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Le glouglou du web

Grand Prix Havana Club 2014: Qu'attendez-vous?

On dit qu'il n'est jamais trop tard mais la deadline se rapproche dangereusement: les bartenders français ont jusqu'à demain 31 décembre pour s'inscrire à la sélection française du dixième Grand Prix Havana Club qui aura lieu à La Havane la première semaine de juin. Il y a de plus en plus de compétitions de prestige qui essayent d'intéresser les mixologues novices et confirmés et il est évident qu'on ne peut pas participer à tout ce qui se présente. Pourquoi donc le Grand Prix? Pas compliqué, que diable!

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1) Au niveau français, le jury est présidé par Julien Escot et rassemble une série de poids lourds: Carina Soto Velasquez, Fernando Castellon, Leonardo Leuci et Maxime Hoerth. Même si vous n'obtenez pas le ticket vers Cuba, vous ne pouvez qu'apprendre d'eux. 2) C'est une compétition cubaine organisée à Cuba, berceau d'une des plus belles traditions cocktail, celle des cantineros (à mon sens, la plus belle après celle des Etats-Unis de la fin du XIXe). 3) Cette année, le mot d'ordre sera 'rencontre'. Tout sera organisé pour partager l'expérience quotidienne et le savoir des cantineros locaux. Ce sera dur, mais ce sera une expérience exceptionnelle. 4) Vous y rencontrerez la fine fleur du cocktail mondial et assisterez à des séminaires de première catégorie. 5) En dehors de la compétition, c'est presque une semaine à découvrir des endroits mythiques: Floridita, Sloppy Joe's, Hotel Nacional et même le seul Trader Vic des années 50 toujours en état.

Vous êtes à deux recettes près d'un voyage à Cuba. Faudrait pas louper ça.

J'y étais il y a deux ans, j'espère bien en être encore cette fois-ci (une raison de plus pour que vous participiez!). C'est une semaine inoubliable qui vous attend. Et si vous cherchez encore une inspiration de dernière minute, faites un tour sur Havana Cocteles, où vous trouverez, dans les vieux classiques dont nous parlons souvent, quelques belles idées.

Inscrivez-vous, réinscrivez-vous qu'ils disaient? Ouais, mais cette fois, c'est a la cubana et il ne faut plus hésiter.

Les inscriptions, c'est ici: Grand Prix Havana Club 2014, France.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Alcool en Belgique: zéro pointé pour Le Soir

J’aurais bien voulu vous parler de l’un ou l’autre cocktail festif, de ceux qui vont égayer vos soirées des semaines à venir et, osera-t-on même le dire, les enrichir en toute modération. J’aurais bien voulu, mais il a fallu qu’à peine levé, en train de faire infuser ma drogue du matin (mon thé, quoi), je sois agressé par ceci, le 11h02 du journal Le Soir d’hier : « Un plan alcool qui manque de moyens et ne convainc personne ».

http://www.dailymotion.com/video/x18i5cf_le-11h02-un-plan-alcool-qui-manque-de-moyens-et-ne-convainc-personne_news

On y cause d’un plan belge rejeté hier en cours de journée par nos ministres et, franchement, ce n’est pas à la gloire du journalisme national (amis français, lisez, ce n’est pas comme s’il n’y avait pas de leçons à en tirer).

Le contexte est le suivant :

En juin dernier, le SPF Santé publique présentait un « Plan alcool 2014-2018 » qui proposait pas moins de 28 mesures, dont l’interdiction de la vente de boissons spiritueuses dans les magasins de nuit, l’interdiction des happy hours, l’instauration d’un prix minimum sur les boissons alcooliques et l’interdiction de la vente d’alcool dans les stations-services, restaurants ou cafétérias le long des autoroutes. Hier, la conférence interministérielle a recalé le plan, pourtant déjà allégé de toutes les mesures ci-dessus. Pierre d’achoppement : les libéraux flamands refusent notamment l’interdiction de vente de bière dans des distributeurs automatiques[1].

Revenons donc à notre vidéo, tournée avant le rejet du plan mais déjà pleine de déception (on s’imagine la gueule de bois ce matin !).

Tout commence avec quelques données. 12% des Belges consomment quotidiennement de l’alcool, 8% de la population présente une surconsommation alcoolique, on boit 11 verres de boisson alcoolisée par semaine en moyenne, 12% des jeunes de 15 à 24 s’adonnent au binge drinking (hyperalcoolisation), « des chiffres interpellant », selon l’intervieweur, qui ajoute que c’est pour cette raison que le gouvernement a mis en place un plan alcool. Contextualisons donc, travail de base du journaliste.

Selon l’Institut Scientifique de Santé Publique, le nombre de consommateur quotidien a augmenté (on est passé de 9 à 12%) entre 2004 et 2008. Mais le fait de boire tous les jours n’est pas problématique en terme de santé : c’est la quantité qui importe. Et là, le chiffre reste stable, à 11 verres par semaine. Or, et ça, on se garde bien de le souligner, l’OMS considère qu’une consommation est risquée au-delà de 14 verres par semaine pour les femmes et  21 pour les hommes. On est donc largement sous ce seuil. 8% de la population surconsomme. Est-ce beaucoup ? Je ne sais pas. Par contre, ce chiffre a diminué (légèrement) entre 2001 et 2008. Par ailleurs, entre 1983, dernière année d’application de la loi Vandervelde qui interdisait, notamment, la vente de spiritueux au-delà de 22° dans les cafés, et 2008, la consommation globale d’alcool pur a diminué de… 20%. La seule donnée difficile à comparer concerne l’hyperalcoolisation[2] fréquente (une fois par semaine ou plus) des jeunes, mesurée pour la première fois en 2008.

 
(c) Hergé, au cas où...
(c) Hergé, au cas où...
 

Autrement dit, des quatre chiffres proposés par l’intervieweur, trois n’ont pas de quoi nous interpeller et deux peuvent même nous réjouir. Mais il n’y a pas que l’interprétation des chiffres qui pose problème. Pour preuve (8 min 25 dans la vidéo), l’intervieweur demande à sa collègue Elodie Globie de définir la notion d’usage nocif de l’alcool. Elle ne sait pas, mais nous dit que ça concerne 8% de la population. L’intervieweur vient à la rescousse de la journaliste embarrassée et donne les chiffres OMS de consommation risquée. Gros souci : ils confondent deux concepts. Celui de risque est chiffré, pas celui de nocivité. En effet, la nocivité est liée à la notion de dommages induits par la consommation en l’absence de dépendance et varie donc d’un individu à un autre. En d’autres termes, l’usage nocif concerne bien moins de 8% de la population…

Au-delà de la connaissance du dossier, ce qui frappe dans cette vidéo c’est qu’un seul nom, une seule source revient en permanence : l’asbl Univers Santé et son directeur Martin De Duve. Pour situer, De Duve voudrait qu’on interdise la publicité pour l’alcool[3]La publicité entrave tout autant notre liberté par sa force contraignante à nous faire surconsommer», nous dit-il, en grand scientifique). En fait, tant sur le domaine de la publicité que dans les comparaisons avec le tabac ou dans le discours sur la catastrophe que représente déjà l’allégement du plan initial, les journalistes du Soir semblent strictement adhérer aux positions de De Duve. Quand Le Soir titre « Un plan alcool (…) qui ne convainc personne », ‘personne’ a donc un nom. Comme si le journalisme était devenu une question de choix de camp (et vous comprenez aisément qu’entre lobby brassicole et santé, le choix est facile pour ceux qui pensent bien).

La consommation d’alcool pose, dans un certain nombre de cas, problème. Notamment chez les jeunes[4]. Les journalistes ont leur rôle à jouer mais pour un débat intelligent, il faudrait éviter de faire le perroquet, bosser un peu plus ses chiffres et connaître son dossier. Une suggestion? Arrêter de considérer que les politiques sur l’alcool ne sont que des questions de santé. Il y a toujours des frictions avec les libertés publiques. Il est grand temps de dépasser le clivage hygiénistes / lobbys de l’alcool et de se demander si le citoyen, en plus de libre, n’est pas aussi responsable[5]. Nous ne sommes plus au XIXe siècle et, globalement, les nouvelles sont encourageantes. Il n'y a donc pas que les buveurs (jeunes ou pas) qui feraient bien de se modérer. D'autant plus que si qui a bu boira, qui a interdit interdira.

*

1.L’Open VLD souhaite une application des règles existantes selon lesquelles ces distributeurs doivent être équipés d’un lecteur de carte d’identité. Ses partenaires ne veulent pas renégocier l’accord.

2.L’hyperalcoolisme, c’est boire 6 verres ou plus en une seule occasion (occasion n’est pas défini : pas de différence entre boire autant en deux heures en sortant de l’école ou de 20h à 4h du mat’ lors d’une longue sortie ?). Pour l’OMS, il y a risque à partir de plus de 4 verres en une seule occasion.

3.La France a déjà essayé, avec la loi Evin en 1991. Selon ses supporteurs, ça marche : diminution de la consommation entre 1991 et 2011 de près de 20% (on est passé de 15,8 litres d’alcool pur par personne et par an à 12,6). Curieusement, si on prend la fourchette 1971-1990, soit les vingt années qui précèdent l’adoption de la loi, nous passons de 20,6 litres à 16 litres, c’est à dire une diminution de plus de 22%. La loi fonctionne ou est-ce le prolongement d’une tendance de longue date ?

4. Même si, c'est étrange, l'ASBL dirigée par De Duve souligne qu'ils ne sont pas vraiment des petits idiots à la merci de la pub des méchantes marques: "Le niveau de connaissance des étudiants quant à l’alcoolisme, ses effets et ses conséquences, est assez élevé et augmente avec l’âge" et "le milieu d’apprentissage serait plutôt le groupe de copains ou l’Université".

5. Depuis janvier 2010, on ne peut plus servir d’alcool de plus de 0,5% d’alcool à des jeunes de moins de 16 ans. Même les parents sont susceptibles d'être concernés par la loi. Terminée donc l’initiation responsable au plaisir du vin (dilué à l’eau, par exemple)?

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Quand le vin est tiré, il faut le boire

Un peu d’histoire :

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le phylloxéra détruit une bonne part des vignobles français. L’industrie du vin est à genoux. Le bon peuple se tourne vers d’autres alcools, notamment les anisés. Même si le vin garde sa position (largement) dominante, l’émergence de la concurrence est vue d’un très mauvais œil. Toute crise étant une opportunité, les viticulteurs demandent donc des aides officielles pour sortir de ce mauvais pas et des mesures pour en finir avec la concurrence déloyale des producteurs d’absinthe (qui sont peut-être, qui sait, derrière l’invasion de pucerons). S’alliant avec la ligue antialcoolique, le lobby du vin obtiendra plusieurs victoires, tout d’abord une augmentation de la taxation sur l’absinthe. Les deux alliés de circonstance défilent à Paris en juin 1907 sous le slogan infâme et imbécile de « Tous pour le vin, contre l’absinthe ». En 1908, l’Etat décide qu’on ne peut plus produire d’absinthe qu’à partir d’un alcool de vin. En 1914, la France en guerre interdit les boissons alcoolisées de plus de… 18°. L’année suivante, c’est l’absinthe qui passe à la trappe. Le lobby viticole pousse un soupir de soulagement*.

 
Aucune trace de vin sur cette affiche.
Aucune trace de vin sur cette affiche.
 

Fast-forward vers 2012. Le gouvernement français, en mal d’argent, augmente de 160% les droits d’accises sur la bière. Il décide donc « pour votre santé » qu’un verre de bière doit coûter une dizaine de fois plus qu’un verre de vin. Miraculeusement, le vin est épargné et le différentiel avec ses concurrents augmente, comme il l’a sans cesse fait au cours des décennies précédentes. Un hasard ?

Alors, quand, en septembre 2013, le monde du vin se mobilise comme un seul homme contre un nouveau projet gouvernemental, on a fatalement envie de dire : karma is a bitch.

Sauf que si l’exception viticole tombe, c’est 1) perdre la meilleure preuve que derrière la lutte contre l’alcool du gouvernement se cache une histoire d’argent et 2) perdre le dernier rempart contre la rage prohibitionniste des hygiénistes.

Evidemment, une fois le bouclier levé, on s’est rendu compte que la Mission Interministérielle avait juste fait « une erreur de copier/ coller ». On ne sait trop s’il faut en pleurer ou en rire.

Il y a tout de même des leçons à tirer de cette histoire, et ce des deux côtés des barricades.

Sur le site de Vin & Société d’abord.

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Pour le lobby viticole, augmenter la taxation du vin au nom de la santé publique serait gommer la distinction entre « consommation mesurée et consommation excessive » et stigmatiser « les consommateurs modérés et le vin, patrimoine (…) que le monde entier nous envie ». Merci, les gars : cette stigmatisation, dans le monde des spiritueux, on la connaît déjà et on ne vous a pas entendu à l'époque. Histoire de retourner le couteau dans la plaie, une bouteille de Chartreuse verte, « patrimoine que le monde nous envie », coûte aux alentours de 18 euros en Espagne contre 35 en France… La filière du vin dénonce aussi une « radicalisation du message sanitaire ». « L’objectif n’est plus la prévention, ni la lutte contre les excès. Il s’agit de restreindre toute forme de consommation de vin. » Wake up and smell the coffee, brother. On se demande franchement où était Vin & Société ces vingt dernières années. Croyaient-ils vraiment que ce qui arrivait aux autres ne les attendait pas au tournant, un jour ou l’autre ? Pensaient-ils que leur poids économique allait les protéger indéfiniment ? « Quand ils sont venus chercher l’absintheur, je n’ai rien dit… » a-t-on envie de persifler. Mais en fait, si, ils ont dit et plus même : ils ont participé à la curée.

Bref : on espère que la leçon est retenue et qu’à la prochaine charge contre les spiritueux ou la bière, les « acteurs de la vigne et du vin » seront à leur côté. On n’y croit pas trop : ils continuent à mettre en avant le fait que « le vin, c’est bon pour la santé (avec modération) » comme si le débat était là.

En ce qui concerne nos amis addictologues et hygiénistes, ce fiasco du copier / coller nous aura confirmé une chose : si ces 5 mesures ne sont pas dans le rapport définitif, elles ont tout de même été très sérieusement proposées. Assez pour « presque » se glisser dans un plan de lutte. Elles reviendront. Elles posent les termes du débat. Que ceux qui pensaient que ce qui est arrivé au tabac n’attend pas l’alcool se réveillent. Une diminution considérable de la consommation depuis les années 70 ne suffit pas, c’est vraiment toute consommation d’alcool qui est problématique. Comme l’est tout ce qui comporte un risque pour votre santé et vos perspectives vitales. Les recommandations du docteur ne suffisent pas. Votre vie ne vous appartient pas : vous n’êtes pas capable de la gérer. Vous pensez que j’exagère ? Comme dirait l’autre, you’ve got another thing coming.

* Le thème de l'absinthe et des politiques anti-alcool en général sera développé plus avant dans mon petit livre Prohibitions, entre le pamphlet et la synthèse historique, à paraître aux Belles Lettres en 2014.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



Bottoms Up, version Espagne

Le succès (?!?) aidant, Bottoms Up s'exporte: la version espagnole vient d'être lancée ce matin. Un certain nombre de lecteurs du monde hispanique aboutissent ici quotidiennement, ils seront sans doute heureux de découvrir un contenu semblable mais non similaire dans leur propre langue. Espero que os guste.

(Et: faites circuler!)

Cliquez sur l'image pour la version espagnole de Bottoms Up.

https://esbariana.wordpress.com/

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.



De l'art d'élaborer une liste en famille

A lire en complément de cette note, celle de Cocktail Molotov: "De la critique en mixologie"

Tout d’abord, félicitations à l’équipe du Happiness Forgets, élu meilleur bar européen de l’année à Cocktail Spirits, à celle du Sherry Butt (meilleur bar français) et à Julien Escot (meilleur barman français). Et, bien entendu, félicitations aux organisateurs d’un des événements de poids du bar européen. Petit préambule nécessaire, car il faut bien insister que ce qui suit n’est pas une attaque mais bien une réflexion sur l’art de faire des listes dans le monde du cocktail.

J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer en 2011 tout le mal que je pensais des 50 Best Bars de Drinks International. Celle de 2012 n’avait fait qu’apporter de l’eau à mon moulin : d’une année à l’autre, une vingtaine de bars entraient dans la liste. Un turnover absolument énorme. Il faut dire qu’avec 150 experts (la liste n’est pas disponible) qui choisissent 3 bars chacun, il n’est pas très compliqué, d’un point de vue mathématique, de pénétrer le top 50. Que 3 ou 4 personnes votent pour vous, et c’est bon. Et si vous avez un établissement et que vous espérez faire partie de la liste, votez pour les bars évidents afin de ne pas renforcer la concurrence.

Happiness Forgets succède à l'Artesian comme meilleur bar européen, selon Cocktail Spirits.

Chez Cocktail Spirits, l’an passé en tout cas, on annonçait qui avait participé au vote. On salue l’initiative, même si la liste laisse perplexe. On y trouve des références de l’industrie mais aussi de petits débutants ; des globe-trotters du cocktail mais aussi des gens qui ont dû boire des coups dans maximum 5 bons bars hors frontières. En ce qui concerne les règles du vote, motus.

Un autre aspect qui laisse perplexe est celui signalé par nos amis de CocktailMolotov : avant la remise officielle des prix et l’annonce du top 10 français et européen, les organisateurs ont annoncé un top 50 européen, un top 50 français et un top 50 des barmen français. Alors, je ne veux blesser personne mais euh y a vraiment 50 bars en France qui peuvent prétendre au titre ? Ou même au top 10 ? Pourquoi ne pas se passer de cette étape et annoncer directement 10 finalistes dans les deux catégories françaises ? En ce qui concerne la liste européenne, comment ne pas être frappé par la présence de 9 bars français dont 8 (!!!!!) parisiens ?

Si l’équipe de Cocktail Spirits opère ainsi, il y a sans doute une bonne raison : les Awards du salon, c’est une affaire de famille. Ou, plus exactement, un moment de rassembler la famille du bar et, singulièrement, la famille du bar français. On s’explique ainsi les étrangetés de la listes des participants au vote et la longueur de la shortlist : tu ne gagnes pas, tu n’es pas dans le top 10 mais on ne t’a pas oublié.

Lancé par des anciens de l'équipe ECC, Sherry Butt serait le meilleur bar français.

En plus de l’amitié et de la famille, ces listes fonctionnent aussi au buzz, priment les établissements dans le vent, donc, bien souvent, ceux d’ouverture récente. Le Sherry Butt a ouvert en septembre dernier et est déjà meilleur bar français. Pourtant, il ne se trouve pas sur la liste européenne, où l’on découvre le Dirty Dick, ouvert il y a moins de six mois. (Attention : ce n’est pas parce que votre bar est in qu’il devrait être out, si vous me suivez. Les deux bars que je cite sont bons, voire très bons).

Tout ceci n’est bien entendu pas grave et c’est même très bien. C’est un argument commercial comme un autre pour les bars et les barmen primés. Mais à quand une liste vraiment sérieuse ?

Le monde de la gastronomie n’est pas nécessairement une référence. Michelin a parfois récompensé des restaurants relativement récents (de six mois à un an) voire accordé deux macarons d’un coup. Mais, contrairement au monde du bar, quand il fait ce genre de chose, c’est tout le journalisme gastronomique qui lui tombe sur le râble ! Quant à la concurrence anglo-saxonne de 50 Best Restaurants (qui appartient au même groupe que 50 Best Bars), elle est élaborée grâce aux votes de 936 personnalités (vs 50) pour leurs 7 restaurants préférés (vs 3 bars). Et malgré ce panel plus large, elle se fait défoncer par la presse gastronomique chaque année.

Le Boss?

Un des grands points faibles du monde du bar, c’est la presse. Les revues spécialisées sont bien souvent des officines publicitaires, des relais marketing, des machines à buzz interne. Les journalistes de la presse généraliste, quant à eux, ne connaissent souvent rien au cocktail. La critique est un concept vide de sens dans le monde du bar.

Moi, je ne sais pas, peut-être que je suis demandeur de quelque chose qui n’a aucun futur dans un business où l’horizon est la plupart du temps le court terme. Et il est tout à fait évident que personne – en tout cas en France – ne va mettre sur pied une organisation qui enverrait des inspecteurs noter les bars. Mais pour que toutes ces listes aient un sens, qu’il s’agisse plus que d’une tape dans le dos, peut-être faudrait-il reprendre tout à la base. Si le panel d’experts est moins large que dans le monde gastronomique, peut-être faudrait-il opérer une sélection plus sévère de ceux qui vont voter. Peut-être faudrait-il élaborer des listes moins longues, qui garantiraient une plus grande stabilité d’une année à l’autre. Peut-être faudrait-il introduire la notion de durée en créant une catégorie pour les meilleurs nouveaux bars (moins d’un an ? moins de six mois ? Tout dépend du rythme de l’industrie). Peut-être faudrait-il se poser la question de savoir QUI doit voter (un barman peut-il être juge et partie ?) Peut-être faudrait-il publier les votes. Peut-être faudrait-il établir des règles précises (est-ce qu’un bar ouvert il y a trois mois, est-ce qu’un bar qui a viré toute son équipe il y a deux mois, est-ce qu’un bar qui vit sur le travail d’un barman d’il y a deux ans, etc). Peut-être faudrait-il un processus transparent de bout en bout. Peut-être...

Tout le monde s’en fout sans doute, mais j’aimerais voir une presse cocktail de qualité, une histoire du bar fiable et des listes élaborées dans les règles de l’art. Histoire d’avoir une industrie qui dépasse le ronron d’autosatisfaction et que le client puisse choisir en connaissance de cause.

François Monti est journaliste spécialisé en cocktails et spiritueux. Il collabore régulièrement à Ginger Magazine et à Havana Cocteles, ainsi qu'à de nombreuses publications. Après la pamphlet 'Prohibitions' en 2014, il publie au printemps 2015 '101 Cocktails'. En Espagne, il est l'auteur de 'El Gran Libro del Vermut'. Il est aussi traducteur. Son blog, Bottoms Up, est un site de référence. Il est aussi membre fondateur de la revue littéraire Fric Frac Club et a traduit plusieurs livres.

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François Monti es un periodista y escritor belga afincado en Madrid. Colabora en la revista francesa Ginger y en la web Havana Cocteles. Su primer libro en castellano es 'El Gran Libro del Vermut' Ha publicado en Francia 'Prohibitons' y '101 Cocktails'. Lleva el blog Bottoms Up en dos idiomas y escribe para Coctelería Creativa. Es también traductor.