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Nicholas Horton

Lillian Gish!! Le 8 East 83rd​

Il était question il y a trois jours d'un mauvais film raciste et de son cocktail, par association d'idée je pense aujourd'hui à un autre film férocement raciste mais nettement moins mauvais (techniquement s'entend): The Birth of a Nation, de D.W. Griffith. La Naissance d'une Nazion, selon Juan Francisco Ferré dans son roman Providence. Son film à la gloire du Ku Klux Klan était plus que l'acte de naissance d'une nation issue des cendres de la guerre civile; il s'agissait surtout de l'acte de naissance du cinéma comme grand spectacle. On préférera nettement Les Vampires de Louis Feuillade, dont la diffusion en salle commença la même année (1915) mais force est de constater qu'au niveau de la technique, de l'interprétation, des effets-spéciaux et même de l'écriture, Griffith était déjà un niveau au-dessus. Ses autres films (en tout cas ceux que j'ai vu) sont assez loin du parti-pris ségrégationniste et esclavagiste de son œuvre séminale. On trouve même dans Broken Blossoms une fable anti-xénophobe. Les films de Griffith sont historiquement et visuellement fascinant mais plutôt ennuyant: ses personnages sont des "types" (il le revendique) et il y a toujours une visée morale voulue moderne et ouverte mais in fine prisonnière de certaines conceptions de l'homme et surtout de la femme. Les meilleures œuvres (ou les plus connues) de Griffith datent de la période qui précède le soi-disant Great Experiment, la prohibition. Sorti en salle trois ans avant la ratification du Volstead Act, Intolerance, le pensum babylonien de Griffith, propose, parmi ses quatre histoires "exemplaires", une critique féroce de l'activité réformatrice d'associations de femmes bourgeoises visant à changer le comportement du prolétariat sauvage. On ne saurait être plus direct: Griffith dit sans détour qu'au nom de la décence et du bien-être des familles, on interdit au travailleur de boire (et de danser!) alors que même la bible dit que ces activités ont leur place dans la vie sociale. Pour Griffith, il s'agit ni plus ni moins qu'une attaque de plus "des gens d'en haut" contre les "gens d'en bas". Personne ne peut nous dire ce que nous pouvons ou ne pouvons pas ingurgiter!

Griffith faisait souvent appel aux mêmes interprètes, mais l'actrice la plus intimement associée à ses films est sans aucun doute la légendaire Lillian Gish. Curieusement, et contrairement à sa sœur Dorothy, il n'y a pas de cocktail qui porte son nom (en tout cas, je n'en ai pas trouvé). Je suis par contre tombé sur le 8 East 83rd de Nicholas Horton (du Bar Noir à Beverly Hills), un cocktail dédié "à Lillian Gish et aux dames artistiques de l'Upper East Side qui prenaient le thé en y ajoutant quelque chose d'un peu plus fort". J'ignore s'il y a une quelconque référence concrète derrière cette histoire, mais, soyons honnête, ça n'étonnerait personne...

 
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  • 1,5 oz de rye
  • 1/2 oz de sirop simple
  • 1/4 oz de jus de citron
  • 2,5 oz de thé

Sur glace au shaker, verser dans une tasse à thé.

La recette originale comporte le double de sirop, ce qui m'a semblé vraiment excessif. On peut rajouter un peu plus de rye (après tout, personne ici n'est une "artsy lady from the Upper East Side") ainsi qu'un trait ou deux de jus de citron, mais le cocktail est déjà à son point d'équilibre tel que je vous le propose. Ce n'est pas une recette qui passera à l'histoire, ce qui n'ôte rien à ses qualités gustatives et rafraichissantes -- c'est vraiment comme un thé glacé fortifié.

(Lillian Gish, très bien. Mais dans les actrices de Griffith, j'avoue quand même un petit faible pour Miriam Cooper. Elle laissa petit à petit tomber sa carrière, à la suite de son mariage avec l'illustre Raoul Walsh, alors assistant de Griffith (et assassin de Lincoln pour Birth of a Nation))

 
 

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.