Powered by Morgan&Men SEO Consulting - Widget

Vermouth doux

Des noix: Joan Blondell Cocktail

MxMo_logo

Bottoms Up participe parfois à ce petit exercice en réseau qu’est le Mixology Monday. Le thème de ce mois-ci a attiré mon attention : Aw, Nuts ! Non pas que je sois un émule du général McAuliffe, mais plutôt car, lors d’un petit séjour italien le mois passé, je me suis procuré une bouteille de Padre Peppe, une liqueur de noix venue des Pouilles, dont je ne savais encore trop que faire.

Il se trouve par ailleurs que je planche pour le moment sur une matinée de formation cocktails cubains pour le Bar Master organisé par la chambre de commerce de Madrid et qu'une recette avait attiré mon attention : le Joan Blondell Cocktail. Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups et utiliser un peu de Padre Peppe à la place de la Bénédictine (ne me demandez pas pourquoi) ?

Miss Joan Blondell, 1932

Miss Joan Blondell, 1932

La recette historique de ce cocktail très peu connu n’est pas particulièrement cubaine : 2 parts de gin, 1 part de vermouth doux, 1 part de Bénédictine, 2 traits d’absinthe, 2 traits d’Angostura. J’ai d’ailleurs d’abord pensé que ce cocktail devait être américain. Oui mais voilà : j’ai n’ai pas pu trouver une recette plus vieille que celle qui figure dans la brochure du Sloppy Joe’s de la saison 1932-1933. Et un journal américain fait même une brève en mars 1933 sur cette nouvelle création cubaine. Il faut savoir que José Abeal, patron de ce bar légendaire, avait un temps travaillé à La Nouvelle-Orléans avant de s’installer à La Havane – voilà qui pourrait expliquer la présence de Bénédictine dans une recette aux airs décidément pré-prohibition.

En tout cas, fin 1932, la merveilleuse Joan Blondell est depuis deux ans à Hollywood et est déjà une star grâce à ‘The Public Enemy’ et ‘Blonde Crazy’. 1933 allait être une année fantastique pour elle, avec le premier épisode de la série des ‘Gold Diggers’ ou encore ‘Footlight Parade’. C'est aussi en 33 qu'elle est à l'affiche de ‘Havana Widows’, un film assez provocateur où elle joue une jeune femme qui va à Cuba pour séduire de riches américains – le film a été tourné en studio à Holywood, on ne peut malheureusement donc pas penser que José Abeal aurait inventé le cocktail pour célébrer le tournage…

Le Joan Blondell n’est pas un cocktail assez marquant ou original pour être vu comme un classique oublié. Mais pour ceux qui aiment les drinks type âge d’or américain avec en plus un petit côté sucré, c’est à essayer. Avec le Padre Peppe (vous pouvez aussi utiliser un nocino maison si vous préférez) à la place de la Bénédictine, on a un cocktail sensiblement plus amer. C’est pour cela autant que pour les quantités de sucre que j’ai préféré diminuer un peu la proportion originelle 2-1-1 en 2-1-1/2.

Joan_Blondell_nocino

* 60 ml de gin
* 30 ml de vermouth doux
* 15 ml de nocino
* 2 traits d’Angostura
* 2 traits d’absinthe
Verser tous les ingrédients dans un verre à mélange, remplir de glaçons et mélanger. Filtrer dans un verre à cocktail et garnir avec un twist de citron.

For the benefit of our international, MxMo readership : I decided, for no other reason that it sounded like a good idea, to take the Joan Blondell Cocktail, a long forgotten drink apparently created at Sloppy Joe’s in Havana in late 1932, and use nocino instead of the original Bénédictine. The rest of the ingredients are gin, sweet vermouth, absinthe and Angostura – a very pre-prohibition sort of cocktail, but let’s not forget that José Abeal, the owner of Sloppy Joe’s, had worked in New Orleans prior to 1919.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



L'heure du vermouth premium?

Premiumiser : prendre un produit, le ré-inventer avec des ingrédients de meilleure qualité ou plus exclusifs, le vendre dans un joli flacon et raconter une belle histoire inventée dans une agence de comm’. (Ou, parfois, se contenter du nouveau flacon et de l’histoire d’agence). Une stratégie qui paie, comme on a pu le voir notamment dans le monde de la vodka puis dans celui du gin. Il semblerait que le tour du vermouth soit venu. On peut même enlever le conditionnel : quand un géant comme Martini lance, pour son anniversaire, le Lusso, c’est que la tendance est bel et bien réelle.

La question qui se pose est tout de même : est-ce que ça va marcher ? Pour que la vodka devienne glamour il fallait la rendre premium. Pour obtenir le même résultat avec le gin, il fallait réinventer le Gin & Tonic. Et le vermouth ? Jusqu’ici, le seul storytelling semble être de présenter le nouveau produit comme étant élaboré ‘à l’ancienne’. Pourquoi payer dix euros en plus ? Parce que c’est plus authentique (« c’est une recette du grand-père, retrouvée dans la malle à chaussettes trouées »). Sauf que quand, en face, on a, à très bon prix, des vermouths de la qualité de Noilly Prat, Dolin ou Punt e Mes, il n’est pas sûr que l’argument s’avère toujours convaincant.

Autre obstacle : changer le mode de consommation. Pour le G&T, il ‘suffisait’ de convaincre le consommateur d’upgrader. La boisson était commune, populaire (évidemment, l’upgrade a tellement bien pris que même les rétifs s’y mettent, mais j’arguerais qu’il s’agit d’une conséquence inattendue). Or, si on nous chante sur tous les tons que le vermouth se boit seul dans le sud de l’Europe, on a quand même affaire à un phénomène extrêmement limité dont la popularité est largement déterminée par le côté bon marché du liquide. On attend toujours le premier bar à vermouth chic, aux prix chocs et aux verres tocs.

On me rétorquera qu’il faut prendre en compte le volume : les vermouths premium n’ont pas besoin (et n’ont de toute façon pas la capacité de production) de vendre autant qu’un gin. Il s’agit de pousser un certain type de consommateur à le déguster seul et de convaincre les bons bars à cocktails de s’en servir. C’est sans aucun doute vrai, même si faire de l’ingrédient meilleur marché d’un Manhattan le plus cher n’est pas sans risque.

Vous l’aurez compris : j’ai quelques doutes quant à un succès durable et répandu de cette tendance de niche. Ce qui ne m’empêche pas de me réjouir de l’apparition du Vermouth del Professore ou de Cocchi sur nos marchés. L’important, c’est que le vermouth insipide batte en retraite…

Pourquoi parler de tout ça ? Parce que ces questions me taraudaient lorsque je me suis rendu à la présentation madrilène de La Quintinye, un nouveau vermouth français, et que j’y ai trouvé, si pas des réponses, au moins quelques pistes.

La Quintinye Vermouth Royal, décliné, comme il se doit aujourd’hui, en Extra Dry, Blanc et Rouge est une création de Jean-Sébastien Robicquet, l’homme derrière les success stories Ciroc et G’Vine. Effectué en grande pompe, le très attendu lancement officiel a attiré de nombreux pros à Londres, Paris, Madrid et Barcelone, venus découvrir le produit et écouter Philip Duff, Gaz Regan ou encore Jamie Walker, noms qui comptent dans le milieu. Le packaging est réussi, le storytelling aussi – Jean-Baptiste La Quintinye était le botaniste du Roi Soleil. Mais encore ?

La première piste que nous donnent Robicquet et La Quintinye, c’est qu’ils ne la jouent pas ‘recette ancienne’. Les premiers gins premium à avoir fait la différence n’étaient pas ceux qui se présentaient comme ‘Gordon mais en mieux’, mais bien ceux qui disaient ‘du gin, mais différent’. Avec Hendrick’s ou Martin Miller, G’Vine avait cassé les codes. La Quintinye aussi. Traditionnellement, le vermouth est fabriqué à base de vin blanc (le rouge est coloré avec du caramel). La touche différente de La Quintinye est l’utilisation de Pineau des Charentes (comme pour le Pineau, la couleur du vermouth rouge est donc naturelle). De quoi attirer le chaland, éveiller sa curiosité, lui présenter quelque chose qu’il n’a jamais vu, quelque chose d’unique.

La seconde piste, on la retrouve en bouche. Si, législation européenne oblige, il faut respecter certains critères pour les trois catégories de produit, le moins qu’on puisse dire est que chaque version de La Quintinye est sui generis. Le rouge ne ressemble pas à un vermouth de Turin, le blanc a peu de chose en commun avec un Chambéry. L’Extra Dry dans un Martini un peu wet risque de choquer ; vous n’allez pas non plus pouvoir vous servir du blanc pour un Presidente authentique. Alors que jusqu’ici le vermouth premium se présentait comme du vieux amélioré que l’on pouvait utiliser dans n’importe quel classique, La Quintinye vise à surprendre et fait appel à la créativité du bartender. C’est un choix risqué – tout le monde ne sera pas à la hauteur – mais qui peut être payant : titiller le bartender avec un petit challenge, ça marche, pour autant que sa clientèle soit prête à le suivre.

Pour que le pari soit gagné, il faut donc que le bartender soit créatif et libre d’essayer (tous les établissements ne permettent pas à leurs employés de choisir le produit qu’ils utiliseront dans tel ou tel cocktail), que le client soit ouvert à la nouveauté et n’ait pas d’objection à dépenser plus. Autrement dit, les perspectives sont meilleures au Royaume-Uni qu’en Espagne.

Au-delà des préférences personnelles – je ne cache pas ne pas être amateur de l’Extra Dry, par exemple – et pour autant que l’on ait l’esprit ouvert, La Quintinye Vermouth Royal est sans doute le premier exemple de véritable innovation dans la catégorie vermouth premium. Robicquet et ses équipes ont, une fois de plus, pris tout le monde à contre-pied pour proposer quelque chose de surprenant. L’avenir nous dira si le succès sera encore au rendez-vous, mais pour un début, ce n’est déjà pas mal.

*

En bonus, après autant de parlote, la recette du Monsieur Negroni, proposé par l’ami Luca Anastasio lors du lancement madrilène de La Quintinye :

* 30 ml cognac VSOP * 30 ml Campari * 30 ml La Quintinye Vermouth Royal rouge * 3-4 traits de bitters de chocolat Préparer dans un verre old-fashioned rempli de glaçons. Mélanger pour refroidir. Garnir de la noix de muscade râpée, un twist d’orange et un morceau de chocolat noir 90% (assez long et fin pour touiller à son aise).

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Mauvais livre, bonne recette? Le New-Fashioned

Même si seuls quelques-uns se font remarquer, un nombre considérable de nouveaux livres cocktails paraissent chaque année. Règle générale, règle de bon sens : si personne n’en parle, c’est probablement qu’il y a une bonne raison. Mais je ne peux m’empêcher de me pencher sur le sort de ces bouquins abandonnés dans les glaciaux hangars d’Amazon. Qui a entendu parler du World’s Best Cocktails de Tom Sandham, publié en octobre 2012, par exemple ? On y trouvera de nombreuses informations erronées, c’est certain. Mais c’est un ouvrage d’excellente tenue qui propose 500 recettes dont un grand nombre proviennent des meilleurs barmen du moment, interviewés pour l’occasion. Un intéressant cliché de l’époque.

Il y a par contre d’autres titres, comment dire… Je regardais l’autre jour un livre qui proposait des cocktails d’apothicaire, c’est-à-dire préparés, comme à la grande époque où la médecine était peu fiable, pour vous soigner. Ceux qui ouvrent l’appétit, qui éliminent votre mal de tête, qui aident à digérer, à se calmer, à dormir, etc. Petit malaise : le ton de l’auteur nous conduit à penser qu’il croit vraiment son boniment d’herboriste new age. Heureusement, son éditeur nous prévient quand même à la fin qu’il ne s’agit pas de nous faire croire que… ça marche. Et comme les recettes ne sont pas particulièrement attirantes, on passera donc son chemin.

Ce n'est pas drôle, Al.

Dans un tout autre style, je lisais ce matin The Old Fashioned : An Essential Guide to the Original Whiskey Cocktail. Publié par une maison d’édition universitaire, on s’attendait à quelque chose de sérieux mais le livre de Albert W.A. Schmid, un chef, est tout simplement embarrassant. Ce n’est pas tant que l’histoire racontée est très courte (c’est une triste tendance que de vouloir présenter une histoire d’un cocktail ou d’un ingrédient et de n’y consacrer que 20% du volume). C’est tout simplement que Schmid n’a fait que compiler quelques informations disparates qu’il s’est avéré incapable d’analyser et de mettre en perspective. Non seulement on n’y apprend rien, mais en plus il perpétue des mythes et en invente même de nouveaux (le Old-Fashioned, prédécesseur du Mint Julep). On a l’impression de lire un amateur, qui, armé de quelques livres, a décidé de résumer ce qu’ils disaient sur le Old-Fashioned. Incompréhensible qu’une vraie maison d’édition soit derrière ce projet. Un autre livre sur le même thème sortira au printemps prochain. Il sera de la plume de Robert Simonson, correspondant bibine du New York Times ; on s’attend donc à quelque chose d’autrement sérieux.

Mais même un mauvais livre peut parfois donner quelque chose de bon et Schmid réussi à nous intéresser en proposant une (oui, une seule) recette de twist de Old-Fashioned, le New-Fashioned de Xavier Herit, créé au restaurant Daniel, de Daniel Boulud.

l

* 60 ml de rye (100 proof de préférence) * 30 ml de vermouth (Punt e Mes suggéré) * 10 ml de sirop d’érable * 8 gouttes de bitters de pèche * 4 gouttes de bitters Peychaud’s Préparer sur glace au verre à mélange, servir dans un verre à Old-Fashioned sur ice-ball et garnir avec un zeste d’orange et un zeste de citron.

Oui, un Manhattan on the rocks rencontre un Old Fashioned. Nait un New-Fashioned. Le nom n’est pas génial, mais le cocktail est bon. Bien meilleur que le livre dont je le tire.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Modérez-vous: quelques cocktails au vermouth

Les Semaines de l’Excès approchent à très grands pas. Et à l’ère néo-puritaine dans laquelle nous sommes plongés, n’ayez aucun doute : l’excès, c’est le Mal. Loin donc le poète visionnaire qui affirmait sans un instant de doute que « La route de l’excès mène au palais de la sagesse ».  Ne buvez pas trop, mesdames et messieurs. Et ne pas boire du tout, ce serait encore mieux ! Mais comme l’humain est imparfait, une petite suggestion : buvez des cocktails au vermouth, des choses bien légères, des apéritifs parfaits, qui ne fatigueront pas votre palais. La modération, en tout. Profitez-en : même elle deviendra suspecte d’ici peu.

Diplomat Cocktail

Quoi de plus modéré qu’un diplomate, payé pour ne jamais l’ouvrir quand il ne faut pas ? Robert Vermeire, en 1922, nous présentait ce cocktail comme un classique des « services diplomatiques ». Traditionnellement préparé à parts égales de vermouth doux et sec, j’ai décidé de vous présenter la version des artistes d’Attaboy à New York. Ils renient l’équidistance des grands diplomates pour privilégier l’équilibre gustatif.

IMG_2396

* 45 ml de vermouth sec * 30 ml de vermouth doux * 20 ml de maraschino * 2 traits de bitters d’orange Verre à mélange, servir ‘up’ dans verre à cocktail, twist de citron.

15% d’alcool. Guère plus qu’un vin. Et le vin c’est nature, donc encore acceptable.

Django Reinhardt

Création d’Erick Castro, pionnier San Franciscain aujourd’hui installé au Polite Provisions de San Diego. Le Django Reinhardt tient du cobbler, boisson la plus populaire du XIXe siècle. Avertissement : l’orange, le citron et le sucre rendent ce mélange particulièrement facile à boire. Cette boisson modérée et tempérée vous entrainera peut-être donc sur la pente dangereuse de l’immodération qui aboutit à l’alcoolisme. Gageons qu’elle sera interdite avant le Diplomat.

IMG_2399

* 90 ml de vermouth sec * 25 ml de jus de citron * 25 ml de sirop simple * 2 tranches d’orange fraiche Au pilon, pressez tendrement l’orange dans le fond du shaker. Ajoutez les autres ingrédients et la glace puis agitez. Servir sur glace fraîche dans un verre type Old-Fashioned, et garnir d’un petit bout d’orange.

8% d’alcool. Moins que du vin. Comme une bonne bière d’abbaye. Mais les moines sont des pochtrons. Attention, donc.

Fifty / Fifty Martini

Si vraiment vous êtes fatigués de la modération mais voulez faire semblant, c’est très simple : dites à vos amis que vous allez vous faire un Martini. Ne détrompez pas ceux qui pensent à la marque. Par contre, ceux qui vous regardent horrifiés de vous imaginer ingurgiter 9 cl de gin pur (le diaaaaaable !), dites-leur que, vous non plus, vous n’aimez pas ces excès antihygiéniques et que vous allez préparer un Martini hyper léger avec plein de bon vin aromatisé (n’utilisez pas le mot ‘fortifié’, c’est immodéré). Et donc le Martini presque originel, remis à la mode par Audrey Saunders sous le nom de Fifty / Fifity.

IMG_2405

* 45 ml de gin * 45 ml de vermouth sec * 2 traits de bitters d’orange Verre à mélange, servir ‘up’ dans verre à cocktail, twist de citron.

22% d’alcool. Plus que nos deux autres recettes mais, n’oubliez pas de le rappeler, bien moins qu’un Martini bien sec et ses 29%. L’important, c’est de bien faire comprendre à vos amis puritains que vous vous êtes retenu.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Ton Manhattan au céleri: le Fourth Regiment

Pour tout dire, je n'ai rien à vous proposer. C'est la traversée du désert: cela fait plusieurs semaines que je n'ai pas découvert de recette intéressante (aidez-moi!) ni ne suis tombé sur un sujet potentiellement polémique (provoquez-moi!). Je passe trop de temps à lire des bouquins sur les bars et saloons du XVIIIe et XIXe (saviez-vous que dans le Tombstone d'OK Corral, Wyatt Earp buvait peut-être plus de Whiskey Smash que de whiskey tout sec?) pour amasser de la matière bloggable. Heureusement, dans ces cas-là, il suffit parfois de jeter un œil sur les brouillons sauvés il y a longtemps et jamais proposés. Le souci, dans ce cas, c'est que le cocktail en question a été présenté par Jamie Boudreau il y a une grosse semaine et que c'est sans doute old news pour vous tous, petits nerds du cock-tail en ligne. Le Fourth Regiment, donc, essayé en novembre 2011 et parfait pour novembre 2013.

 
(c) www.bottles.com
(c) www.bottles.com
 

Si l'on ne se penche que sur les livres connus, le Fourth Regiment vient du Drinks de Jacques Straub (1914) et se présente comme un Manhattan à parts égales avec Angostura, Orange Bitters et... Celery Bitters plus un twist de citron. Le grand Charles H. Baker Jr., en 1939, nous ressort la même recette, qu'il tient d'un officier anglais stationné à Bombay en 1931 (sexy, la vie de Charles). Une seule différence: le twist est cette fois-ci de citron vert. Le fin observateur se dira deux choses: 1) renommer un cocktail qui est essentiellement un Manhattan et 2) préparer un Manhattan aussi wet, ça fait à peine 1914, pas vraiment 1931 et encore moins 1939. Ce cocktail doit donc être bien plus vieux. Miracle, si vous êtes ce fin observateur, vous aurez raison! L'autre pape (ou, dans son cas, papy) du video cocktail, le très Microsoft Robert Hess nous informe en effet qu'il a trouvé ce cocktail dans une brochure des plus confidentielles appelé Mixed Drinks from the Private Records of a Bartender of the Olden Days. Selon lui, l'auteur du volume était barman vers 1889, époque où, effectivement, le Manhattan n'était pas encore congelé dans sa formule 'deux parts de whiskey pour une part de vermouth' et où le moindre changement d'ingrédient voire de proportion imposait un changement de nom. On aurait donc un cocktail 25 ans plus vieux que ce que l'on pourrait croire en se basant sur la 'bibliographie' officielle. Différence de taille entre les recettes, celle trouvée par Robert Hess nous propose des bitters Peychaud's plutôt que de l'Angostura (Straub avait sans doute une préférence pour ces derniers bitters car même son Sazerac -- ou 'Zazarac' -- fait l'impasse sur les Peychaud's). Optons pour le Peychaud's, non pas parce que ce serait 'historiquement correct' mais bien car c'est ça et les bitters de céleri qui nous entraînent sur de délicieux chemins éloignés d'un 'simple' Manhattan.

4thregiment.jpg

* 45 ml de rye * 45 ml de vermouth doux * 1 trait de Peychaud's * 1 trait d'Orange Bitters * 1 trait de Celery Bitters Au verre à mélange, servir 'up' dans une verre à cocktail, garnir d'un twist de citron

Tout ceci est assez splendide, surtout cette note salée apportée par le céleri, même si on n'atteint pas la perfection formelle et gustative d'un vrai Manhattan. Vous souvenez-vous que Charles H. Baker Jr. nous parlait, très curieusement, d'un twist de citron vert? Une idée, piquée je ne sais plus où, pour donner plus de fraîcheur à votre Fourth Regiment: un zeste de citron dans le verre à mélange et puis un zeste de citron vert comme garnish. Tout ceci est très beau, les amis.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

*

François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.