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Plymouth Gin

De bulles et de dancing shoes (mexicaines)!

Ce n'est pas parce que tout le monde le fait qu'on va se priver. Oui, c'est le premier des 3 jours en une semaine où personne ne peut survivre sans sa petite coupe de champagne. C'est l'heure du rush sur les recettes pleines de bulles. Rapidement parce qu'on n'a pas vraiment le temps d'écrire et vous n'avez pas vraiment le temps de lire (trop occupés que vous êtes à cuisiner, vous faire beau, vous faire belle, emballer vos cadeaux, que sais-je encore...), deux recettes remarquées ces dernières semaines. En espérant qu'elles vous inspireront.

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Mexicano

  • 4 cl de tequila reposado
  • 2 cl de Gran Classico Bitters
  • Champagne
  • 3 rondelles de concombre

Ecrasez le concombre avec un pilon dans le verre à mélange. Ajouter les spiritueux et les glaçons, remuer à la cuillère puis verser dans une coupe de champagne. Remplir la coupe avec 6 cl de champagne. Décorer d'un twist de citron.

Le Mexicano est une recette de Jim Meehan. Si combiner tequila et concombre ou tequila et amer (le Gran Classico est un lointain cousin -- ou ancêtre -- du Campari, en plus mielleux, moins amer et... moins rouge) n'est pas surprenant, c'était pour ma part la première fois que j'essayais tequila et champagne. Le mélange fonctionne bien, pour autant que vous n'ayez pas d'objection à mélanger votre Moët avec le côté végétal de l'agave et l'amertume du Gran Classico.

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Dancing Shoes

  • 3 cl de Plymouth Gin
  • 1,5 cl de Cocchi Americano
  • 0,75 cl de vermouth rouge
  • 2,25 cl de jus de citron
  • 2,25 cl de sirop simple
  • champagne

Verser tous les ingrédients sauf le champagne dans un shaker, ajouter les glaçons et agiter avec force. Verser dans une flûte à champagne et remplir de... champagne. Garnir d'un twist de citron.

Evidemment, c'est Noël, on n'est pas non plus là pour s'emmerder donc: pas de Plymouth, pas grave; pas de Cocchi Americano, utiliser du Lillet et, peut-être, un trait de bitters Angostura; pas de Carpano Antica Formula -- le vermouth d'origine --, prenez un autre vermouth tant qu'il est rouge et qu'il a du goût... On peut même remplacer le twist de citron par un twist d'orange, ce qui accentuera d'autant plus la saveur orangée si vous utilisez le Lillet. C'est bien, ça se boit facilement, ce n'est pas trop complexe mais c'est savoureux et ça nous vient du Blood & Sand, un bar privé de St Louis, Missouri.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Martini Corral: Round 2

Tout d'abord, mes excuses: plus d'un mois depuis le premier round, c'est inacceptable. Tout va maintenant s'enchaîner plus rapidement au Martini Corral. Les frères Clanton approchent; les Earp aussi. Ou, si vous préférez, les hommes de McQuown s'apprêtent à se faire flinguer par Clyde Blaisedell, comme dans Warlock, le grand roman d'Oakley Hall. Aujourd’hui donc, le second round… Pour rappel, il s’agit de comparer deux gins dans un Martini sur base d’une recette fixe et de désigner ensuite un vainqueur qui passera au tour suivant. Autant vous le dire tout de suite: il y aura du favoritisme. 18 gins au départ, 10 gins au second tour mais... 6 passent en demi finale. Eh oui, une finale à deux, c'est triste comme la vie conjugale. Pourquoi ne pas épicer un peu nos nuits en se la jouant trio? 6 gins en demi, 3 gins en finale. Voilà qui s'annonce BIEN plus excitant.

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L’introduction. Premier round, première partie Premier round, seconde partie

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Les demis la semaine prochaine. Promis craché.

La recette fixe : 4 parts de gin pour 1 part de Noilly Prat sec et un trait de bitters d’orange ; remuer dans un verre à mélange ; servir dans un verre à cocktail ; garnir d’une olive.

Il ne s’agit pas de juger la qualité des gins. Un mauvais résultat indique seulement qu’à mon sens, ce gin n’est pas adapté pour un Martini ou en tout cas pas dans ces proportions-là. Seul, dans d’autres cocktails ou en G&T ? Il fonctionnera sans doute mieux.

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Plymouth vs. Tanqueray Ten

Au premier tour, Plymouth avait eu la vie relativement facile, tandis que Tanqueray Ten avait été impliqué dans un duel qui s'était conclu sur un nul technique. Fallait-il s'attendre à moins de fraîcheur? La réponse, rapide, est négative. La classe du Ten ressort très vite: un superbe Martini où le gin brille. Il ne fait aucun doute que le Plymouth est un beau gin qui donne un Martini extrêmement agréable, mais là, il a dû rendre les armes: comparé au Ten, sa subtilité est moins évidente, il se fait plus pataud, plus lourd, trop basé sur le genévrier.

* Aviation vs. Citadelle

Citadelle avait été le camarade de ballet de Tanqueray Ten alors que l'Aviation était passé par défaut -- j'avais encore moins aimé son adversaire... De manière surprenante, l'Aviation Martini est moins désagréable que la première fois. Floral, plaisant, on se dit "pas mal, après tout". Le problème, c'est qu'il devient vite assez fatigant. Ce superbe gin n'est pas fait pour le Martini, en tout cas pas dans la recette choisie. Le Citadelle Martini est plus agressif et plus traditionnel -- même si cette impression est largement due à son adversaire du jour: l'étrangeté de l'Aviation met moins en évidence les particularités de Citadelle. Un très bon Martini qui n'a aucun mal à passer au second tour: l'adversaire avait un problème de condition et s'est vite fatigué.

* Martin Miller vs. Sipsmith

La star contre l'outsider. Pas de mystère: Martin Miller's est mon gin préféré, en G&T comme en cocktails ou, à première vue, en Martini. Pas d'erreur, sa classe est tout de suite évidente. Un gin floral qui ne fatigue pas, du genévrier pour ne pas trop s'éloigner des classiques, un équilibre parfait qui s'associe idéalement au vermouth. Le Sipsmith est plus proche des London Dry classiques mais son Martini conserve la variété remarquée au premier tour. Oui, c'est juniper-heavy, mais les agrumes sont bel et bien aux rendez-vous aussi. Ce gin est tellement beau que même si le MM Martini me semble meilleur que le Sipsmith Martini, Sipsmith est repêché au second tour.

* Hendrick’s vs. 209

Hendrick's n'avait même pas dû jouer au premier tour: son adversaire s'était écroulé au moment des hymnes. L'émotion... Il était donc frais et dispo et nous a offert son plus beau profil: le concombre donne un teint splendide à la peau et la rose une petite touche de fraîcheur qui ressort clairement de la rencontre avec le vin et les herbes du vermouth ainsi que les notes orangées des bitters. Avec un poil plus d'épices, on se croirait presque à l'ombre des jardins de l'Alhambra un jour de mai. Les épices, c'est la spécialité de 209 avec sa forte présence de cardamone. Curieusement, elle se remarque moins qu'au premier tour, peut-être parce que le contraste, le duel est cette fois-ci différent. Par ailleurs, le genévrier est plus présent que chez Hendrick's mais le Martini est moins classique. Comme quoi, ce n'est pas juste la domination du genévrier qui détermine le profil général du gin. Hendrick's plus classique? Si on me l'avait dit avant de commencer... En vérité, 209 et Hendrick's nous donnent un superbe Martini mais c'est ce dernier qui passe. No hard feelings, j'espère: c'était un véritable combat de gentlemen.

* Whitley Neill vs. Junipero

Enfin, la dernière confrontation. Les deux adversaires étaient passés assez facilement, ce clash s'annonçait de titans. La confirmation dans les verres. La subtilité de Whitley Neill vs. le bulldozer Junipero. Cette description est caricaturale. Oui, Whitley Neill est plus facile, plus parfumé avec une plus forte présence des agrumes. Oui, Junipero est plus fort, plus méchant, plus agressif (pensez, il monte à 49,5°), plus gin. Mais le premier n'est pas une mauviette et le second n'est pas un vrai macho. Beaucoup de faux airs pour de vrais gins. Au bout du compte, je m'incline du côté Junipero Martini parce que quand vous le buvez vous vous dites "c'est à ça que doit ressemble un Martini". Et puis, ses épices piquent ce qu'il faut...

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Un round vraiment difficile. Certaines décisions auraient pu tombé de l'autre côté un jour d'autre humeur. Les matchs gagnés par Martin Miller, Hendrick's et Junipero étaient particulièrement difficiles. J'ai sauvé Sipsmith pour avoir une plus grande variété au prochain tour. Les demis s'annoncent intéressantes, si vous me permettez d'en juger moi-même. Et cette fois-ci, pas de passe-droit. Tu perds? Six pieds sous terre. Au programme donc:

Tanqueray Ten vs. Hendrick's Citadelle vs. Sipsmith Martin Miller vs.  Junipero

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Martini Corral: Round 1, part 1

Je vous l’annonçais il y a une semaine, voici la première partie du premier round d’élimination du Martini Corral… Pour rappel, il s’agit de comparer deux gins dans un Martini sur base d’une recette fixe et de désigner ensuite un vainqueur qui passera au tour suivant. Notez cependant que si on se la joue football, mes décisions sont aussi arbitraires que celles du Comité Exécutif de la FIFA à l’heure de choisir le pays qui accueillera la prochaine coupe du monde. En clair : si un des gins vainqueurs me semble trop faible ou un perdant trop bon, il est tout à fait possible que j’en élimine un pour repêcher l’autre. Par ailleurs, 18 gins entrant dans la compétition, il est fort probable qu’il faudra à un moment prendre une décision régalienne afin de parvenir à deux finalistes. Tremblez, mortels.

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L’introduction.

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La seconde partie du premier round suivra la semaine prochaine.

La recette fixe : 4 parts de gin pour 1 part de Noilly Prat sec et un trait de bitters d’orange ; remuer dans un verre à mélange ; servir dans un verre à cocktail ; garnir d’une olive.

Il ne s’agit pas de juger la qualité des gins. Un mauvais résultat indique seulement qu’à mon sens, ce gin n’est pas adapté pour un Martini ou en tout cas pas dans ces proportions-là. Seul, dans d’autres cocktails ou en G&T ? Il fonctionnera sans doute mieux.

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Tanqueray  vs. Plymouth

Le premier duel oppose des gins à la réputation bien établie, de vrais classiques à prix accessibles. Si le Tanqueray est un London Dry tout ce qu’il y a de plus classique, son concurrent du jour relève d’une autre catégorie : le Plymouth est le seul gin a bénéficié d’une appellation d’origine contrôlée (…Plymouth). Un Plymouth ne peut-être fabriqué qu’à Plymouth et ce Plymouth est produit par la seule distillerie de gin de Plymouth. Il convient aussi de préciser que selon les règles établies par l’UE pour pouvoir utiliser l’appellation (non géographique) London Dry, Plymouth pourrait aussi s’en revendiquer. Vous suivez ?  Pas grave. Retenez juste que le genévrier domine moins dans le Plymouth que dans les London Dry. Il est aussi plus sucré, mais moins que l’Old Tom (on y viendra). Bref : les duellistes entrent en lice ; passons aux choses sérieuses. Même si l’impression est sans doute accentuée par la plus grande douceur du Plymouth : le final du Tanqueray Martini est amer. C’est à peu près la seule chose que je puisse en dire : rien de remarquable ne se passe ni au nez ni en bouche. Ce n’est pas mal et on pourrait même s’en contenter les jours de pénuries. Malheureusement, le Plymouth Martini est là, il est plus harmonieux, plus équilibré, il nous donne l’impression qu’on peut y découvrir des choses. Et son final, nettement plus agréable nous fait conclure : ouch, que le combat a été bref. Sans se forcer, Plymouth terrasse Tanqueray. Le vainqueur aura économisé des forces en vue du prochain duel.

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Aviation vs. G’Vine

Un monde différent s’ouvre à nous… D’une lutte à mort traditionnaliste nous passons à un combat entre petits nouveaux radicaux aux airs si jolis qu’on se demande s’ils sont vraiment faits pour ça. Pas de London Dry ici… Des gins où le genévrier est presque en retrait par rapports aux autres aromates. Le G’Vine (qui vient de la région de Cognac) est en plus distillé à partir d’un alcool de raisin plutôt que d’un alcool de grain. Certains ne le considèrent pas comme un véritable gin. L’Aviation est un de mes gins préférés en Gin Tonic et dans certains cocktails. Parfois en tout cas, parce que la lavande utilisée à la distillation me fatigue de temps à autres. Quoi qu’on pense du positionnement exact de ces deux gins atypiques, il s’agit indubitablement de deux excellents produits. Et donc ? L’impression olfactive est bien plus forte que lors du premier match, ce qui n’étonnera personne étant donné le profil très parfumé de nos deux camarades avides de qualification. Dans le G’Vine Martini, c’est vraiment l’odeur du gin qui domine sans partage tandis que l’Aviation Martini nous offre un mélange intéressant entre vermouth et gin. En bouche, le G’Vine,  tel un enfant pétulant, se montre peu disposé à partager ses jouets avec le vermouth. Pas de mariage si ce n’est avec le bitter et le goût laissé en bouche est plutôt désagréable. L’Aviation se rapproche un peu plus du Martini traditionnel et implique plus le vermouth. Étrangement, d’une gorgée à l’autre, les impressions changent radicalement. La longueur en bouche est appréciable mais l’ensemble n’est pas très harmonieux Au final, c’est une boucherie. Horrible. Ils venaient parfumés, talqués, propres sur eux mais ne savaient pas se servir de leurs armes. Il y a du sang partout et seul le cœur de l’Aviation palpite encore. On ne peut même pas garantir qu’il sera en état de participer au prochain tour.

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Martin Miller’s vs. Martin Miller’s Westbourne Strength

Disons le tout de suite : Martin Miller, c’est mon gin préféré du MONDE ENTIER. Exceptionnel en gin tonics et en cocktail, je savais aussi qu’il faisait un très bon martini. Mais lequel des deux frères allait l’emporter ? Ils sont presque jumeaux, vous savez… Il s’agit en fait du même gin, mais le premier fait 40% tandis que le second fait 45,2%. Ce sont des London Dry qui essaient de se détacher des autres en signalant que les agrumes sont distillés à part des autres aromates et que l’eau utilisée est islandaise – « la plus pure du monde ». On ne va pas faire longue : la véritable différence entre MM Martini et MMWS Martini c’est qu’en n’augmentant pas la dilution, le second est plus fort. Pour le reste, dans les deux cas, les agrumes se font remarquer et les herbes du vermouth ressortent bien ; très belle harmonie, final long et plaisant. On a ici un (deux ?) très sérieux candidat à la victoire. Puisqu’il faut choisir, j’opte pour le Martin Miller’s 40%.

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Tanqueray Rangpur vs. Hendrick’s

Le second (des trois) produits Tanqueray en compétition, Rangpur n’est normalement disponible que dans très peu de pays. J’ai mis la main dessus dans un magasin madrilène qui en avait importé quelques bouteilles. Il tient son nom d’un agrume qui ressemble à la mandarine mais à un goût acide qui le rapproche du citron. Hendrick’s, quant à lui, est probablement le plus célèbre des nouveaux gins, autant grâce à son image excentrique qu’à sa saveur assez différente (concombre et pétales de rose à la distillation). Un très beau gin, défendu internationalement par le Français Xavier Padovani. Encore une fois, le combat est bref. Si le Rangpur fait un très beau G&T, on ne peut pas en dire autant d’un Martini. Les agrumes dominent évidemment au nez et en bouche, le Rangpur Martini se transforme un peu trop vite en une espèce de limonade ginifiée avec une touche de vermouth. Ce n’est pas désagréable (sauf peut-être le final), mais ce n’est certainement pas un Martini. Hendrick’s s’était présenté au combat muni de ses meilleurs armes et voilà que son adversaire s’écroule sous se yeux avant même de commencer. Mais même sans cette crise cardiaque inattendue du sieur Rangpur, Hendrick’s aurait gagné ; l’excentricité de l’image ne change rien à la seule vérité qui compte : c’est un superbe gin, qui s’adapte fort bien aux circonstances. Au nez, il était évidemment plus traditionnel que le Rangpur mais apportait un petit quelque chose, un charme indéfinissable (parce que mon organe reniflant n’est pas le meilleur) qui fait toute la différence. L’Hendrick’s Martini est équilibré, très agréable et serait même classique si les notes de concombre ne venaient pas faire copain-copain avec le vermouth d’une manière des plus touchantes.

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Je vous rendrai compte des cinq prochains combats la semaine prochaine. Si, pour cette première partie, certains résultats étaient donnés à l’avance (genre France-Mexique. Ah non… merde…), je m’attends à de grosses surprises.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Chartreuse: Rubicon et Beuser & Angus Special

Même le plus enragé des athées de combat devrait reconnaitre que la vie en monastère, abbaye, couvent a du bon : bières d’abbaye, trappistes et un nombre incalculable de liqueurs y virent le jour. Il fallait bien rendre la vie plus douce… Une des plus célèbre bibines religieusement ordonnées est sans aucun doute la chartreuses, produite par – qui l’eut cru – les moines chartreux. Fondé en 1084 dans le massif de… la Chartreuse en Isère, l’ordre détiendrait depuis 1605 (selon l’omniscient wiki) un « mystérieux » manuscrit cédé par le maréchal d’Estrées où figure la formule d’un Elixir de longue vie. De cet Elixir – toujours produit aujourd’hui (Elixir végétal de la Grande Chartreuses) –, ils auraient dérivé le digestif que tout le monde connait. Les moines chartreux ont connu quelques difficultés : la révolution française, évidemment, et puis une interdiction en 1903 qui les force à s’installer à Tarragone, en Espagne, où ils reprennent la distillation tandis que l’État français essaie tant bien que mal de mettre en route un projet concurrent. Après la seconde guerre mondiale, les chartreux reviennent en France et, en 1989, cessent de distiller à Tarragone. La production est aujourd’hui confiée à une entreprise laïque installée à Voiron.

Il y a de nos jours deux types de chartreuse : la verte (commercialisée en 1764) et la jaune (en 1838). Selon notre ami Charles H. Baker Jr., la verte est plus forte, plus relevée alors que la jaune, plus légère,  est plus aromatique. Disons surtout que la verte est plus médicinale et que la jaune est une bonne alternative pour ceux qui n’aiment pas trop les liqueurs à base d’herbes. Il s’agit d’un ingrédient essentiel des cocktails classiques. Baker recommande d’ailleurs de faire « flotter »  sur de nombreux cocktails le contenu d’une cuillère de chartreuse jaune. Je ne suis pas certain qu’il s’agisse d’une très bonne idée. Par contre, les recettes qui exigent réellement une goutte ou plus de chartreuse sont souvent excellentes : le Last Word est un superbe exemple.

Je vous raconte tout ça simplement parce que je me suis rendu ce vendredi au Belmondo, un bar madrilène qui, à peine lancé, est déjà en train de ses construire une très belle réputation, et que j’ai pu y essayer un excellent cocktail mettant fort bien en évidence les caractéristiques de la chartreuse verte. Je n’ai pas pu voir comment il était préparé – il y avait beaucoup de monde – mais on m’a laissé entendre qu’il s’agissait d’une variation sur le Rubicon, une création du mixologiste canadien Jamie Boudreau.

* Un brin de romarin * ½ oz de Chartreuse verte * 2 oz Gin (Plymouth ) *  ½ oz de Maraschino * ½ oz de jus de citron

Placer le romarin dans le fond d’un verre type old-fashioned, ajouter la chartreuse et laisser reposer. Dans un shaker rempli de glaçons, mettre le reste des ingrédients. Agiter une dizaine de seconde. Flamber la chartreuse pendant quelques secondes et s’assurer que la chartreuse en flamme entre en contact avec l’entièreté du brin de romarin – ne pas laisser celui-ci brûler. Verser le contenu du shaker dans le verre – la flamme va s’éteindre et une fumée blanche se dégager. Ajouter de la glace pilée. Garnir avec du romarin.

L’idée de Boudreau en flambant la chartreuse est de diminuer l’impact de l’alcool et de permettre aux saveurs herbacées de se faire un peu plus remarquer. En cuisant, le romarin dégage aussi plus d’arômes.

La version bricolée à la maison était fort bonne mais prouve la différence avec la version des pros : je n’ai sans doute pas assez « cuit » le romarin qui ressortait donc trop peu. Ceci mis à part, la combinaison maraschino / chartreuse est toujours gagnante et le gin Plymouth est assez robuste pour s’imposer quand même et se faire remarquer – si vous n’avez pas de Plymouth, un London Dry aux fortes notes de genévrier conviendra parfaitement. Le Rubicon est vraiment un beau cocktail, aromatique, herbacé et rafraichissant. Et si c’est un vrai pro qui vous le prépare : encore mieux.

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Ma rencontre avec le Rubicon m’a rappelé un autre cocktail, créé par Gonçalo de Sousa Monteiro : le Beuser & Angus Special. Il s’agit d’un Chartreuse sour où la liqueur verte de nos amis les moines rencontre encore une fois le maraschino. Mais cette fois-ci, pas de gin : c’est la chartreuse qui règne en maître.

* 50 ml de Chartreuse verte * 20 ml de jus de citron vert * 15 ml de Maraschino * ½ cuillère à bar de sucre * le blanc d’un œuf

Placer tous les ingrédients dans un shaker et agiter fort. Remplir de glaçons et agiter fort. Verser dans un verre type old-fashioned rempli de glace pilée. Ajouter cinq traits d’eau de fleur d’oranger.

Pas doute : c’est une véritable fête à la chartreuse. Avec 5 cl, c’est évident qu’elle va dominer. Ceci dit, il se passe d’autres choses dans notre verre : le Maraschino joue au parfait petit-ami de la chartreuse ; le citron vert calme un peu les ardeurs du (plus trop) jeune couple ; le blanc d’œuf donne à l’ensemble un blanc plus tout à fait virginal (pensez jade très, très clair). Jay Hepburn, chez qui nous avons piqué la recette, concluait de la sorte « special indeed ». Indeed. Le seul pinaillage – et il est sans doute imputable à mon dosage ou aux propriétés du produit que j’ai utilisé –, c’est que l’eau de fleur d’oranger  donne certes du parfum lorsque le nez s’approche du verre mais, au final, a des difficultés à se faire remarquer lorsque vous ingérez la potion…

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.