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O'Clock

Nikka Perfect Serve 2011

Le whisky japonais fonctionne bien en France depuis plusieurs années, mais ce n’est pas le cas partout. En Espagne, il s’agit toujours d’une curiosité et le public s’étonne encore souvent que le Japon produise autre chose que du saké, « cet horrible alcool de quoi déjà ? ».  J’ai eu la chance d’assister avant-hier à la manche madrilène du Nikka Perfect Serve et certains compétiteurs ne s’étaient même pas préparés avec les whiskys de la marque : ils n’en avaient aucun dans leur backbar. Anecdote très révélatrice qui ne veut pourtant pas dire que la compétition n’était pas prise au sérieux : en entrant dans le bar où l’événement était organisé, les visages crispés que je trouvai devant moi ne laissaient pas de doute sur l’importance du défi.  Evidemment, quand le « président du jury » n’est autre que Stanislav Vadrna, pape tiki centro-européen et apôtre de la culture cocktail japonaise, et que le prix pour celui qui remportera la finale (à Paris, en novembre) est un voyage d’une semaine au Japon, on comprend parfaitement le stress.

 
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Une drôle de surprise attendait les candidats. Certains se présentaient pour la première fois à une compétition, d’autre étaient bien plus expérimentés (on retrouvait notamment Gegham Ghazaryan, lauréat du G’Vine Connoisseur de cette année) mais personne ne s’attendait à ce que Vadrna avait concoté pour eux : une sorte de pièce de théâtre amateur dont il serait le metteur en scène  et les autres membres du jury, les acteurs. Leurs rôles ? Clients difficiles. Au bartender de gérer la situation tout en préparant un Manhattan, un Whisky Sour, un Old Fashioned  avec le Nikka from the barrel et trois perferct serve (un Mizuwari – whisky et eau, à la nippone – Nikka 10, 15 et 17 ans). En 15 minutes. Vadrna (qui, au long de la journée, n’a trempé ses lèvres dans aucun des cocktails) se « contenterait » de tourner autour, de regarder la manière de travailler du barman (ou barwoman) et la façon dont il (elle) agissait face au client. Tout d’un coup, l’expérience de la compet’ ne comptait plus : tout le monde était égal. D’ailleurs, le seul à avoir complété les 6 boissons dans les temps imparti était le moins expérimenté des candidats. Le but de l'exercice? Mettre bien dans la tête de tout le monde qu'on peut faire les meilleurs cocktails du monde, cela ne sert à rien si on ne sait pas accueillir et divertir le client.

Six heures trente plus tard (ouais, c’était long) et après d’âpres discussions (coups de fil à Nikka compris pour bien cerner le profil recherché), le vainqueur était nommé : Carlos Moreno d’O’Clock. Sans doute mérité : ses trois cocktails étaient très réussis (particulièrement un Sour pas très sour mais délicieux) et ses Mizuwari originaux. Reste à voir si son humour et son pitorreo tout madrilène passeront les frontières. Ceci dit, Carlos est un des grands d’Espagne, aucun doute là-dessus.

Mais assez causé d’un concours auquel vous n’avez pas assisté. On est ici pour boire et les produits Nikka sont excellents. J’aime particulièrement le From the barrel, et il fait un splendide Old-fashioned. D’ailleurs, si je m’étais présenté à la compétition j’aurais sans doute proposé cette magnifique variation, le Young Laddie, venu du Death & Company de New York. Au départ pensé pour un Islay peu tourbé, je l’ai trouvé superbe avec un Aberlour 12 et sensationnel avec ce blend de Nikka.

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  • 6 cl de Nikka from the Barrel
  • 1,5 cuillère à café de sirop simple
  • 1 dash de Peychaud
  • 1 dash de bitters de pamplemousse

 A la cuillère dans un verre à mélange, servir sur glace fraîche dans un verre à old fashioned, zest d’orange et zest de pamplemousse.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Pimm's Up & Charleston

En attendant de vous raconter l’histoire de l’Allemand qui me vociférait des ordres ou celle de la Russe qui se plaignait de la laideur des clients d’un bar, permettez moi d’inaugurer cette section par quelques notes sur quelques boissons récemment découvertes loin du confort du foyer. Façon de parler bien sûr, d’autant plus que l’essentiel de ces nouveautés m’ont été présentées à la maison loin de la maison

C’était jeudi et Dieu que c’était calme… Pendant le mois de décembre, trouver un siège au bar – même à 17h – était mission impossible. Descendu l’escalier qui mène au sous-sol, j’ai eu le choix de l’endroit (au coin du bar, vue en diagonale sur ce qui se trame derrière et dans la salle) et, mieux encore, j’ai pu tranquillement causer avec les bartenders. Peut-être l’âge me rattrape-t-il avant l’heure mais je vous suggère de faire comme moi : optez pour l’heure et le jour où il y aura moins de monde. De bonnes surprises vous attendent.

Leurs formes étaient diverses. J’ai enfin pu découvrir El Presidente sous une de ses nombreuses facettes (la recette varie, me dit-on, bien plus fort qu’on le croit) et, grâce à un ami cubain, il est question d’en explorer les variations jusqu’à plus soif. Le même Cubain m’a aussi proposé l’énième version du Mistico, un de ses créations (Genièvre, pamplemousse, Mandarine Napoléon, Elixir végétal etc). Petit à petit, mon petit doigt me dit qu’il se rapproche de la recette définitive. J’ai aussi pu découvrir le Penicillin qui devrait éveiller l’appétit (et l’intérêt) de tous les amateurs de whisky : sur une base de whisy (un blend), jus de citron et sirop de miel / gingembre, il faut ajouter un doigt d’Isley (Laphroaig dans ce cas-ci, mais d’autres tourbeux feront l’affaire). Non, utiliser un single malt dans un cocktail n’est pas un crime : la preuve était dans mon verre. Le Laphroaig, pour autant que ce soit équilibré, donne un côté fumé somptueux qui ne déstabilise pas mais au contraire améliore ce qui, sans lui, aurait juste été une variation de plus de la formule d’un sour.

Mais la révélation de la soirée était à chercher ailleurs, elle m’est d’ailleurs parvenue  sous la forme du premier cocktail commandé : le Pimm’s Up. Imaginez un Pimm’s Cup,  symbole devant l’éternel de l’Angleterre posh, des greens de Wimbledon et du Oval de Kennington, en version 12 cl, sans limonade et avec du genièvre pour lui donner force et vigueur… Cette petite merveille viendrait au départ d’un bar de La Nouvelle Orléans. Le mélange, délicieux, est dangereux : trompés par la saveur et les ingrédients familiers, vous le terminerez en deux longues gorgées puis en redemanderez un deuxième et qui sait où vous vous arrêterez… J’ai réussi à arraché des mains de la bartender les proportions exactes. On en reparlera.

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Samedi, de manière exceptionnelle (règle générale : je ne bois qu’un jour par semaine, promis craché), une visite éclair ailleurs. Jusqu’ici, j’avais été déçu par ce bar ; cette fois, ça s’est nettement mieux passé. Le Old-Fashioned était passable et le Marmelade de Bourbon (la marmelade était d’orange amère, le curaçao d’orange, le jus d’orange et le bourbon… euh… de bourbon j’imagine) était un poil orangé mais fort agréable. La star du show se cachait sous le très commun nom de Charleston et je n’y aurais pas pensé si une amie ne l’avait pas demandé. Elle avait tellement raison qu’une fois essayé, nous en avons illico redemandé deux. Présenté comme plaisant aux amateurs du Sazerac, il nous a plutôt rappelé l’omniprésent Old-Fashioned. Je n’ai pas la recette, vous devrez donc me croire sur parole si je vous dis que c’était délicieux, un bon équilibre de saveurs légèrement sucrées et herbacées. Ou tentez de recréer quelque chose de potable à partir de Rye (whisky de seigle), d’Élixir végétal de Chartreuse, de Cola Tonic (si j’ai bien compris, infusion de kola – la plante – dans du tonic) et de confiture de mûre. Servi on the rocks ou plutôt the rock : un de ces gros glaçons à la japonaise…

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.