le sait, toujours est-il qu’il en est à utiliser un de ces raccourcis faciles qui ajoutent à la confusion générale.

 
maraschino cherries
maraschino cherries
 

Parlons recette, donc. Tout un problème : vermouth sec, vermouth doux, gin, old tom, curaçao, maraschino, sucre, Angostura, Boker’s, bitters d’orange… Y a-t-il une liste standard d’ingrédient ? Restant fidèle à la maxime de David Wondrich selon laquelle, plutôt que de se fixer sur une recette, quand bien même elle serait la ‘première’, il vaut mieux se concentrer sur ce qui était le plus communément accepté, nous éliminons donc le curaçao, le sucre et le vermouth sec. Nous avons déjà deux éléments : vermouth doux et maraschino. Quel type de gin ? Au départ, sans aucun doute le Old Tom voire du genièvre. Mais ensuite et pendant un certain temps, c’est le London Dry qui s’est imposé. On les a donc testés tous les trois. Enfin, l’expérience m’indique que je préfère les Boker’s de Adam Elmegirab (même si on me souffle qu’il y a une différence marquée avec l’original) dans mon Martinez. L’Angostura passe à la trappe. Et les bitters d’orange ? Finalement, on a aussi testé chaque recette avec, au départ, l’Angostura orange mais on s’est vite rendu compte que le Regan’s donnait un meilleur résultat.

Viens ensuite la question des proportions. On peut diviser les Martinez en trois camps : 2:1 en faveur du vermouth ; parts égales de vermouth et de gin ; 2:1 en faveur du gin. Et puis il y en quelques unes qui hésitent entre deux camps, comme celle du Employees Only de New York qui propose tout juste un poil plus de vermouth que de gin. Entre les quatre recettes testées, le seul point commun était la quantité de maraschino : une cuillère à café. Pour les bitters, nous avons varié les plaisirs.

C’est sur ses bases que nous sommes partis. 21 Martinez plus tard (pas d’inquiétude, on n’a pas fait ça en un seul jour !), quel est le résultat ?

cleland-old-tom-gin
cleland-old-tom-gin

Le gin d’abord. Chaque recette est à mon sens meilleure avec un Old Tom qu’un London Dry. Oui, le London Dry est plus sec, mais un bon Martinez, à mon sens, est un cocktail rond ; le Old Tom, plus sucré, s’allie mieux à cette combinaison de vermouth et de maraschino. C’est particulièrement vrai si le gin est l’ingrédient principal : avec un London Dry, ça devient banal. Le genièvre (korenwijn, s’il vous plait !), quant à lui, donne aussi de très beaux résultats. Il rivalise même avec le Old Tom dans la version vermouth 2:1.

Les meilleures recettes ensuite. Dès le départ, l’idée était de choisir la meilleure de chacun de nos axes de départs (2:1 ; 1:1 ; 1:2 donc) et de les opposer en finale. Notre choix (j’utilise le nous depuis le début non pas pour me donner de l’importance mais bien parce que j’ai utilisé des cobayes. Humains, en plus) s’est donc porté sur la recette ‘Jerry Thomas’ 1887 (2:1 en faveur du vermouth, 1 trait de Boker’s) ; une recette parts égales d’origine indéterminée (2 traits de Boker’s et 1 trait de Regan’s Orange Bitters) ; une modification du Joy of Mixology de Gary Regan (2:1 en faveur du gin, 1 trait de Boker’s et 1 trait de Regan’s Orange). En comparant les trois recettes préparées avec de l’Old Tom et du genièvre, celle plus forte en gin (ou en genièvre) a été assez rapidement éliminée. Pas mauvais, loin de là, équilibré même, mais le vermouth était logiquement plus en retrait et au niveau gustatif, la satisfaction était moindre. La recette 1:1 était nettement plus appréciée, et dans sa version Old Tom, se présentait comme une sérieuse prétendante (au genièvre, par contre, ça manquait d’équilibre). Mais c’est finalement la version ‘Jerry Thomas’ (ou O. H. Byron, puisque c’est dans son livre qu’on la trouve pour la première fois) qui l’a remporté. Old Tom, genièvre, peu importe, même si avec le premier, c’est plus élégant, les saveurs mieux intégrées tandis que le malt du second donne un cocktail plus complexe, peut-être moins adapté à votre quotidien (si votre quotidien est fait de Martinez, comme il le devrait).

Le lecteur moqueur aurait raison de me faire remarquer la chose suivante : tout ça pour dire que la première recette est la meilleure. Eh oui, tout ça pour ça. Mais ça valait la peine. Je crois.

IMG_1481
IMG_1481
  • 60 ml de vermouth doux
  • 30 ml de gin Old Tom (ou de genièvre korenwijn)
  • 1 cuillère à café de maraschino
  • 1 (bon) trait de Boker’s bitters

Préparer au verre à mélange, verser dans une coupe préalablement rafraîchie. Garnir avec une cerise de marasquin. Exprimer les huiles essentielles d’un zeste d’orange au-dessus du verre puis jeter le zeste.

La garniture du Martinez ‘Jerry Thomas’ 1887 est une tranche de citron, mais puisque le Martinez est clairement le fils même pas bâtard du Manhattan, je ai réservé au fiston le sort du père.

Dernier commentaire avant de vous laisser (enfin !) vaquer à vos occupations : le Martinez est un cocktail basé sur le vermouth et cela implique beaucoup de choses. On ne va pas insister sur la nécessité de traiter votre bouteille de vermouth comme du vin et de ne pas la laisser s’oxyder et mourir d’une très laide mort au fin fond d’une armoire. Par contre, puisque c’est votre ingrédient principal, il est quand même plus que recommandable d’employer un vrai (bon) vermouth, un machin qui a du goût : Carpano Antica Formula, Carpano normal, Cocchi, Marteletti, Vermouth del Professore… Laissez, je vous en prie, les produits de supermarché au supermarché.

(Si vous êtes sages, dans quelques jours un follow-up : des twists de Martinez rencontrés ici et là)

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



World Cocktail Week #5: Turf War

Puisque le Swedish punsch d'hier nous a mené en Scandinavie, quoi de plus logique, en ce cinquième jour de World Cocktail Week, que de rester dans le coin et essayer un cocktail à l'aquavit? Ma première rencontre avec l'aquavit est assez récente; elle ne fut pas très agréable: ayant acquis quelques jours plus tôt une bouteille d'Aalborg Akvavit, mon attention avait été attirée par une recette de old-fashioned (miel à la place du sucre, bitters de pamplemousse, etc). Imbuvable. J'ai heureusement eu l'occasion depuis de boire l'une ou l'autre concoction préparées avec cet alcool de carvi et je suis heureux d'annoncer qu'elles n'ont pas fini dans l'évier. Mais je ne pense pas que s'approche le jour où je m'enverrai des shots d'aquavit, rincés ou non à la bière, swedish style.

World Cocktail Week #5: le Turf War

Il y a à New York un bar sympathiquement nommé Vandaag (aujourd'hui en néerlandais) qui met en avant un certain nombre de produits du nord de l'Europe (la partie qui n'est pas encore en faillite). Bière, gin, genièvre et (donc) aquavit forment les quatre catégories principales de la carte des cocktails. Je ne sais pas à quelle lutte territoriale (Turf War) Katie Stipe pensait lorsqu'elle a nommé sa création, mais l'on dira que les ingrédients réconcilient nord et sud de l'Europe sans aucun désaccord et sans aucune faillite à l'horizon. L'avenir, je vous le dis, est rose tant qu'on passe par la booze...

  • 2 oz d'aquavit
  • 3/4 oz de Lillet blanc
  • 1 barspoon de maraschino
  • 1 trait d'absinthe
  • 1 trait de bitters d'orange

Sur glace, à la cuillère, au verre à mélange. Servir "up" dans un verre à cocktail rafraichi et garnir d'un twist de citron et d'une olive.

Les plus perspicaces auront remarqué qu'il s'agit d'une recette d'inspiration classique, elle pourrait sortir d'un livre du 19e siècle: marasquin, absinthe et bitters utilisés en très petites touches, vin fortifié... Le Lillet rend l'aquavit un peu plus rond, les autres ingrédients donnent plus de profondeur et de complexité. C'est un apéritif extrêmement plaisant, une alternative au sempiternel Martini d'avant dîner.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.