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Old Tom Gin

Bennett: plus c'est simple, mieux c'est?

Is simplicity best or simply the easiest, demandait Martin Gore il y a une grosse vingtaine d’années. C’est ce que je me demande chaque fois que, n’ayant pas pensé à ce que je voulais boire à l’apéro du dimanche, je retombe sur un de ses cocktails trois ingrédients – Daiquiri, Manhattan, Martini… Qu’il s’agisse de classiques intemporels nous pousse peut-être à répondre « oui, la simplicité, c’est mieux ». C’est en tout cas l’opinion de Jason Wilson, l’auteur de Boozehound, qui, alors que j’évoquais l’Army & Navy de l’autre jour, défendait la beauté des formules à quatre ingrédients, bitters inclus. Si l’on peut évidemment avancer que les classiques sont des classiques car ils sont faciles à reproduire et ne nécessitent pas un bar des plus larges, que nous sommes, en quelque sorte, poussés à les préparer plus souvent, qu’ils sont programmés pour être proposés partout et donc se réserver une place de choix dans notre cerveau éthylique collectif, si l’on peut accepter tout cela, l’on sait aussi que la vérité est bien plus simple : c’est qu’ils flattent particulièrement bien nos sens.

Il y a un cocktail très simple et redoutablement efficace vers lequel je me tourne régulièrement les jours de doute. Il n’est jamais devenu classique, a priori il n’a pas de quoi intéresser le buveur en mal de sensations simples (la formule n’ayant pas la touche différente apportée, par exemple, par un sirop d’orgeat), mais c’est un splendide cocktail. Le Bennett Cocktail apparaît pour la première fois dans ‘Cocktails, How to Mix Them’ de Robert Vermeire en 1922. Il le présente comme un cocktail ‘très populaire au Chili’, qui porte le nom d’un ‘propriétaire foncier et multimillionnaire, très aimé de ses compatriotes’.  On trouve bien trace d’une famille Bennett, d’origine anglaise (Plymouth) qui a joué un rôle politique dans le Chili du début du XXe siècle, tant au niveau local que national. Etait-ce l’un d’eux ?

Un Bennett du Chili

Un Bennett du Chili

La particularité de la recette proposée par Vermeire est l’absence de sucre pour équilibrer les 25 ml de jus de citron vert. Au moins, il utilise un gin Old Tom tandis qu’Harry Craddock en 1930, s’il omet lui aussi le sucre, opte pour un London Dry. On fait la grimace rien qu’à y penser. Il est clair que le Bennett Cocktail a besoin de sirop simple. Gary Regan recommande d’en mettre deux fois moins que le jus. Personnellement, je suggère de le préparer comme vous prépareriez votre Daiquiri.

Gin, citron vert, sucre : qu’est-ce donc si ce n’est un ‘bête’ gin sour ? Ce qui élève le Bennett Cocktail au-delà du générique, c’est l’Angostura. Deux traits suffisent non seulement à changer la couleur mais aussi à donner à notre drink toute cette complexité qui rend la simplicité belle. Petit miracle.

Bennett_Cocktail

* 60 ml de gin
* 30 ml de jus de citron vert frais
* 15 à 20 ml de sirop simple
* 2 traits d’Angostura
Verser tous les ingrédients dans un shaker rempli de glaçons, agiter et filtrer dans un verre à cocktail préalablement rafraîchi.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Le cas Martinez

Après avoir mis mon foie à l’épreuve du Martini (18 gins, 39 Martini), du Manhattan (6 bitters, 6 Manhattan), du Sidecar (4 formules, 12 Sidecar), il était temps de se pencher sur le cas du Martinez, chaînon manquant entre Manhattan et Martini. Je ne vais pas m’attarder sur l’historique particulièrement confus, d’autant plus que Dan Priseman l’a fait il y a quelques mois déjà et que Adam Elmegirab y est aussi allé de sa petite contribution. Tout au plus me contenterai-je de faire remarquer qu’intituler son texte « The Martinez ? …what Jerry Thomas said it was », comme Adam le fait, est pour le moins problématique puisque le Martinez n’apparaît que dans l’édition 1887 du livre de Thomas, c’est-à-dire deux ans après sa mort. Est-il l'auteur de cette version ou a-t-elle été complétée par un mystérieux mais talentueux éditeur? Adam le sait, toujours est-il qu’il en est à utiliser un de ces raccourcis faciles qui ajoutent à la confusion générale.

 
maraschino cherries
maraschino cherries
 

Parlons recette, donc. Tout un problème : vermouth sec, vermouth doux, gin, old tom, curaçao, maraschino, sucre, Angostura, Boker’s, bitters d’orange… Y a-t-il une liste standard d’ingrédient ? Restant fidèle à la maxime de David Wondrich selon laquelle, plutôt que de se fixer sur une recette, quand bien même elle serait la ‘première’, il vaut mieux se concentrer sur ce qui était le plus communément accepté, nous éliminons donc le curaçao, le sucre et le vermouth sec. Nous avons déjà deux éléments : vermouth doux et maraschino. Quel type de gin ? Au départ, sans aucun doute le Old Tom voire du genièvre. Mais ensuite et pendant un certain temps, c’est le London Dry qui s’est imposé. On les a donc testés tous les trois. Enfin, l’expérience m’indique que je préfère les Boker’s de Adam Elmegirab (même si on me souffle qu’il y a une différence marquée avec l’original) dans mon Martinez. L’Angostura passe à la trappe. Et les bitters d’orange ? Finalement, on a aussi testé chaque recette avec, au départ, l’Angostura orange mais on s’est vite rendu compte que le Regan’s donnait un meilleur résultat.

Viens ensuite la question des proportions. On peut diviser les Martinez en trois camps : 2:1 en faveur du vermouth ; parts égales de vermouth et de gin ; 2:1 en faveur du gin. Et puis il y en quelques unes qui hésitent entre deux camps, comme celle du Employees Only de New York qui propose tout juste un poil plus de vermouth que de gin. Entre les quatre recettes testées, le seul point commun était la quantité de maraschino : une cuillère à café. Pour les bitters, nous avons varié les plaisirs.

C’est sur ses bases que nous sommes partis. 21 Martinez plus tard (pas d’inquiétude, on n’a pas fait ça en un seul jour !), quel est le résultat ?

cleland-old-tom-gin
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Le gin d’abord. Chaque recette est à mon sens meilleure avec un Old Tom qu’un London Dry. Oui, le London Dry est plus sec, mais un bon Martinez, à mon sens, est un cocktail rond ; le Old Tom, plus sucré, s’allie mieux à cette combinaison de vermouth et de maraschino. C’est particulièrement vrai si le gin est l’ingrédient principal : avec un London Dry, ça devient banal. Le genièvre (korenwijn, s’il vous plait !), quant à lui, donne aussi de très beaux résultats. Il rivalise même avec le Old Tom dans la version vermouth 2:1.

Les meilleures recettes ensuite. Dès le départ, l’idée était de choisir la meilleure de chacun de nos axes de départs (2:1 ; 1:1 ; 1:2 donc) et de les opposer en finale. Notre choix (j’utilise le nous depuis le début non pas pour me donner de l’importance mais bien parce que j’ai utilisé des cobayes. Humains, en plus) s’est donc porté sur la recette ‘Jerry Thomas’ 1887 (2:1 en faveur du vermouth, 1 trait de Boker’s) ; une recette parts égales d’origine indéterminée (2 traits de Boker’s et 1 trait de Regan’s Orange Bitters) ; une modification du Joy of Mixology de Gary Regan (2:1 en faveur du gin, 1 trait de Boker’s et 1 trait de Regan’s Orange). En comparant les trois recettes préparées avec de l’Old Tom et du genièvre, celle plus forte en gin (ou en genièvre) a été assez rapidement éliminée. Pas mauvais, loin de là, équilibré même, mais le vermouth était logiquement plus en retrait et au niveau gustatif, la satisfaction était moindre. La recette 1:1 était nettement plus appréciée, et dans sa version Old Tom, se présentait comme une sérieuse prétendante (au genièvre, par contre, ça manquait d’équilibre). Mais c’est finalement la version ‘Jerry Thomas’ (ou O. H. Byron, puisque c’est dans son livre qu’on la trouve pour la première fois) qui l’a remporté. Old Tom, genièvre, peu importe, même si avec le premier, c’est plus élégant, les saveurs mieux intégrées tandis que le malt du second donne un cocktail plus complexe, peut-être moins adapté à votre quotidien (si votre quotidien est fait de Martinez, comme il le devrait).

Le lecteur moqueur aurait raison de me faire remarquer la chose suivante : tout ça pour dire que la première recette est la meilleure. Eh oui, tout ça pour ça. Mais ça valait la peine. Je crois.

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  • 60 ml de vermouth doux
  • 30 ml de gin Old Tom (ou de genièvre korenwijn)
  • 1 cuillère à café de maraschino
  • 1 (bon) trait de Boker’s bitters

Préparer au verre à mélange, verser dans une coupe préalablement rafraîchie. Garnir avec une cerise de marasquin. Exprimer les huiles essentielles d’un zeste d’orange au-dessus du verre puis jeter le zeste.

La garniture du Martinez ‘Jerry Thomas’ 1887 est une tranche de citron, mais puisque le Martinez est clairement le fils même pas bâtard du Manhattan, je ai réservé au fiston le sort du père.

Dernier commentaire avant de vous laisser (enfin !) vaquer à vos occupations : le Martinez est un cocktail basé sur le vermouth et cela implique beaucoup de choses. On ne va pas insister sur la nécessité de traiter votre bouteille de vermouth comme du vin et de ne pas la laisser s’oxyder et mourir d’une très laide mort au fin fond d’une armoire. Par contre, puisque c’est votre ingrédient principal, il est quand même plus que recommandable d’employer un vrai (bon) vermouth, un machin qui a du goût : Carpano Antica Formula, Carpano normal, Cocchi, Marteletti, Vermouth del Professore… Laissez, je vous en prie, les produits de supermarché au supermarché.

(Si vous êtes sages, dans quelques jours un follow-up : des twists de Martinez rencontrés ici et là)

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Martini pour Bénédictin: Ford et le rêve d'un poète capricieux?

Dans la série Martini qui n'en est pas tout à fait ou Martini pour ceux qui ne boivent pas de Martini ou tout simplement twist de Martini, il est temps de vous proposer l'équation suivante: si gin + vermouth sec + bitters d'orange = plus que OK, alors gin + vermouth sec + bitters d'orange + Bénédictine = ?

Vous avez trente minutes pour me donner vos réponses, on ne triche pas, j'ouvre l’œil et le bon.

Pas besoin, bien entendu, de vous présenter la Bénédictine, liqueur digestive française élaborée, dit-on, selon une recette de 1510 dont on ne trouve trace avant 1863 et qui n'aurait en fait pas grand chose à voir avec les moines bénédictins. Son immense popularité dès sa commercialisation lui vaut d'être un ingrédient capital de bon nombre de classiques. L'un d'eux est le Ford Cocktail. La première mention imprimée du Ford Cocktail date de 1895, il n'a donc rien à voir, selon Ted Haigh, avec le fameux Henry du même nom. De par le monde anglo-saxon, Ford n'est pas précisément un nom étrange, difficile donc de deviner à qui le cocktail doit son patronyme. Quoi qu'il en soit, nous avons ici un Martini classique 50/50 préparé avec du Old Tom et, en plus des bitters, quelques traits de Bénédictine.

* 3 cl de gin Old Tom * 3 cl de vermouth sec * 3 traits de Bénédictine * 3 traits de bitters d'orange Au verre à mélange, évidemment, et sur glace, bien entendu. Verser dans une coupe à cocktail. Garnir d'un twist d'orange

On prendra ça comme un Martini à l'ancienne où le vermouth joue un rôle capital (il est donc indispensable de se servir d'une bouteille fraîche). C'est complexe, ça a une certaine amertume qui n'est pas excessive. Pour les bitters d'orange, si vous avez le choix entre plusieurs marques, j'opte pour ma part pour les Regan's si j'ai envie de jouer sur ses très présentes notes de girofle (ingrédient, par ailleurs, de la Bénédictine) ou pour les Angostura si je veux que l'orange "éclaircisse" quelque peu ce cocktail d'herbes et d'épices, pour ainsi dire.

Ted Haigh nous informe aussi qu'avec les mêmes ingrédients, l'on peut préparer un Caprice. Cette fois-ci, il y a trois parts de gin pour une de vermouth sec et une part de Bénédictine. Terminer avec un seul trait de bitters d'orange. Très bon également.

Le Caprice nous mène à un autre de mes petits préférés, bien qu'il nous éloigne du Martini. Il s'agit d'un cocktail au nom évocateur dégotté dans le Old Waldorf Astoria Bar Book: le Poet's dream.

* 3 cl de gin * 3 cl de vermouth sec * 3 cl de Bénédictine A préparer comme les deux autres, garnir d'un twist de citron

Là, évidemment, on se passe de bitters et la Bénédictine est promue au rang d'égal du gin et du vermouth. Je dois dire que la saveur est assez curieuse mais que celui qui aime la Bénédictine ne sera pas déçu.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



G'Vine Connoisseur Program 2011

Vous connaissez la blague du gars qui vous promet quelque chose pour les jours qui viennent et puis disparait pendant six semaines sans donner de nouvelles ? Elle n’est pas très marrante, je vous le concède. Mais je vous promets que je ne la ferai plus. À vous de décider si vous faites confiance aux promesses d’un ivrogne.

Replongeons donc dans le bain avec quelques mots sur un événement dont j’aurais dû vous faire part il y deux mois puisqu’il a eu lieu la première semaine d’avril. Par un heureux hasard, j’ai eu la chance d’assister à la première épreuve préliminaire du G’Vine Connoisseur Program. Avant d’embarquer vers  Barcelona, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada, G’Vine a lancé l’édition 2011 à Madrid. Le Connoisseur Program s’est déjà  imposé – alors qu’on en est seulement à la seconde édition – comme une des compétitions les plus difficiles du monde du gin. Mais la récompense est à la hauteur : les heureux élus sont invités une semaine à Cognac (où se trouve le siège de G’Vine) – et Dieu sait qu’on boit et mange bien dans ce coin-là. Évidemment, tout n’est pas que détente : il s’agira pour la quinzaine de finalistes de tenter de remporter le titre de « Connoisseur ». Au grand dam de G’Vine, un gin français, il s’est avéré impossible d’organiser un tour préliminaire hexagonal, mais les barmen français (et ceux du reste du monde) avaient quand même l’opportunité de se qualifier grâce à des épreuves en ligne. Et un Français sera donc invité à Cognac : Guillaume Ferroni du Château des Cressauds à Aubagne.

Philip Duff s'apprête à raconter une blague

Mais en quoi consiste l’épreuve qualificative ? Tout commence sur un mode relax grâce à une présentation passionnante de Philip Duff (fondateur du Door 74 d’Amsterdam et ambassadeur de 150000 marques) sur l’histoire du gin. Duff est vraiment ce que les anglo-saxons appellent un « genial host » : il met tout le monde à l’aise et ses explications sont amusantes tout en étant toujours sérieuses. Le voyage commence en Chine et puis passe au Liban. Les Arabes amènent la distillation en Espagne, d’où le procédé se diffuse d’abord aux Pays-Bas et en Irlande. En 1269, on trouve en Hollande la première mention d’un alcool infusé aux baies de genévrier.  Usage strictement médical, bien sûr : il faudra attendre 1495 pour trouver une recette non médicale. Au début, l’alcool est basé sur les raisins. Ce n’est qu’au XVIe que les distilleries hollandaises commencent à utiliser du grain, pour des raisons politiques (les raisins sont français, et les Français des gros connards. Dit-on.) De là, le genièvre, puis le gin anglais (Old Tom et London Dry), etc. Une histoire longue, complexe, passionnante, qui mène à la renaissance actuelle du gin, dont G’Vine est un des symboles. Au cours de l’exposé de Duff, nous avons pu goûter chaque type de gins ou de proto-gins mentionnés, expérience révélatrice s’il en est.

L'histoire du gin en huit bouteilles

C’est une chose de s’enfiler ce qu’il y a dans des verres à dégustation remplis d’un liquide transparent et alcoolisé dont vous connaissez la provenance. C’est tout autre chose de devoir identifier à l’aveugle le contenu de dix verres sans autre indications que celles données par votre nez et votre bouche… Après l’introduction duffienne, c’est pourtant ce qui attendait les barmen candidats : en quelques minutes ils devaient identifier non seulement la marque mais aussi le type de produit  qui leur était présenté (est-ce G’Vine Floraison ou Nouaison ? Hmm, et si c’était Hendricks ?) à l’aide de leur odorat d’abord et ensuite, au deuxième round, en dégustant ce qu’ils avaient devant eux. Par curiosité, j’ai participé à cette épreuve et je dois admettre, à ma grande honte, avoir obtenu un très petit 2 sur 10. Ceci dit, des pros dont je ne dévoilerai pas l’identité n’ont pas fait mieux. Il faut dire que sur la centaine de marques sur le marché, s’il est facile d’identifier le type, la famille de gin, il est bien plus compliqué d'y accoler des noms précis, sauf, sans doute, dans les cas les plus particuliers. Quoique : on me dit que quelqu’un a confondu gin 209 et Larios. Mais chut. Ce ne sont sans doute que des rumeurs sans fondement.

Eh oui, ça sent l'alcool. Mais encore?

 Après, je ne me suis plus mêlé de rien et je me suis contenté de regardé les pros : il s’agissait de présenter un cocktail à base de G’Vine au jury (Philip Duff et Audrey Fort de G’Vine). Il est peut-être temps de mentionner le seul couac de la journée : le G’Vine Connoisseurs Program de Madrid était organisé le même jour qu’une manche du Diageo Reserve World Class, compétition plus longue et qui bénéficie de bien plus de moyens promotionnels. C’est sans doute pour cela que certains des meilleurs barmen de Madrid et environs n’étaient pas présents ici. Je ne voudrais pas toutefois pas diminuer le mérite de David Gonzalez, vainqueur de cette manche : il a réussi une épreuve très dure et son cocktail était très bon (je n’en ai malheureusement pas la recette). J’ai tout de même été surpris par la quantité de long drinks ou même de variations sur le thème gin tonic proposés par les candidats-connoisseur : très souvent, ces boissons cache plus qu’il ne rehausse l’alcool qu’elles sont sensées mettre en avant. En plus, G’Vine, avec ces caractéristiques très particulières, donnent sans doute la possibilité de créer des boissons très surprenantes – pour qui sera capable de prendre le risque. À en juger de certaines recettes présentées lors de la manche londonienne, le représentant madrilène va avoir du pain sur la planche lors de la finale à Cognac.

Au final, je ressors de cette aventure d’une demi-journée avec une appréciation (renouvelée) pour les produits que les distillateurs nous proposent et pour les hommes et les femmes qui nous préparent des cocktails avec ces alcools. Et la prise de conscience que, mon dieu, la dégustation à l’aveugle, ce n’est pas facile.

La finale aura lieu ce mois-ci. Pour être tenu au courant, suivre GinMonkey.

Site G’Vine Connoisseur Program.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Martini Corral: Round 1, part 2

Aujourd'hui, seconde (et dernière) partie du premier round d’élimination du Martini Corral… Pour rappel, il s’agit de comparer deux gins dans un Martini sur base d’une recette fixe et de désigner ensuite un vainqueur qui passera au tour suivant. Autant vous le dire tout de suite: il y aura du favoritisme. 18 gins au départ, 9 vainqueurs mais... 10 gins passent au prochain round. Un des losers est trop beautiful pour le laisse tomber? Ou peut-être que deux gins ne sont tout simplement pas parvenus à se départager...

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L’introduction. Premier round, première partie

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Le deuxième round suivra dans les deux semaines qui viennent.

La recette fixe : 4 parts de gin pour 1 part de Noilly Prat sec et un trait de bitters d’orange ; remuer dans un verre à mélange ; servir dans un verre à cocktail ; garnir d’une olive.

Il ne s’agit pas de juger la qualité des gins. Un mauvais résultat indique seulement qu’à mon sens, ce gin n’est pas adapté pour un Martini ou en tout cas pas dans ces proportions-là. Seul, dans d’autres cocktails ou en G&T ? Il fonctionnera sans doute mieux.

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Whitley Neill vs. London n°1

London N°1 aime bien se la jouer. Distillé à Londres ! (Mais propriété d’une compagnie andalouse spécialisée dans le Sherry). Le seul gin vraiment bleu – Bombay Sapphire, c’est juste la bouteille ! (Mais on s’en fout). En Espagne, c’est un gin qui marche très bien. Je ne comprends pas trop. Pour le même prix (et même pour moins), on trouve bien mieux. Peut-être que dans un Martini ? Whitley Neill est par contre un gin que j’aime beaucoup. En tout cas, c’est un des premiers gins premium que j’ai aimé. Je dois bien admettre que la bouteille est aussi pleine qu’il y a un an… Fatigue ? Niveau marketing, Whitley Neill met en avant l’utilisation, en plus d’herbes et d’épices traditionnelles, de fruits de baobab et de groseilles du Cap. En Martini, la première chose à dire c’est que mon London N° 1 est bleu. Et ça, ça ne va pas. Le nez est bof. C’est bleu. Le goût est bof sans être mauvais. C’est bleu. La première gorgée est plus agréable que la seconde, la seconde que la troisième. C’est bleu. L’odeur du Whitley Neill Martini est plus puissante. Forte présence d’agrumes et de quelque chose en plus. Je ne sais pas ce que sent le baobab… La première gorgée est assez agressive, fort épicée. Ça se calme par la suite, les sensations s’améliorent nettement au fur et à mesure. De gorgée en gorgée, on trouve l’équilibre. Je ne pense pas que le Whitley Neill gagnera, mais c’est quand même du solide. Passage au second round sans trop de problèmes. L’autre était bleu. Je vous l’avais dit ?

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Tanqueray Ten vs. Citadelle

Tout a un peu commencé avec Tanqueray Ten. C’est le premier gin premium à avoir fonctionné. Un très beau produit mettant moins en avant le genévrier que le Tanqueray normal. Citadelle est un gin français. Si je me souviens bien, 70% de sa production s’écoule en Espagne. Prêt de 20 aromates sont utilisés pour le distiller. Un très beau produit, à n’en point douter. Même si le fabricant nous le présente comme un gin fait pour le Gin Tonic, je n’ai jamais été séduit. En Martini, par contre, il y a un vrai potentiel : pas mal de genévrier et quelques touches intéressantes de violette (par exemple) ont de quoi intéresser. Ce duel est le plus difficile, vraiment. Le Ten Martini est puissant et piquant ; il provoque une belle explosion en bouche. Le mariage avec le vermouth est très beau et malgré l’impact (surprenant pour un produit où les agrumes sont plus en avant), c’est très, très élégant. Le Citadelle Martini est plus subtile. Poivré sans piquer d’abord, floral ensuite : un très, très beau Martini. Tout me pousse à déclarer l’égalité parfaite, d’autant plus que j’ai besoin d’un dixième gin…

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Broker's vs. Sipsmith

Sipsmith est un gin relativement nouveau (2009) distillé dans un alambic de cuivre, le premier à être installé à Londres depuis 1869. L’eau utilisée provient de la source de la Tamise. Broker’s  nous vient de Birmingham et cultive une image typically british. Les deux gins sont assez secs et se targuent de ressembler à de vrais London Dry traditionnels. Le Broker’s est sans doute plus unidimensionnel. S’il s’agissait d’un boxeur, ce serait de ceux qui n’ont jamais vraiment le temps de montrer leur technique : pan dans ta gueule, lights out, goodnight. Agressif, pas des plus subtils. Un excellent Martini vieille mode, quoi. Le Sipsmith Martini est plus élégant. Le genévrier domine toujours mais le parfum est plus varié et, en bouche, le citron apporte des notes acides qui manquent un peu au Broker’s. Saveurs variées sur la fin. Ce sont deux beaux gins, deux beaux Martinis. Même si le Broker’s est tout à fait remarquable, je pense que je préfère le Sipsmith.

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N° 209 vs Beefeater 24

Beefeater 24 est le gin premium de Befeater. Sa particularité ? Thé vert chinois, Sencha japonais. Oui, c’est unique. 209 est distillé dans la 209e distillerie à obtenir un permis aux Etats-Unis (1882). Ce gin a été lancé en 2005. Beefeater 24 est un excellent gin, aussi bien en Gin Tonic qu’en cocktails. Le thé (discret mais présent) a inspiré pas mal de mixologistes – il existe notamment un Mar-Tea-Ni.  Je considère le 209 Tonic comme une petite merveille, mais je ne l’ai jamais essayé en cocktail. Et donc ? Le 24 Martini ne laisse pas beaucoup de place au thé : en plus du genévrier et du vermouth, ce qui ressort le plus clairement, c’est les agrumes et plus particulièrement le pamplemousse. C’est un Martini de très belle facture, peut-être pas très excitant mais solide. On peut compter dessus pour offrir une petite note de sophistication supplémentaire. Le 209 Martini m’a vraiment surpris : le nez est fruité mais en bouche… Dieu ! À 46%, je savais que ça allait être fort. Par contre, ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est la dominance de la coriandre et de la cardamome. Si vous n’aimez pas ces épices, passez votre chemin. J’en suis par contre très amateur et une fois que j’ai goûté ce Martini, je n’ai pu que sourire bêtement et boire. C’est 209 qui passe au tour suivant. Je ne m’attendais pas à voir Beefeater 24 nous quitter si vite. Il mérite mieux, mais que voulez-vous…

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Junipero vs. Hayman's Old Tom

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Dernier duel du premier tour et un quatrième style de gin : l’Old Tom. Contrairement au London Dry et au Plymouth, l’Old Tom n’a pas de définition stricte. On pense qu’il s’agit au départ d’un surnom donné au gin en général et puis qu’au 19e, c’est devenu le nom d’un type de gin sucré afin de masquer la mauvaise qualité de l’alcool. Après un siècle d’absence, l’Old Tom (de qualité !) est de retour et nous permet de faire certains cocktails à la manière de l’époque (à la fin du 19e, ce type de gin était plus commun que le London Dry). Ceci dit, les quelques marques qui en fabriquent aujourd’hui proposent des produits fort différents. Le point commun ? Le goût plus sucré, mais si certains ajoutent du sucre à la distillation, d’autres optent pour l’utilisation d’aromates qui ont la particularité d’édulcorer (la réglisse, par exemple). Hayman’s, une entreprise créée par un membre de la famille fondatrice de Beefeater, utilise pour son Old Tom une recette de la fin du 19e. Junipero est un des plus anciens nouveaux gins (1998) et, son nom l’indique, met en avant le genévrier. Très fort (49,34%) il fait, dit-on, un excellent Martini. On, prénom indéfini signifie menteur. Mais dans ce cas-ci, le « on » ne ment pas : oui, c’est fort, oui, c’est plein de genévrier, oui, c’est moins subtil que d’autres gin mettant en avant 25 aromates, mais c’est just what the doctor ordered.  A mean, mean Martini. Si Dorothy Parker était parmi nous aujourd’hui, gageons que son gin of choice pour se retrouver sous l’hôte serait le Junipero. L’Old Tom ne donne pas un mauvais résultat. Plus doux, plus sucré, une texture différente aussi : intéressant, agréable mais la comparaison entre les deux gins – un London Dry haut de gamme et un Old Tom de qualité – montre quand même clairement que le compagnon idéal du Martini, c’est quelque chose dans le style Junipero.

*

Premier tour terminé. Un match nul entre deux gins que nous repêchons donc pour obtenir 5 duels au second tour. Au programme :

Plymouth vs. Tanqueray Ten Aviation vs. Citadelle Martin Miller vs. Sipsmith Hendrick’s vs. 209 Whitley Neill vs. Junipero

De belles rencontres en perspective…

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.