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Old Waldorf Astoria

Célébrons la défaite: le Cooperstown Cocktail

On invente des cocktails, bons ou mauvais, pour tout. En cherchant un peu, on trouvera des recettes clin d’œil à l’un ou l’autre film à succès, à l’une ou l’autre actrice ou acteur de légende. On a même cru comprendre que plusieurs bars de par le monde s’étaient précipités pour saluer le triomphe de The Artist. Pour ma part, j’ai envie de boire autre chose. Mais quoi ? Laissons quelques instants le terrain du cocktail pour jeter un œil aux film nominés cette année. Personnellement, le film auquel je souhaitais de triompher n’était pas un film français plus cabotin que cabot, un insupportable spot publicitaire pour Hawaï, une fantaisie 3D qu’aucun cinéphile de moins de 16 ans ne devrait aller voir, une carte postale falsifiée du Paris des années ’30 ou un film de guerre dont les couleurs du poster fournissent une raison suffisante pour l’exclure de la compétition. Il y a plus de nominés que ça, mais je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps. Mon petit favori était Moneyball. Et pourtant, je n’ai rien compris à une bonne moitié du film, c’est vous dire mon opinion quant à sa concurrence.

Je ne suis apparemment pas le seul à ne rien comprendre au baseball. En Europe, c’est une vérité d’évidence. Mais on peut se demander ce qu’il en est aux Etats-Unis, David Wondrich (encore lui) ayant d’ailleurs écrit un jour qu’il « n’y a pas de ‘cocktail baseball’ classique ou généralement accepté ». Serait-ce donc que les mixologues étatsuniens forment une irréductible frange rétive au jeu de la batte et de la petite balle ? Quoi qu’il en soit, Wondrich (encore et toujours lui) propose aux amateurs comme aux non-amateurs de se préparer un petit Cooperstown, du nom de la ville où se trouve le Baseball Hall of Fame. Il s’agirait d’un cocktail popularisé au Old Waldorf Astoria il y a, oh, bien longtemps, et nommé en l’honneur des nombreux sportifs de Cooperstown qui fréquentaient le bar de l’hôtel. Selon le livre du Old Waldorf, c’est tout simplement un Bronx auquel on ajoute quelques feuilles de menthe. L’omniprésent Wondrich, quant à lui, propose une recette distincte mais plus agréable. Je ne sais pas si elle est de son invention ou si elle vient d’une autre source. En tout cas, célébrons le non-triomphe de Moneyball avec un Cooperstown.

  • 4 cl de gin
  • 2 cl de vermouth doux
  • 2 cl de vermouth sec
  • 2 traits de bitters d’orange
  • 2 ou 3 feuilles de menthe

Au shaker sur glace. Agiter sans trop forcer, passer dans un verre à cocktail préalablement refroidi, décorer avec un brin de menthe.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Martini pour Bénédictin: Ford et le rêve d'un poète capricieux?

Dans la série Martini qui n'en est pas tout à fait ou Martini pour ceux qui ne boivent pas de Martini ou tout simplement twist de Martini, il est temps de vous proposer l'équation suivante: si gin + vermouth sec + bitters d'orange = plus que OK, alors gin + vermouth sec + bitters d'orange + Bénédictine = ?

Vous avez trente minutes pour me donner vos réponses, on ne triche pas, j'ouvre l’œil et le bon.

Pas besoin, bien entendu, de vous présenter la Bénédictine, liqueur digestive française élaborée, dit-on, selon une recette de 1510 dont on ne trouve trace avant 1863 et qui n'aurait en fait pas grand chose à voir avec les moines bénédictins. Son immense popularité dès sa commercialisation lui vaut d'être un ingrédient capital de bon nombre de classiques. L'un d'eux est le Ford Cocktail. La première mention imprimée du Ford Cocktail date de 1895, il n'a donc rien à voir, selon Ted Haigh, avec le fameux Henry du même nom. De par le monde anglo-saxon, Ford n'est pas précisément un nom étrange, difficile donc de deviner à qui le cocktail doit son patronyme. Quoi qu'il en soit, nous avons ici un Martini classique 50/50 préparé avec du Old Tom et, en plus des bitters, quelques traits de Bénédictine.

* 3 cl de gin Old Tom * 3 cl de vermouth sec * 3 traits de Bénédictine * 3 traits de bitters d'orange Au verre à mélange, évidemment, et sur glace, bien entendu. Verser dans une coupe à cocktail. Garnir d'un twist d'orange

On prendra ça comme un Martini à l'ancienne où le vermouth joue un rôle capital (il est donc indispensable de se servir d'une bouteille fraîche). C'est complexe, ça a une certaine amertume qui n'est pas excessive. Pour les bitters d'orange, si vous avez le choix entre plusieurs marques, j'opte pour ma part pour les Regan's si j'ai envie de jouer sur ses très présentes notes de girofle (ingrédient, par ailleurs, de la Bénédictine) ou pour les Angostura si je veux que l'orange "éclaircisse" quelque peu ce cocktail d'herbes et d'épices, pour ainsi dire.

Ted Haigh nous informe aussi qu'avec les mêmes ingrédients, l'on peut préparer un Caprice. Cette fois-ci, il y a trois parts de gin pour une de vermouth sec et une part de Bénédictine. Terminer avec un seul trait de bitters d'orange. Très bon également.

Le Caprice nous mène à un autre de mes petits préférés, bien qu'il nous éloigne du Martini. Il s'agit d'un cocktail au nom évocateur dégotté dans le Old Waldorf Astoria Bar Book: le Poet's dream.

* 3 cl de gin * 3 cl de vermouth sec * 3 cl de Bénédictine A préparer comme les deux autres, garnir d'un twist de citron

Là, évidemment, on se passe de bitters et la Bénédictine est promue au rang d'égal du gin et du vermouth. Je dois dire que la saveur est assez curieuse mais que celui qui aime la Bénédictine ne sera pas déçu.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Marchand de fumée ou plumitif national: le Robert Burns

Les mythes nationaux et l’histoire des cocktails ont au moins un point commun : ils dépendent de récits apocryphes, de divination dans les entrailles thucydidiennes, de reconstructions hasardeuses ; ils sont soumis aux intérêts fluctuants, aux aléas des opinions changeantes. Finalement, l’histoire de pucelle d’Orléans n’est pas moins entachée d’interprétations et de lectures douteuses que celle du Martini, pour ne pas parler du mot cocktail lui-même. Et puis il y a bien sûr les cocktails dont les noms nous renvoient à un héros national quelconque. Les hasards de la vie (ils font toujours bien ça) veulent que le 25 janvier (oui, c’est aujourd’hui) est le jour-anniversaire du grand poète écossais Robert Burns. Il aurait eu 253 ans. On ne va pas jouer aux historiens mais nous pouvons être certain que, vu son importance en Ecosse, les interprétations quant au sens politique de son œuvre sont, disons, variées. Passons au cocktail qui porte (porterait) son nom. Il nous donne suffisamment de boulot comme ça.

 
robert-burns
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Premièrement, personne ne semble être d’accord sur son nom : Robert Burns, Bobby Burns ou Bobbie Burns. Dans le camp Bobby, on retrouve Harry Craddock (Savoy Cocktail Book, 1930), les Travelling Mixologists (1934) et Frank Meier (Artistry of Mixing Drinks, 1936). Robert nous vient du Old Waldorf Astoria Bar Book de Albert S. Crockett (1935) tandis que Bobbie est défendu par David Embury (Fine Art of Mixing Drinks, 1948).

Ensuite, si tout le monde est d’accord pour parler d’une base scotch et vermouth, les autres ingrédients varient : l’école Bénédictine, l’école Drambuie, l’école absinthe, l’école bitters et, sans doute, l’école un-peu-de-tout.  Le camp Bobby appartient à l’école Bénédictine, avec une touche d’école bitters chez les Travelling Mixologists.  Au Old Waldorf Astoria, on est plutôt partisan de l’absinthe ET des bitters. Embury, quant à lui, en plus de nous donner le nom le plus étrange, opte pour le Drambuie.  Il y a aussi la question des proportions, mais ce ne sera pas pour aujourd’hui.

Que faire, donc ? Il semble que la recette canonisée soit celle du Savoy. C’est elle que vous verrez à peu près partout aujourd’hui sur l’interweb alcoolisé. Normal, me direz-vous : avec les bonnes doses, c’est un cocktail superbe et en plus la recette de Craddock en est, à ma connaissance, la plus vieille trace publiée (1930). Est-ce pour autant la recette « authentique » ? Prenons par exemple le livre d’Albert Crockett, publié en 1935. Le vieux Waldorf Astoriaavait fermé ses portes en 1929, alors que l’on était encore en pleine prohibition. Crockett en écrit l’histoire et tire la majorité de ses recettes du bar book officiel utilisé par les employés de son très célèbre bar. Autrement dit, il s’agit, dans la plupart des cas, de recettes d’avant la prohibition, de recettes d’avant 1919. Par ailleurs, on semble y insinuer que le Robert Burns aurait été inventé au bar de l’hôtel puisqu’il nous dit que si son nom vient du poète écossais, il pourrait tout aussi bien l’avoir hérité d’un certain Robert Burns, vendeur de cigares et très bon client… On peut bien entendu penser que cette petite notice biographique du Robert Burns est une sorte de private joke. Mais si on la prend au sérieux, la conclusion serait donc que le Robert Burns original se prépare avec de l’absinthe et des bitters d’orange, a été inventé avant 1912 (interdiction de la fée verte aux Etats-Unis) et n’a rien à voir avec un poète-lauréat. Gloups. Si on veut couper la poire en deux, on peut aussi suggérer que le cocktail Old Waldorf Astoria et celui du Savoy partagent (presque) un nom et (tout à fait) leurs deux ingrédients principaux par hasard. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve ça trop compliqué. Il est temps de boire.

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  • 2 oz de scotch (Single malt de préférence)
  • ¾ oz de vermouth doux
  • 3 (bons) traits de bitters d’orange
  • Absinthe

Versez quelques traits d’absinthe dans un verre de type old-fashioned que vous ferez tourner sur lui-même pour que son intérieur soit complètement tapissé de liquide vert. Débarrassez-vous ensuite de l’excès d’absinthe. Dans un verre à mélange, versez le reste des ingrédients et mélanger sur glace. Versez ensuite sur glace fraîche dans le verre préalablement absinthé. Pour garnir, une cerise au marasquin.

Cette version, adaptée de celle du Old Waldorf Astoria, nous vient du White Star de New York et est tout à fait contemporaine. C’est, à ma connaissance, une des rares manifestations actuelles de la recette (peut-être) originale, à ceci près que le cocktail est ici présenté on the rocks. Le Bobby Burns bénédictine est également une boisson délectable, mais partant du principe qu’en histoire on ne fait parler de soi qu’en prenant la route alternative (pour preuve, le « Jeanne d’Arc était un homme » d’un certain François Ruggieriil y a quelques semaines), je n’avais d’autre choix que de vous proposer (presque) la même recette qu’Albert Crockett de ce cocktail (peut-être) nommé en honneur d’un poète qui est aussi (très certainement) un héros écossais. Pfff, l’histoire, c’est tout sauf clair. Imaginez si, en plus, vous y foutez de l’alcool…

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François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.